Lorsqu'il lut sous la plume de Baudrillard que l’illusion ne s’oppose pas à la réalité, l’existence quotidienne d’Antoine en fut bouleversée. Une révélation, l’annonce que ce monde où il s’était constitué pourrait donc n’appartenir ni au faux ni à la vérité, qu’il pourrait n'y avoir aucune différence. Alors l’appartement de Genève, avec ses meubles et tapisseries ensevelies par un passé de musée, pouvait devenir une simple citadelle hors du temps. Une capitale de souvenirs. Pour Antoine, dont la santé mentale ne rassurait pas son frère, l’endroit prenait des allures de Brigadoon, ce Minnelli qu’il avait vu cent fois. Comme ce village vivant une fois par siècle et découvert par deux New-Yorkais en vacances en Ecosse, l’appartement devenait un paradis perdu. Un îlot figé dans l’éternel présent, une carapace historique comme celle que Gene Kelly préférait endosser par amour et parce que son monde n’était que bruit, vulgarité, vanité et vacuité. Contre la modernité, Minnelli préférait le conte de fée, face au progrès, il prônait le fantasme d’un monde fermé et rétro où ne subsiste que la danse et la fête. Un monde ne pouvant être déréglé que par le dehors. Il disait préférer le cinéma, l’illusion à la réalité, tout en créant la possibilité que ces deux mondes coexistent à un moment donné. Mais contrairement à Antoine qui croyait ne plus avoir à choisir entre fiction à la réalité, le choix était chez Minnelli la condition même d’une vie éternelle. Antoine s’imaginait que dans son Brigadoon sa mère vivait encore, qu’elle reviendrait, que ce n’était qu’une question de temps. Il avait vu l’œuvre de Minnelli peuplée de spectres, mais lui était seul.
Brigadoon
Vincente Minnelli, 1954
TCM, mardi 14 juin à 18h50
De GREGG, posté le 14.03.07 à 19:40 
Bonsoir, je recherche la musique du chapitre 19-20 que l'on ne retrouve pas dans le cd audio de brigadoon pourriez vous m'aider à l'obtenir merci