Désabusé, Paul errait dans son appartement. Il voulait écrire, écrire quelque chose, il avait un projet, mais ça tournait en rond. Il doutait et, comme toujours dans ces moments-là, il fuyait dans le passé. L’amitié sur la durée, se disait-il, c’est quelque chose qui nous situe face à nous-même au sein d’une histoire commune. C’est comme une mémoire collective où les autres deviennent les témoins de notre passé. Paul pensait à ceux qu'il avait connus et dont il n’avait plus de nouvelles. Il se disait, l’amitié c’est comme dans Beau Fixe sur New York de Stanley Donen et Gene Kelly, on croit que ça dépend des contextes, des situations, d’intérêts communs, mais non. L’amitié dépend de soi, et surtout comme chez Donen & Kelly, de l’estime de soi. Pour qu’elle dure, qu’elle résiste au temps, et qu’après dix ans - comme Gene Kelly et ses anciens compagnons de guerre -, l’amitié reste intacte, il faut d’abord s’aimer et se regarder en face. Puis Donen & Kelly étaient des visionnaires, ils avaient pressenti que la vérité surgirait par la télévision, qu’en prenant le monde à témoin elle passe au statut de seule vérité possible, en garant de la réalité, soit déjà la télé-réalité. Mais Paul ne pouvait pas penser à Beau fixe sur New York sans se souvenir de Cyd Charisse dans le club de boxe. Moment parfait, extatique, où chaque geste, mouvement, pas, pose, regard de Cyd sont à pleurer de beauté, de maîtrise, de cohérence idéale entre ses attitudes masculines et féminines. Paul se disait que Cyd était la plus belle, que ses jambes découvertes par une jupe fendue restaient encore un grand moment d’érotisme. Il commençait à écrire pour elle.
Beau fixe sur New York (It's Always Fair Weather)
Stanley Donen et Gene Kelly, 1955
TCM, lundi 20 juin à 15h
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