Il risque de passer inaperçu et pourtant l’un des évènements cinématographiques de ce début d’année est en salle, Capitaine Sky et le monde de demain. Ce projet de dix ans, son auteur réalisateur Kerry Conran le commença seul pour 5.000 $ (une version de six minutes), avant d’être produit par la Paramount qui engagea quelques millions de dollars et nombreux infographistes afin que le film naisse tel que son auteur l’avait désiré. Entièrement tourné en image de synthèse (pas de décor, que des fonds bleus), avec Jude Law, Gwineth Paltrow et Angelina Jolie, Sky Captain représente le rêve brûlant d’un idéaliste, le fantasme total d’un imaginaire transfiguré. Tel le visionnaire Legend of Zu de Tsui Hark pour son utilisation du numérique, Sky Captain invente une plasticité parfaite, lisse, fait naître du néant la conviction des mondes possibles totalisés par le cinéma. Il emprunte, rend hommage avec un amour fou dans chaque plan, et finit par être un objet singulier. Des jeux d’ombres archi structurés du film noir à la blondeur incandescente de Gwineth Paltrow rappelant toutes les femmes fatales, des cadres néo constructivistes du cinéma de propagande soviétique à l’ambiance rétro futuriste des comics ou des B.D de Jacobs, du cinéma d’aventure ou de science fiction des années trente jusqu’à une lumière au formol composite digne d’un film de Sokourov, le film opère une synthèse délirante où l’œil se réjouit de touts les possibles sans jamais s’arrêter. Ecrit comme une succession d’épisodes liés, le film s’affiche comme un serial magnifique, un récit d’aventure rocambolesque et extravagant où se mêlent plaisir d’exploration, spectacle et génie du gadget. Formidable coffre à jouets, incroyable projet et pari d’une audace téméraire, Sky Captain est nulle part, semblant revenir d’un songe à la nostalgie profonde presque mélancolique. Il est la jointure exacte où le visuel s’estompe pour entrer vers une zone secrète du cinéma où la forme devient l’essence parfaite ; la rémanence impossible des souvenirs qu’il nous faut reproduire avec nos machines afin de rendre visible leur absolue distance.
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pour ceux que ça intéresse la Chronique du Canard vexé =>
http://www.canardvexe.com/articles/78_sky_captain_et_.php De merie, posté le 12.03.07 à 16:33