Don Quichotte d’après Cervantès restera comme le projet le plus fascinant d’
Orson Welles, le personnage récurrent de notre feuilleton. Son tournage débuta en 1955 et s’éparpilla sur quinze ans ! Dans cette durée, on sent la pugnacité et la volonté du cinéaste qui devint pour l'occasion son propre producteur. Et de la volonté, il en fallait pour affronter des problèmes qui n’avaient rien de moulins à vent : scènes de raccord à tourner plusieurs années après le tournage initial (mais Welles était un expert dans cet exercice délicat, cf.
The other side of the wind) ; plans à refaire pour ces mêmes exigences de raccord; bobines égarées à travers le monde… La détermination de Welles était telle qu’il résista à ces divers aléas. Il dut cependant arrêter définitivement ce tournage hors norme en 1969, en raison du décès de l’acteur principal, Francisco Reiguera (rappelons que Welles dut interrompre celui de
The Deep pour la même raison).
Tout le monde croyait ce film perdu, quand en 1992 le cinéaste espagnol
Jess Franco présenta un montage très personnel des rushes existantes. Ses options (musique, doublage en espagnol) furent très critiquées. Mais, après les versions de G. W. Pabst (1933) et Grigori Kozintsev (1957) – et dix ans avant
L'homme qui tua Don Quichotte, la tentative de
Terry Gilliam -, il était heureux de pouvoir enfin admirer la vision qu’eut Welles de ce chef d’œuvre littéraire. On y voit Don Quichotte accompagné de Sancho Pansa déambulant dans une Espagne contemporaine. Ils avancent au milieu des automobiles, allant jusqu’à pénétrer dans une salle de cinéma et fustigeant cette étrange instrument qu’est une caméra.
Depuis 2003, ces bribes sublimes sont disponibles dans
un DVD zone 2 édité par Opening (réédition le 26 août 2006 dans la collection
Les Films de ma vie). Précisons également que l'on peut en admirer quelques minutes dans l’exposition de
Jean-Luc Godard,
Voyage(s) en Utopie, jusqu’au 14 août 2006 au centre Pompidou (Paris). A la semaine prochaine…
Je n'ecris rien sans l'avoir préalablement vérifier. De proutt, posté le 24.04.07 à 22:18