Tarantino chez les experts : Jusqu'au dernier souffle TF1 se décide enfin à diffuser dimanche 3 septembre, à 20h50, le dernier film de Quentin Tarantino… et ce n’est pas Kill Bill. Adepte des séries télévisées, le cinéaste qui avait déjà réalisé un épisode d’Urgences a en effet mis en scène un téléfilm de 90 mn clôturant la 5ème saison de la série Les Experts (CSI en langue shakespearienne). Intitulé Jusqu’au dernier souffle, il se regarde avec intérêt, que ce soit pour les fans inconditionnels de la série policière – une des meilleures proposées par le petit écran, loin devant ses erzats que sont Les Experts made in Miami ou Manhattan, assez poussifs, sinon réacs – ou pour les amateurs du roi du pastiche cinématographique. Car la réussite de cet épisode tient dans un savant équilibre entre les obsessions du cinéaste, parfaitement relayées par un habile scénario, et les passages obligés de la série (enquête étrange dans un Las Vegas nocturne, scènes de laboratoire muettes et rendues fascinantes par le montage et la musique). Tarantino n’est en fait jamais aussi à l’aise que dans un cadre pré-établi, un univers déjà connu qu’il va distordre selon son bon plaisir. Ainsi, devant sa caméra, les personnages de la série, réputés pour ne livrer que peu d’info sur leurs vies privées, se dévoilent au gré de conversations futiles ou graves, très « tarantiniennes ».Et la série la plus sophistiquée et la plus « intellectuelle » dans son principe fait référence au détour d’un dialogue à une des plus débilitantes qui soient, Shérif, fais moi peur. On y chante de la musique country, parle de drague ou de Will Rogers, quand on ne crache pas au sol. Mais ce film n’en est pas moins un thriller - tournant autour d'un rapt d'un agent travaillant sous les ordres de Gil Grissom (incarné par Wil Petersen, cf. illus, à côté de Tarantino) - dans lequel le cinéaste s’amuse à des ruptures de ton. La gravité succède au trivial et à l’humour, la violence brute surgit au détour d’un plan. Tarantino a pleinement compris l’intérêt visuel de la série. Il use ainsi de l’humour noir comme du gore en tirant parfois l’ensemble vers le tableau abstrait (des tâches de sang devenant des traces de peinture projetées aléatoirement sur un mur blanc). L’intrigue elle-même s’adapte à son univers, en faisant référence à la scène d’enterré vivant de Kill Bill 2 (d’où le jeu de mot du titre original : Grave danger, soit « danger de tombe » ou « important danger »). En somme, un excellent épisode, atypique par rapport à l’ensemble de la série, mais qui ne dénote pas dans la filmo de Tarantino.PS: TF1 vidéo l'a édité l'année dernière en DVD. Commentaires
De elfi, posté le 03.09.06 à 15:17
![]() Une notule à la hauteur d'un bon petit article de mag, analytique et documenté. A mille lieux d'un jugement hâtif et grossier : la classe quoi. De Mazunte, posté le 04.09.06 à 18:22 ![]() Pour la première fois, alléché par la présence de Tarantino, j'ai regardé les experts hier soir. Et j'ai trouvé ça très bien, vraiment même si la série a loin d'avoir la puissance graphique de Kill Bill. Pour le prochain épisode des experts que je regarderai, c'est à dire pas avant l'année prochaine, il va au moins falloir qu'ils embauchent Kitano ou Lynch... Ajouter un commentaire |
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