
Il y a des hommes d’affaires qui aiment le commerce mais pas la libre concurrence.
Marin Karmitz est de ceux-là. Le producteur et propriétaire de salles à ses initiales s’est insurgé ces derniers jours contre l’ouverture annoncée d’un multiplexe dans le quartier de la Villette. Le conseil d’administration de
la Cité des Sciences (Paris, XIXème) a en effet décidé, le mercredi 20 septembre, d’accorder l’exploitation de sa 4ème travée (soit 25 000 m2, représentant ¼ de son espace) à une société qui devra y installer
d'ici 2010 un centre commercial « haute technologie » et un ensemble de salles équipés en numérique. Depuis cette annonce, Karmitz ne décolère pas.
Rappelons que le monsieur possède les seuls multiplexes actuellement en activité dans le nord-est de Paris, les MK2 Quai de Seine et Quai de Loire. Dans
Le Monde du dimanche 24 septembre, il déclare que cette attribution équivaut à « un détournement de fonds publics » et que, de plus, cette même société élue par la Cité l’a expulsé de son emplacement de Beaugrenelle (Paris, XVème). S’appuyant sur l’annonce par la Mairie de Paris des ouvertures prochaines (qui restent néanmoins à confirmer) d’un autre complexe cinéma et de six salles « art et essai » entre les portes des Lilas et de la Chapelle, il déclare qu’« il y en aura trop ». A ces cris d’effroi, il ajoute un argument des plus discutables, arguant que « faire passer la pilule en disant que ces salles seront en numérique n’a pas de sens : toutes les grandes salles seront en numérique d’ici cinq ans » - ce qui encore une fois reste à prouver.
Monsieur le PDG sent donc le vent tourner et le petit monopole chèrement acquis lui échapper. Il joue alors aux Cassandre, annonçant la tempête là où il n’y aura qu’un nouveau courant qui apportera peut-être du neuf au sein de quartiers actuellement déserts, cinématographiquement parlant. Et puis il est difficile de prendre fait et cause pour un exploitant qui prétend défendre le cinéma mais n’a pas hésité pas à tronquer les cadres des films muets qu’il réédite (en copie restaurée il est vrai), à projeter sans prévenir des vidéos en lieu et place de copies dignes de ce nom (cf. l’épisode
Mysterious skin) et à ouvrir un énorme MK2 à deux pas d’un UGC Ciné Cité (cf. les sites de Bercy et de la grande bibliothèque F. Mitterand, à Paris). En somme, Marin n’aime pas être jeté dans le même bain que les autres. Mais il lui faudra bien faire avec. Et je ne crois pas qu’il coulera pour autant.
Non ça ne reste pas à pruver, c'est évident. Ca mettra peut-être un tout petit peu plus (7 ou 8 ans) mais ça va aller très très vite.
Sinon oui, je suis d'acccord avec vous : c'est un peu ridicule de voir Karmitz défendre son bifteak comme un vulgaire buraliste. De zero, posté le 29.09.06 à 00:17