Indigènes : l'action après la projection1er acte : le 5 septembre dernier, le couple présidentiel, Jacques et Bernadette, s'est rendu comme chaque année au Gala annuel de la Fondation Claude Pompidou, qui incluait une avant-première de Indigènes en présence de Jamel Debbouze, acteur et producteur du film. Après la projection, dans l’attente des petits fours, la première dame de France s’écrie : « Jacques, il faut faire quelques chose ! ». Bien sûr, elle ne voulait pas parler du cocktail qui tardait à arriver mais de la situation des anciens combattants coloniaux, dont le film évoque le sort tragique et les pensions gelées durant les guerres d’indépendance qui suivirent la fin du second conflit mondial. Le Jacques, qui avait pourtant eu tout le temps de se réveiller et de se mobiliser sur le sujet, opine du chef.
2ème acte : Sollicité par Jacques, qui est à sa manière un bon politique – c’est-à-dire un excellent opportuniste -, le ministère des anciens combattants (qui a lui aussi tardé à se bouger et à ouvrir un œil sur le sujet) annonce que de nouvelles mesures devraient être annoncées prochainement. Il déclare y travailler avec Bercy.3ème acte : le 27 septembre, le premier ministre Dominique de Villepin, fidèle lieutenant de Jacques, annonce au cours du Conseil des Ministres que les anciens combattants de l'armée française originaires des anciennes colonies d'Afrique et d'Asie vont percevoir les mêmes pensions que leurs homologues français. Cette mesure sera effective à partir de 2007 et coûtera 110 millions d'euros par an. Par contre, il a été également dit que le rattrapage dans le versement des pensions, gelées depuis 1959 par une décision du gouvernement de Charles de Gaulle au moment de la décolonisation, « n'était pas d'actualité pour l'instant ». Rappelons que les pensions des anciens combattants avaient déjà été revalorisées en 2002 (sous le gouvernement de Raffarin, avec l'aval de Jacques donc) mais seulement, au mieux, à hauteur de 30% de la somme versée à leurs anciens collègues français! Moralités : - Où l'on constate que les indignations de Bernadette peuvent avoir des conséquences inattendues; - Où il est prouvé qu’en période pré-électorale, les hommes politiques ne sont pas avares de contradiction. Il est en effet étonnant de voir un gouvernement qui ne se gêne pas pour rendre plus difficile les vies des personnes « issues de l’immigration » à coup de lois et de contrôles renforcés jouer pendant quelques jours la carte de la compassion et de l’égalité en se penchant sur le sort des parents de ces mêmes personnes. - Où l’on voit que, dans le monde politico-médiatique, chacun sait utiliser l’autre, l’acteur se servant du politique pour défendre sa juste cause, le politique de l’acteur pour valoriser son image et la rendre plus humaine. Il est ainsi amusant de voir un acteur, Jamel Debbouze, se frotter à un pouvoir qui n’est pas particulièrement amène avec les immigrés et les jeunes issus de l’immigration, afin d’obtenir cette revalorisation et ce rattrapage des pensions. - Où l’on voit que le cinéma peut parfois, à la faveur des circonstances, agir sur le réel. Il y eut bien sûr de nombreuses tentatives avant Indigènes, mais elles étaient la plupart restreintes au cinéma militant (je pense au travail des groupes Medevdkine et Dziga/Vertov dans les années 60-70). Il y eut également en 1979 Le Pull over rouge de Michel Drach qui, à travers le cas Christian Ranucci, guillotiné en juillet 1976, avait participé à sa manière à l’abolition de la peine de mort décidée en 1981. On peut évoquer également, en contre exemple puisqu’il n’est pas parvenu à infléchir les votes en faveur de G. W. Bush, le film Farenheit 9/11 de Michael Moore. Les exemples restent rares, cependant. Raison de plus pour souligner, malgré toutes les réserves que l’on peut avoir sur l’événement, le caractère exceptionnel de Indigènes. Commentaires
De blocal, posté le 29.09.06 à 21:51
![]() Très bien vu, ça fait plaisir une analyse critique de ce qui vient de se passer avec indigènes... C'est quand même le même Président de la République qui a promulgué la loi du 23 février 2005 sur le rôle positif de la France dans ses colonies... De Gus, posté le 30.09.06 à 19:17 ![]() Oui, un peu de recul et d'esprit critique, ça fait fu bien. Merci. De Ariane, posté le 01.10.06 à 14:09 ![]() Bravo, je rajouterai quand même ceci : on touche à l'extr^me limite de notre démocratie, où le révisionnisme médiatique guette chacun d'entre nous. La réaction de Chirac (qui se contrefoutais de cette revalorisation avant la projection) est pour moi le summum du racisme. Un véritable concentré de mépris. De Tribal, posté le 08.10.06 à 01:25 ![]() Rien qu'un mot : Le plus grand gouvernement donneur de leçon, se voit apprendre lui même d'un film ! Ca montre bien le niveau de notre société, cacher la misère que l'on crée, faire semblant, la politique est un art que seuls les hypocrites de haut rang (Social ?) peuvent excercer ! Ajouter un commentaire |
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