Cinéma et littérature, un vieux mariage qui pourrait sembler contre nature (le cinéma est avant tout un art de l’image, et non des mots) mais qui s’explique par l’injonction qui est faite au septième art de nous raconter des histoires, encore et toujours. Au point que le scénario est parfois devenu plus important que le film lui-même. Ce déséquilibre conduit d'ailleurs à une union qui, comme cette semaine, se fait plus souvent pour le pire (
Le Parfum - illus. gche -,
Le Grand Meaulnes) que pour le meilleur (
Le Pressentiment - illus. dte -, où
Jean-Pierre Darroussin réactualise un roman de 1935 et en donne une vision personnelle).
Ah il est loin le temps où les cinéastes partaient à l’aventure sans scénario. Un temps que les moins de vingt ans connaissent peu, celui où
Jean-Luc Godard filmait presque à l’improviste
Anna Karina et
Jean-Paul Belmondo. C’est justement l’esprit de cette époque que retrouvent
Tony Gatlif avec un
Transylvania en liberté et surtout
Christophe Honoré avec
Dans Paris (illus. cent.). Cinéaste jusqu’alors plutôt confidentiel et extrême (
17 fois Cécile Cassard,
Ma mère d’après Georges Bataille), ce dernier prouve qu’il peut aussi composer une comédie amère, qui ne renierait ni l’intelligence ni le grand public. Espérons que le succès rencontré au
Festival de Cannes se prolonge au delà de sa sortie en salles.
Pour le reste, ceux qui aiment le cinéma corsé et inconfortable pourront toujours aller faire un tour du côté de
Princesse, un film danois qui mélange animation et prises de vue réelles. Interdit au moins de 16 ans tout de même, en raison de brèves visions pornos et d'une grande violence.
Autres sorties en salles : Click (comédie poussive avec
Adam Sandler et
Christopher Walken , qui ne sait plus sur quel pied danser) ;
Pour aller au ciel, il faut mourir (le nouveau film de Djamshed Usmonov, après le magnifique
L'Ange de l’épaule droite) ;
Histoires du coin de la rue (trois courts-métrages à ne pas rater de feu Osamu Tezuka, le père d’Astro le robot et grand parmi les grands de l’animation japonaise) ;
Phat girlz ;
Family portraits (un ensemble de trois histoires violentes, cruelles et bien américaines qui valent apparemment le détour) ;
Exes (un polar d’horreur signé du pornographe Martin Cognito – il paraît que c’est un pseudo - avec, excusez du peu,
Samuel Le Bihan , Grégoire Colin , Tom Novembre et Abel Ferrara !);
C'est pas moi!;
Bric à brac;
Les 5 mondes.
15 films en une seule semaine! On ne le répètera jamais assez : tout cela ressemble à un suicide collectif!
Génial! Ca c'est de l'analyse! De Manu, posté le 06.10.06 à 10:16
Le cinéma subit de plus en plus souvent la dictature du scénario et s'éloigne de sa véritable nature: la production d'émotions et la réflexion à partir d'images et de sons.
Cette dictature a selon moi au moins deux causes:
En Europe, la pression des télévisions, productrices imposant aux réalisateurs de présenter des scénarios bétonnés et lisses. Sinon pas de financement. Les adaptations de succès littéraires participent de ce triste mouvement, car elles évitent aux producteurs de prendre des risques, ou du moins ils sont très limités.
Aux Etats Unis, l'hégémonie des séries télévisés - que j'apprécie par ailleurs -, remplies de scénarios pré-fabriqués et de mises en scènes fonctionnelles. Ce qui déteint sur le cinéma.
Et effectivement je regrette que le cinéma ne se laisse pas plus porter par l'instinct, par la découverte, au fil du tournage et des surprises.Et surtout qu'il s'enfonce dans une forme purement narrative. De bengue bengue, posté le 09.10.06 à 10:37
Par contre je viens (enfin) d'aller voir Little Miss Sunshine, c'est à voir absolument. De watts, posté le 10.10.06 à 02:28