La Rage (les aventures des films perdus : 24)

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Posté par Manu le 25.10.06 à 17:45 | tags : documentaire, dvd, films perdus, noir et blanc, réalisateur
1963. Pier Paolo Pasolini, la quarantaine passée, a déjà derrière lui plusieurs écrits, romans et pièces, quelques collaborations à des scénarios et trois réalisations qui ont fait parler d’elles: Accattone, Mamma Roma  et La Ricotta. Il est alors approché par un producteur d’actualités cinématographiques qui a en tête un projet très particulier. Ce dernier lui propose de monter, à partir des archives en sa possession, un film qui dresserait le portrait de l’Europe de l'après-guerre. Il promet au cinéaste qu’il aura carte blanche, tant pour les images choisies que pour le commentaire les accompagnant. Pasolini accepte et livre quelques mois plus tard un violent pamphlet.
Il y fustige le néo-colonialisme qui sévit en Afrique, prend fait et cause pour la libération algérienne et, plus généralement, dénonce l’impérialisme d’une Europe vieillissante. Le poète cinéaste le décrit lui-même comme «  un acte d’indignation contre l’irréalité du monde bourgeois et l’irresponsabilité historique qui en découle ». A la vision du film, le producteur, qui n’avait certainement jamais lu ou vu une œuvre de Pasolini, s’effraie de ce violent discours, trop à gauche selon son goût. Il décide d’adjoindre à ce montage une seconde partie qui en contrebalancera le propos. Il passe alors commande à l'écrivain satiriste Giovanni Guareschi, connu pour un Don Camillo pas particulièrement progressiste, lequel remplit son contrat avec diligence.
Par ce procédé, La Rage devient un film en deux parties, genre thèse-antithèse, que Pasolini s’empresse de renier. A la  suite de ce rejet, l’intelligent producteur, toujours aussi avisé, décide de… ne pas distribuer le film. Il restera ainsi inédit pendant quarante ans, visible uniquement dans les cinémathèques à l’occasion de rares projections. Jusqu’à son édition DVD en 2004, chez MK2, dans sa version complète.
On a alors découvert un film que le passage du temps n’avait pas épargné, sa virulence et une certaine grandiloquence dans le propos en atténuant la portée. Il n’en reste pas moins qu'il restera comme un précieux document sur une époque encore douloureuse. Et qu’il peut enfin s’inscrire dignement dans la filmo d’un des grands poètes de l’après-guerre.

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