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Cannes 2006 : toute l'actu en direct de la sélection officielle du 59e festival de Cannes. Voir aussi les collections un certain regard, quinzaine des réalisateurs, semaine de la critique. Et tous les films en salles.
La Quinzaine des réalisateurs à Paris Après avoir fait la joie des festivaliers de la Croisette, la 38ème Quinzaine des réalisateurs s’invite à Paris. Du 31 mai au 6 juin, en association avec le Forum des Images dans le cadre des ses manifestations « hors les murs », le Cinéma des cinéastes (17ème) reprend l’intégralité de la sélection. 23 longs métrages et 11 courts métrages vont ainsi s’y succéder. Si certains titres sont négligeables (Yureru) ou même à fuir (Lying, Honor de Cavalleria), d’autres sont plus que recommandables. On pourra ainsi voir l’excellent A fost sau n-a fost du roumain Corneliu Parumbaju, un premier film qui a reçu cette année, à juste titre, la Caméra d’or (jeudi 1er, 16h30). En excluant ceux qui sortiront bientôt en salles, voici notre petite sélection : Day Night day night (le 1er, 18h30 ; le 2, 14h) ; Daft Punk’s Electroma (le 2 ; 20h30) ; Azur et Asmar (le 3, 14h) ; Bug (le 3, 20h15); Princess (le 4, 18h30 ; le 5 , 14h30). Et pour finir, les deux titres qui ont fait l’événement de la Quinzaine : The Host (le 4, 20h30) et Dans Paris (le 5 ; 16h30). Cinéma des cinéastes, 7, avenue de Clichy (Paris, 17ème) Standing ovation à Cannes pour Clerks 2
Festival de Cannes : mon Palmarès (bis)Posté par anita b. le 29.05.06 à 16:22 | tags : short list, cannes 2006, un certain regard, quinzaine des réalisateurs
Quant à moi, qui n'ai que très peu fréquenté la sélection officielle du festival de cannes, lui préférant les aventurières Quinzaine des réalisateurs et Semaine de la Critique, voici mon palmarès :-Palme d'or : Dans Paris de Christophe Honoré -Grand Prix : Bled Number One de Rabah Ameur-Zaimèche -Prix de la mise en scène : Bug de William Friedkin -Prix du scénario : On ne devrait pas exister d'HPG -Prix d'interprétation féminine : Johanna Preiss pour Dans Paris -Prix d'interprétation masculine : ex equo Romain Duris et Louis Garrel (illus.) pour Dans Paris -Prix du jury : Daft Punk's Electroma de Daft Punk Festival de Cannes : mon palmarès
Nous avons déjà parlé du Palmarès du Festival de Cannes. Tout aussi arbitraire, voici mon palmarès : Palme d’or : Flandres (illus.) de Bruno Dumont Grand prix du jury : Le Labyrinthe de Pan de Guillermo del Toro Prix de la mise en scène : Pedro Costa pour En avant, jeunesse Prix du scénario : Le Caïman de Nanni Moretti Prix d’interprétation féminine : Hao Lei pour Summer Palace de Lou Ye Prix d’interprétation masculine : Nuri Bilge Ceylan pour Les Climats MAJ : consultez prochainement le palmarès du festival de Cannes 2007 ici. Palmarès du 59e Festival de Cannes : une belle messe oecuméniqueMAJ : consultez prochainement le palmarès du festival de Cannes 2007 ici. On attendait les outsiders. On a eu la vieille garde. D’un jury présidé par un cinéaste peu orthodoxe, on pouvait espérer un peu plus d’audace. La déception fut donc à la hauteur de l’attente. Encore une fois, dirons-nous, tant les derniers palmarès (exception faite des choix présidés par David Cronenberg, d’heureuse mémoire) ont semblé chercher systématiquement le consensuel. Il est remarquable que trois des films primés cette année (Indigènes, Le Vent se lève, Flandres) évoquent la guerre et ses conséquences. On sent là une volonté démonstrative, un besoin de faire sens. Oui, mais à quoi bon ? Le Festival de Cannes est-il une rencontre artistique, en recherche d’innovation, ou une simple vitrine pour valeurs universelles ? Autrement dit, le Festival serait-il en train de se transformer en messe œcuménique ? Car c’est bien le cinéma lui-même, entendu comme art de l’image en mouvement, qui semble avoir été oublié par ce palmarès. Ainsi, seule une volonté de faire hommage justifie ce prix d’interprétation attribué à un collectif d’acteurs qui, dans Indigènes, ne jouent jamais à l’unisson (mais n’ont pas manqué, durant cette célébration de la mort de l’esprit critique, de pousser un chant militaire fort applaudi, et néanmoins très discutable). Et quid de la Palme d’or au Vent se lève de Ken Loach? Ce film, qui nous a fortement déplu, est loin d’être le meilleur d’un cinéaste estimable mais inégal. Mais cette récompense vient à point nommé couronner la carrière d’un artiste septuagénaire. Quant au prix du scénario à Almodovar pour Volver, cela ressemble à une blague et un aveu. Une blague, car ce script, même parfait, est pompé sur les mélos américains et n’a rien d’innovant. Et un aveu, car saluer ce cinéaste si visuel pour autre chose que sa réalisation montre la légèreté sinon le mépris avec lequel le jury a traité l’idée même de mise en scène. Comme disait un producteur d’Hollywood, si vous voulez faire passer un message, passez plutôt par la poste. Aujourd’hui, il dirait plutôt : faites vous sélectionner à Cannes. En résumer, tout ça sentait un peu la poussière et le monument commémoratif. Et à part la présence de Flandres au Palmarès, on n’a aucune raison de se réjouir de cette litanie de prix digne d’une cérémonie pour « people » bien pensants. MAJ : prochainement, le palmares de Cannes 2007. Asia Argento à l'hôpital Asia Argento n'a pu assister, pour cause d'hospitalisation, aux projections de Marie Antoinette et de Transylvania, le film présenté en clôture du Festival. C'est triste, mais en soit, c'est vrai que ce n'est pas très intéressant comme "news". En revanche, on apprend par ailleurs qu'elle a dû interrompre sa participation au tournage de La vieille maîtresse de Catherine Breillat. Le casting du film s'annonce haut en couleurs : Fu'ad Ait Aattou, Roxane Mesqida, Claude Sarraute, Yolande Moreau et Michael Lonsdale. La réalisatrice d'Une vraie jeune fille et de Romance s'attaque au roman de Barbey d'Aurevilly, le dandy romantique auteur des Ensorcelés. Après Mme du Barry dans Marie Antoinette, l'actrice incarne à nouveau une courtisane à "la laideur ensorcelante" (ce à quoi nous ne souscrivons pas).On la verra également dans le prochain Olivier Assayas, Boarding gate. Souhaitons-lui un bon rétablissement.Cannes 2006 : Palmarès !MAJ : consultez prochainement le palmarès de Cannes 2007.
- Palme d'or : Le Vent se lève, du Britannique Ken Loach (sortie en France le 8 novembre) - Grand Prix du jury : Flandres, du Français Bruno Dumont (sortie en France le 30 août) - Prix d'interprétation féminine : attribué collectivement aux six actrices espagnoles de Volver : Penélope Cruz, Carmen Maura, Lola Duenas, Blanca Portillo, Yohana Cobo et Chus Lampreave (film déjà sorti en salles) - Prix d'interprétation masculine : attribué collectivement aux cinq acteurs d'Indigènes, Jamel Debbouze, Samy Nacéri, Sami Bouajila, Roschdy Zem et Bernard Blancan (sortie le 27 septembre) - Prix de la mise en scène : le Mexicain Alejandro Gonzalez Inarritu pour Babel (sortie en octobre) - Prix du scénario : l'Espagnol Pedro Almodovar pour Volver (déjà sorti) - Prix du jury: Red road, premier film de la Britannique Andrea Arnold (date de sortie inconnue) - Palme d'or du court métrage : Sniffer, du Norvégien Bobbie Peers - Caméra d'or : 12H08 à l'est de Bucarest, du Roumain Corneliu Porumboiu (date de sortie inconnue) Olivier Gourmet : coup de gueule sur la Croisette![]() Le Labyrinthe de Pan : le pouvoir de l'imaginaire En un mot comme en cent : magnifique ! Tout ici force l’admiration : intelligence du récit, beauté des images, une technique en osmose avec une vision… Le Labyrinthe de Pan de Guillermo del Toro a été produit et tourné avec des équipes espagnoles. Ce qui ne l’empêche pas d’être à la hauteur des productions américaines (par exemple, Harry Potter et le prisonnier d’Azkaban d'Alfonso Cuaron, ici co-producteur). Ce conte noir déploie son imaginaire sans jamais oublier le réel. La machine a une âme et ça se sent. D’ailleurs, cette sensibilité, cette puissance d’une pensée mise au regard d’un pouvoir qui contraint, est le sujet profond du film. Ofélia est une fillette qui, au milieu des horreurs de la guerre, préfère se réfugier dans un monde personnel où les fées côtoient les crapauds géants. Sa mère vient de se remarier avec un haut gradé franquiste dont elle attend un enfant. Au début, la petite famille arrive dans une forêt où s’organise la résistance. Les événenements virent très rapidement au massacre et rien ni personne ne sera épargné. On savait del Toro doué pour le fantastique (voir Hellboy). Avec ce nouveau film, il prouve qu’il est un grand cinéaste. Son cinéma respire, pense. Sa métaphore sur l’imaginaire évite les facilités. Complexe, elle assume son pessimisme. Les détracteurs diront que le rapport entre l’ancrage historique – l’Espagne des années 40 – et la féerie engendrée par Ofélia est assez mince. Ce serait ne pas voir l’essentiel, ces obsessions qui unissent la petite à son beau-père psychopathe : inquiétude face à la naissance, désir d’immortalité et de gloire, délires qui éloignent du réel. Au final, del Toro dit, tout en montrant la beauté, l’impasse d’un imaginaire refermé sur lui-même, et souligne la victoire d’un autre idéal, plus concret : celui des résistants. Ce Labyrinthe est donc plus tortueux qu’il y paraît. Il nous touche aux tripes et au cœur, se colle à nos rétines et stimule notre cortex. S'il n’obtient aucune récompense à la cérémonie de clôture, je crierai au scandale. Le Labyrinthe de Pan - Un film de Guillermo del Toro Espagne, 2006, 1h52; Sélection officielle, en compétition Le Corniaud : le remake !
Le remake est la valeur sûre du moment (du moins en termes financiers). Alors pourquoi les Français ne s’y mettraient-ils pas, eux aussi ? A Cannes, après la confirmation du Deuxième souffle d’Alain Corneau, qui rejouera le film de Melville de 1966, on a appris le développement d’un projet pour le moins incongru : le remake du Corniaud, le film de Gérard Oury ! A l’affiche, on retrouverait Benoît Poelvoorde (présent en compétition officielle avec Selon Charlie), qui semble perpétuellement courir de tournages en plateaux de télé, et Jamel Debouzze (idem, avec cette fois Indigènes). Devinez qui aura pour insigne honneur de refaire les grimaces de Louis de Funès ? Le titre en serait On a encore volé le Youcouncoun. Comme quoi, les scénaristes ne manquent pas d’imagination… dans la bêtise. Buenos Aires 1977 : chronique d’un ratage En compétition officielle, ce film argentin ne devrait pas concourir pour la Palme. Réalisé par Israel Adrian Caetano (déjà auteur de L’Ours rouge), il est tiré du récit autobiographique d’un survivant des maisons de tortures instaurées par la police en Argentine dans les années 70. Comme le titre l’annonce, on assistera ainsi non seulement aux dites tortures, mais aussi à l’évasion réussie de quatre détenus. Dès les premières images, le malaise s’installe : les plans d’introduction qui nous montrent la sordide demeure semblent tout droit sortis d’un film bis d’horreur italien des années 70, elles aussi. Petite mélodie morbide martelée au piano, plans de la bâtisse penchés, angles tordus et inquiétants : les codes du genre sont tellement respectés qu’on en vient à se demander si les faits ont un jour pu se passer un tant soit peu comme cela. Comble du sordide sinon du ridicule : lorsque l’idée d’une évasion commence à germer dans l’esprit des prisonniers, on a droit à la sempiternelle petite musique militaire (remember L’Agence tout risque ?). De l’aspect politique du scénario, il ne percera rien, et tout est bien qui finit bien. On croit rêver…Cronica de una fuga (Buenos Aires 1977) - Un film de Israel Adrian Caetano Argentine, 2006, 1h57 - Sélection officielle, en compétition L’instinct de mort : quand Delon rencontre Mesrine Nous avions commencé à en parler au début du Festival. Vincent Cassel incarnera Jacques Mesrine dans L’instinct de mort, un film que réalisera Jean-François Richet à partir de février 2007. Apparemment le film se divisera en deux parties : Le futur ennemi public n°1 et les femmes, puis ses « exploits » criminels. Y a comme qui dirait du sexe et de l’action dans l’air. Mais aussi du Delon, Alain. Présent cette année sur la Croisette (même s’il a refusé de monter les marches ; on a ses principes ou on ne les a pas, n’est-ce pas ?), celui dont la carrière n’en finit pas de finir vient de confirmer qu’il serait de la partie et interpréterait le mentor de Mesrine.Corée du sud : la lutte pour les quotas La Corée du sud a une cinématographie très vivante. Ces dernières années, elle a présenté plusieurs films au Festival de Cannes, en particulier en compétition officielle (Old Boy illus., Ivre de femmes et de peinture). Cette année, seul The Host, à la Quinzaine des réalisateurs, représente cette industrie florissante. Elle n’en a pas moins fait parler d’elle au milieu des festivités, avec une certaine virulence. La raison en est la menace que font peser des accords commerciaux en passe d’être signés entre la Corée du sud et les Etats Unis. Ils risquent de déboucher sur la remise en cause du système des quotas écrans qui, depuis plus de dix ans, permet au cinéma coréen de résister à l’hégémonie nord-américaine.Créé par une loi de 1966 qui n’est réellement appliquée que depuis 1993, ces quotas imposent aux exploitants la projection obligatoire de 6 films coréens pendant 146 jours (à l’origine, 90 jours). En 2003, dans le cadre d’accords bilatéraux entre la Corée et les Etats Unis, ils ont été remis en cause. Même LEE Chang-dong, cinéaste de talent (Oasis, Peppermint candy) mais aussi ministre de la culture, y alla de sa ritournelle, en juin 2004 : « il est temps de reconsidérer la mesure de réduction des quotas écrans pour l’avenir de l’industrie coréenne du cinéma ». En janvier 2006, le débat est relancé par l’acceptation par le gouvernement des pré-conditions imposées par les Etats Unis à tout futur accord commercial. En février, les cinéastes commencent à organiser des manifestations quotidiennes pour appeler à la conservation des quotas. Le 6 mars débute une grève sous tente dont la fin est prévue pour juillet 2006. Malgré cela, le 7 mars, un conseil ministériel abaisse les quotas à 76 jours par an. La résistance néanmoins continue. Elle est relayée par un collectif de 45 associations, l’Alliance Coréenne d’Action pour les Quotas Ecrans, qui a reçu le soutien, entre autres, de Martin Scorsese et Tsai Ming Liang. Comme quoi, l’exception culturelle n’est pas l’apanage des seuls Français. Indigènes : Un spectacle de circonstance La chose a été dite et redite : Indigènes évoque le sort des volontaires de nos colonies africaines, mobilisés sur le front allemand en 1944-45. Il se donne pour mission de montrer un épisode oublié de notre Histoire, et par là, de souligner la dette de la France envers ces populations. Jusque là, ça va. Réhabiliter une mémoire et mettre la république face à ses obligations (l’indemnisation de ces anciens combattants a été suspendue pendant la guerre d’Algérie, et le dû n’a toujours pas été versé) est une volonté louable. On serait même tenter d’applaudir, si un problème ne se posait : le film lui-même, dont la présence au sein du Festival est, je crois, purement politique.Passons sur la mise en scène, incapable de saisir une action dans l’espace et de nous faire ressentir le poids de la guerre. Evacuons le jeu maladroit des acteurs, habituées aux productions françaises (dont Jamel Debbouze, co-producteur du film) et parlant ici arabe - ce qui est logique. Et posons nous la question de la représentation. Pourquoi tous ces maghrébins font-ils allégeance au drapeau tricolore ? Aucun ne semble questionner son « appartenance » à la France et tous s’engagent volontairement, avec des mobiles diverses. Un fait est posé d’emblée : ils sont Français de cœur et d’esprit. D’où le scandale de la non reconnaissance de leur participation au conflit. En parallèle, le racisme hexagonal est cantonné à des caricatures (l’ancien de Vichy), les Français(es) accueillant à bras ouverts leurs sauveurs à la peau noire ou mâte. Vision discutable, au sein d’un film qui se veut exemplaire. Edifiant, il déculpabilise notre rapport aux anciennes colonies : si la France ne s’est pas montrée à la hauteur des services rendus, la faute en incomberait à ses seuls dirigeants. Indigènes, qui au fond ne parle jamais de la guerre, se veut réconciliateur et intégrateur. Il invite par l’implicite les Maghrébins vivant en Hexagone à se penser comme Français, et les nationaux à ne pas se sentir coupables du mépris subi par nos « étrangers ». Au vu de l’actualité récente (émeutes en banlieues, lois sur l’immigration et sur notre passé colonial), ce discours, simpliste, est trop circonstanciel pour ne pas être taxé de manipulateur. Indigènes – un film de Rachid Bouchareb France, 2006, 2h05 – Sélection officielle, en compétition En attendant le Palmarès...Posté par Elfi le 26.05.06 à 15:09 | tags : cannes 2006, en salles, sélection officielle, quinzaine des réalisateurs
Vus à Cannes entre deux soirées arrosées par nos chroniqueurs fous, Marie Antoinette, Zidane et On ne devrait pas exister (illus.). Tout un programme. A retrouver sur le magazine cinéma de Flu. Gus Van Sant : le sacre cannoisPosté par anita b. le 26.05.06 à 15:05 | tags : cannes 2006, un certain regard, gus van sant, quinzaine des réalisateurs
Présenté en séance spéciale à la Quinzaine des réalisateurs, Mala Noche, le premier film de Gus Van Sant, est une petite merveille inédite qui sortira sous peu sur les écrans MK2. Une plongée en noir et blanc dans le quotidien d’un garçon de Portland, Oregon, qui aime un jeune émigré mexicain qui ne l’aime pas en retour. Abordant l’homosexualité sur un mode qu’on ne lui connaissait pas, bien plus cru et direct que plus tard dans My Own Private Idaho, Van Sant filme ces visages, ces lieux qui lui sont chers, et les nuages en accéléré, avec déjà la grâce et la tendresse qui le caractérisent. On peut s’amuser à tisser les nombreux fils qui relient cette première œuvre au reste, mais Mala Noche existe très bien par lui-même, comme un blues burlesque et romantique en terre aride. Cannes nous donna cette année l’occasion de célébrer un des cinéastes les plus importants de sa génération. Par une standing ovation de 10 minutes, pour commencer, mais aussi au travers d’autres films, affirmant leur admiration pour GVS. Passons très vite sur Two Thirty 7, présenté à Incertain Regard, grossière photocopie d’Elephant sur un mode proche d’Hélène et les garçons - pour le jeu des acteurs, leurs physiques, et le degré intellectuel de la chose. Mais on retiendra surtout l’hommage de Daft Punk dans leur Electroma, qui se réapproprie Gerry pour l’emmener dans leur propre univers. Du navet à l’objet arty et brillant, GVS est en tout cas en train de s’affirmer comme un inventeur de formes incontournable. Applause.Mala noche Gus van Sant. 1985. 1h18
Two Thirty 7 de Murali K. Thalluri – Un Certain Regard
Daft Punk Electroma de Daft Punk – Quinzaine des réalisateurs
Dans Paris : Honoré au sommet de son art Présenté à la Quinzaine des réalisateurs, le nouveau film de Christophe Honoré un véritable triomphe, forçant les organisateurs à rajouter une séance tant le public se pressait aux portes. Exemple type du buzz cannois, qui n’a pas nécessairement besoin des critiques pour se lancer. Face à la réussite magistrale de Dans Paris, la réaction est à la hauteur du film : hommage résolument créatif et ludique à la Nouvelle Vague, porté par des acteurs au sommet de leurs arts (tragique pour Romain Duris et Johanna Preiss, burlesque pour Louis Garrel) le film invente à chaque instant ses propres codes. On communique par le regard, la chanson, le corps autant que par les mots dans cette fable enchantée sur la profondeur et la douleur des sentiments. On retrouve avec bonheur Guy Marchand, en papa poule dépassé par les évènements, Louis Garrel fait des étincelles en compagnies de ses jolies maîtresses, et Romain Duris confirme tout le bien que l’on commençait à penser de lui (De Battre mon coeur s'est arrêté). Le film s’offre le luxe de prendre Paris pour terrain de jeu, sur un rythme effréné. Réjouissant serait trop peu dire : ce film est une merveille.Dans Paris - Christophe Honoré
Louis Garrel : le roi de cannes, c'est luiPosté par anita b. le 26.05.06 à 13:00 | tags : cannes 2006, sélection officielle, quinzaine des réalisateurs
Avec deux films présentés le même jour à Cannes, on peut affirmer que le 25 mai fut bel et bien la journée Louis Garrel (malgré son absence annoncée pour cause de représentation théâtrale). Le fils du génial Philippe (les Amants réguliers) est en train de creuser son sillon dans le cinéma français et d’imposer son style déphasé, en rupture avec notre époque, volontiers spirituel, exigent…en un mot : dandy. On a ainsi pu, ce jeudi matin, admirer sous toutes ses coutures son apollinesque stature dans le nouveau film de Christophe Honoré, Dans Paris, présenté à la Quinzaine des réalisateurs. Plus qu’inspirée par la Nouvelle Vague, cette oeuvre compose une famille totalement inédite : Guy Marchand en papa poule un peu radoteur, Romain Duris en grand frère dépressif après avoir été quitté par sa femme, et Louis Garrel, petit frère drolatique et dragueur. Ce dernier nous renvoie souvent à Antoine Doinel, tant pour sa diction que pour sa volubilité insatiable et débordante. Deux éléments que l’on pouvait retrouver ce même jour dans un court métrage présenté en sélection officielle hors compétition : Un Lever de Rideau de François Ozon. D’après un texte de Montherlant, le cinéaste explore une veine qu’on lui connaît peu, qui évoquerait presque du Arnaud Desplechin. Centré sur le tandem Garrel/Amalric, il nous offre un dialogue enfiévré autour de l’idée d’exigence dans les sentiments. Un peu glacé et agaçant, on ne succombe pas moins au charme de Louis, sa fantaisie naturelle, son éternel air de ne pas être tout à fait là. Mais cette année à Cannes, on ne peut tout simplement pas le rater.Bean sur tapis rouge L'équipe du prochain Mister Bean (Bean 2) investit les Marches du Palais. A l'occasion de la projection d'En avant jeunesse !, Emma de Caunes et Willem Dafoe squatteront l'air de rien le tapis rouge pour les besoins du film. Pendant que les festivaliers regarderont le Pedro Costa, les deux acteurs interpréteront une actrice et un metteur en scène montant les célèbres marches. Mais où sera Rowan Atkinson?Indigènes à Cannes Le film de Rachid Bouchareb (Little Senegal) rappelle le rôle essentiel qu'on joué des dizaines de milliers de tirailleurs, goumiers et tabors algériens, marocains et tunisiens dans la libération de la France en 1944-1945. Indigènes est un acte politique de réhabilitation pour Jamel Debbouze notamment, qui n'a pas hésité à réduire considérablement son cachet pour jouer aux côtés de Samy Nacéry (Taxi), Sami Bouajila (Nos vies heureuses) et Roschdy Zem (Va, vis et devient). Les premières images du film sont disponibles sur le site officiel. Le 26 septembre 2006 en salles.L’Homme de Londres : le nouveau film de Béla Tarr Depuis Les Harmonies Werckmeister, on n’avait plus de nouvelles de Béla Tarr, grand cinéaste des plaines hongroises. Présent à Cannes, il vient d’annoncer qu’il reprenait son projet de L’Homme de Londres. Initialement financée par Humbert Balsan, décédé en 2005, la production du film avait dû être interrompue. Le tournage reprendra à Bastia en octobre 2006. Quelques scènes ont déjà été tournées en Hongrie. L’actrice anglaise Tilda Swinton (illus.) fera encore partie du casting et, qui sait, le film sera peut-être présenté au Festival de Cannes, 60ème édition. Si c’est le cas, on lui donnerait presque la Palme d’or les yeux fermés. Ça brûle : des corps en fusion Claire Simon est avant tout connue pour son travail documentaire. Ça brûle !, présentée à la Qinzaine des réalisateurs, n’est pourtant pas sa première fiction. Pour autant, ce qui convainc le plus dans ce dernier film, c’est son rapport charnel au réel. Son histoire d’adolescente rebelle, devenant pyromane par amour pour un pompier qui la repousse, ne vaut pas tripette. Ce qui capte notre attention se situe ailleurs. Dans cette caméra où l’on sent en permanence, à chaque seconde, la présence d’une cinéaste amoureuse des corps, de leur peau, de leur force animale. Le cadre colle aux acteurs, à leur sensualité. Le grand sujet du film, celui qui suinte de chaque image, c’est le corps, dans toutes ses dimensions. Jeune, vieux, léger, lourd, sec, mouillé, féminin, masculin, humain, animal… La caméra en enregistre tous les états qui passent à sa portée. Elle les met en valeur, les vivifie, jusqu’à un point de fusion où la matière vivante ne fait plus qu‘une. La jeune fille, l’homme de ses désirs, le cheval qu’elle monte, tout semble emporté en un seul mouvement, atteignant un point d’incandescence qui brûle le regard. Quel dommage, après un tel apogée, que Claire Simon se sente obligée de pontifier sur la jeunesse, sur ce qui a ses yeux la caractériserait : son besoin de violence sans but, ses troubles générés par des pulsions naissantes, sa nécessaire révolte. D’un cas particulier, elle semble vouloir faire une démonstration. Presque un modèle. Sous le soleil du midi, en plein été, au lieu de s’en tenir à une intense peinture de chairs en devenir, vouées à souffrir sous l'effet d'une chaleur intérieure, elle se perd dans le discours. Dommage.P.S.: Pour un avis plus enthousiaste, lire la chronique de Hélène Raymond parue dans Fluctuat. Ça brûle ! – Un film de Claire Simon France, 2006, 1h51 – Quinzaine des réalisateurs Summer Palace : Lou Ye interdit de tournage ? Lou Ye (illus., au centre), le réalisateur de Summer Palace, présenté en compétition la semaine dernière, connaît des déboires avec la censure chinoise. Pour avoir montré son film sans l’aval des autorités de Pékin, il risque une interdiction de tournage durant cinq ans. Pour l’instant, peu de voix officielles se sont élevées contre cette décision peu étonnante. On n'en attendait pas moins de nos chers représentants culturels qui, à l’approche des jeux olympiques et à l’heure où la Chine présente un taux de croissance record, ne veulent certainement pas faire de vagues diplomatiques. Le plus drôle serait que le film ou son auteur reçoive un prix d’importance dimanche soir, à la cérémonie de clôture. Là, ils seraient bien embêtés, les soi disant porte-drapeaux de nos libertés.Daft Punk’s Electroma : Gerry remixé La première réalisation du duo français a grandement divisé le public cannois. Pas étonnant : sans le moindre mot prononcé, on suit les pérégrinations de deux personnages casqués et tout de noir vêtu à travers un univers désertique, tout juste peuplé par des individus pareillement masqués. Long trip qui commence en voiture pour se finir à pied dans le désert, cet Electroma porte bien son titre. Le parcourt de ces nouveaux individus crées par Daft Punk évoque en effet un long cauchemar ensoleillé, peuplé d’apparitions fantastiques et d’images inoubliables. Un être qui marche lentement dans le noir le corps en feu, des dunes caressées par la caméra jusqu’à devenir un gigantesque corps féminin, une voiture noire qui fonce dans les paysages déjà explorés par Antonioni dans Zabrisky Point ou Gus Van Sant dans Gerry, ce dernier film étant ici littéralement cité et revisité. Totalement onirique, le film avance comme un rêve généré par le tandem mécanique. Mais malgré cela, un embryon de récit émerge progressivement, au-delà des casques qui recouvrent le visage de ces créatures. C’est du mal être et de la peur qu’il est question ici, et l’on n'est pas prêt d’oublier la scène de suicide d’un robot sous le soleil infernal du désert. Daft Punk’s Electroma - Un film de Thomas Bangalter et Guy Manuel de Homan Christo France, 2006, 1h14 - Quinzaine des réalisateurs Drama/Mex : tristes tropiques Le grain est épais, rugueux. La lumière, intense ou nocturne, ne cherche pas à séduire. La vision est abrupte, directe, comme cette jeunesse d’Acapulco qui pendant près de deux heure se croise, s’invective, se chahute, se prostitue. Loin des clichés, de la ville solaire des cartes postales, Acapulco dans Drama/Mex, présenté à la Semainde de la critique, se montre dans toute sa franchise. Gangrenée par l’argent roi, machiste, impitoyable, elle s’ouvre le temps d’une nuit, du crépuscule à l’aube. Durant ces quelques heures, un employé de bureau aura dérobé la paye de ses collègues et, réfugié dans un hôtel minable, pensera à mettre fin à ses jours. Là il croisera une adolescente fugueuse, prête à la prostitution, ainsi qu’un trio de jeunes amoureux, pétri de rapports à la fois minables et passionnels. Tout cela bouge, virevolte, mais au fond, débouche sur bien peu de choses. Tout au plus sent-on émerger le constat d’une situation désespérée, illuminée par un seul éclat : celui d’une jeunesse qui, quoi qu’il arrive, restera elle-même, c’est-à-dire impatiente, imbécile, inconséquente, mais vivante. C’est ce qui sauve de désespoir l’homme prêt à rencontrer la mort. Et, in fine, le film lui-même, en l’éloignant d’un nihilisme trop appuyé pour être totalement honnête. Drama/Mex – Un film de Gerardo Naranjo Mexique, 2006, 1h50 – Semaine de la critique |
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