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Le cinéma du réel, festival documentaire, au Centre Pompidou. Voir aussi la collection documentaire.
Cinéma du Réel : HolunderblüteSixième billet de la carte blanche accordée au collectif Les Incorrigibles, à l'occasion de la 30e édition du Cinéma du réel. Toute la série ici.
Koepp choisit de camper ces enfants dans une nature qui, crise oblige, reprend doucement ses droits sur les plantations fermières. Paysages luxuriants, cartes postales envoûtantes, Holunderblüte est la mise en scène d'enfants sauvages version Belle des Champs. Car les enfants de Koepp sont beaux, incroyablement beaux même, souriants, rêveurs, talentueux, tournés vers les livres ou la peinture. Au fil des saisons, ils plongent dans les feuillages, roulent dans la neige, grimpent aux pommiers ou se balancent aux branches. Tout le contraire des adultes, que l'on devine à peine à l'image, si ce n'est dans de très rares séquences. Ils sont alors soit saouls, soit laids, soit prisonniers de leur condition tels ces casseurs de pierres symboliquement condamnés dans le film aux travaux forcés. Holunderblüte est la métaphore de Peter Pan, un monde de liberté construit sur des règles d'enfants. (illus. © Edition Salzgeber) Cinéma du réel : Podul de Flori (Le Pont des fleurs)Cinquième billet de la carte blanche accordée au collectif Les Incorrigibles, à l'occasion de la 30e édition du Cinéma du réel. Toute la série ici. Tout frais terminé, Podul de Flori, programmé en fin de Festival du Cinéma du Réel, a été reçu comme une bonne nouvelle du cinéma roumain. Il a obtenu le Prix des Bibliothèques décerné par la direction du livre et de la lecture.
Thomas Ciulei (illus.2) nous installe en pleine Moldavie rurale, dans la ferme de Costica, un père de famille agriculteur, un « acteur né » dit-il, mélange de Dustin Hoffman et de Robert De Niro. Rencontré pendant un repérage, Costica a abordé le réalisateur en le prenant pour un détective. Après quelques verres du vin que l'on sert à flot pendant le film, le casting était conclu. Costica résume sa situation intenable face caméra : il sème dix hectares d'orge, trois vont aux animaux, il lui en reste sept à vendre. Quand tout va bien il s'en sort tout juste : « c'est ça l'agriculture en Moldavie », ajoute-t-il avec un sourire crispé. Il sème et récolte à la main avec l'aide de ses seuls enfants, un jeune garçon et deux adolescentes. Pour sauver les siens de cette impasse, la mère est partie travailler en Italie. Costica est double : tendre comme une mère, il mène ses troupes comme un chef militaire. Qu'il soigne les boutons de varicelle de son fils, qu'il pétrisse le pain, range la maison ou aide une chèvre à mettre bas, ses mains sont d'une douceur infinie. Des gestes connaisseurs, mille fois répétés mais exécutés avec plaisir devant la caméra, avec passion et même conviction. Conviction que ce qu'il fait est « ce qu'il faut faire ». Sa femme là-bas est clandestine, coincée. Il la harcèle au téléphone au sujet de ses papiers. En attendant son improbable retour, la vie est suspendue dans la maison familiale. Temps de l'absence. Quotidien de la maison. Cycle naturel. Tout est comme « avant » dans l'environnement de la maison. Costica s'y emploie avec acharnement. Le temps qui passe est suggéré par de très beaux plans de la campagne environnante, une nature sauvage et belle, tranchante et immuable. Les jours se suivent, les uns ressemblant aux autres. Le retour de l'école est ponctué par l'incontournable compte-rendu des enfants sur les notes obtenues en roumain, en maths, en histoire géo. Les repas et les couchers se répètent et traduisent l'absence de la mère, la douleur de la séparation.
Les scènes de la vie ordinaire comportent de nombreux champs, contre-champs et une touche fictionnelle qui peut dérouter le spectateur. Les protagonistes jouent leur propre rôle avec talent et ces scènes rituelles, où le geste est répété et rejoué comme à l'infini, permet à Thomas Ciulei de composer une forme documentaire originale. Tourné en 35 mm, avec une équipe de sept personnes pendant trois mois, six jours par semaine, Podul de Flori a la beauté d'un film de cinéma patiemment composé avec le réel. Chaque jour, Thomas Ciulei décide de filmer des saynètes observées quelques heures auparavant qu'il demande aux protagonistes de rejouer. Ces scènes entre fiction et réel ponctuent le film et lui donne sa profondeur temporelle. Les saisons s'enchaînent, les enfants grandissent et la mère n'est toujours pas là. Les liens se distendent. L'absence se fait plus crue de jour en jour. Les lettres des enfants lues en voix off nous invitent un peu plus dans leur univers face à un Costica hyperactif. Il retourne la maison, nettoie, s'occupe du jardin, soigne les animaux et les êtres vivants sous son toit. La vie de la famille est montrée de ce point de vue de l'absence. Aucun autre personnage ne traverse le film, si ce n'est quelques silhouettes fugitives. Le clan est fermé, resserré autour de l'âpreté du présent. Costica porte à bout de bras ses enfants et se convainc lui-même qu'ils ont fait le bon choix à travers ses monologues où transparaît son émotion. Thomas Ciulei prend le parti d'exagérer l'absence de la mère. Costica vit au jour le jour et pousse toute son énergie et ses enfants vers l'avant. Vers demain : un temps incertain où se dessine l'espoir des retrouvailles et l'avenir des enfants. Podul de Flori (Le Pont des fleurs)
Newsreel, vivifiant cinéma de contre-informationQuatrième billet de la carte blanche accordée au collectif Les Incorrigibles, à l'occasion de la 30e édition du Cinéma du réel. Toute la série ici. Ils s‘autoproduisaient. Se mobilisaient pour diffuser leurs images. Quarante ans après, l'exemple des Newsreel américains frappe encore par la force de leur production collective. Des films présentés au Cinéma du réel dans la rétrospective Americana.
Caroline Thiery / Collectif Les Incorrigibles Recycling the newsreel with Paul Mcisaac
Le Réel et la condition humaineTroisième billet de la carte blanche accordée au collectif Les Incorrigibles, à l'occasion de la 30e édition du Cinéma du réel. Toute la série ici. Fermeture des frontières, destruction de quartiers populaires, déplacement de population, enfants livrés à eux-mêmes... Pour sa 30ème édition qui s'est terminée mardi 18 mars, le festival international de films documentaires Cinéma du réel questionne l'instabilité et le devenir d'un monde qui tangue et semble marcher sur la tête.
Cinéma du réel : Barcelone ou la mortDeuxième billet de la carte blanche accordée au collectif Les Incorrigibles, à l'occasion de la 30e édition du Cinéma du réel. Toute la série ici. C'est un peu "la bourse ou la vie" version sénégalaise. Au 30ème festival du Cinéma du réel, Barça ou Barzakh (Barcelone ou la mort), le premier film d'Idrissa Guiro, a reçu le prix Louis Marcorelles du ministère des Affaires étrangères.
En 2006, 25 000 clandestins sénégalais ont rejoint les Canaries. 3000 sont morts dans leur tentative. Même s'il est traumatisé par ses traversées précédentes, Modou n'a pas l'intention d'abandonner. La tension entre son départ possible, incarné par la construction d'une pirogue, et le hors champ de son récit cauchemardesque structure le film. Pas de répit pour le spectateur, malmené par un sentiment d'impuissance et la couleur rouge omniprésente. La musique de Youssou N'Dour et les cadres très proches des personnages adoucissent l'atmosphère. Les images sont belles, très belles et permettent de s'installer dans cette réalité difficile. Tala, l'autre personnage central du film a fait le choix inverse de son cousin Modou. Son combat à lui se situe au Sénégal. Enseignant aux Etats-Unis, il a choisi de revenir au village pour soutenir le développement du pays. Son entourage et sa famille le prennent pour un farfelu. Dans les rues de Thiaroye-sur-mer de larges panneaux publicitaires en faveur de la banque Western Union qui gère les transferts d'argent rappellent : "Mon fils m'envoie une raison supplémentaire d'être fier de lui". Tala le professeur tente de dissuader son cousin Moudou de repartir. Sans succès. Barcelone ou la mort, Barça ou Barzakh, en wolof ...
L'immigration a toujours fait partie de l'histoire du Sénégal, mais elle a pris une allure dramatique ces dernières années. Pourquoi ceux qui mesurent les risques de la traversée envisagent-ils de les braver pendant des jours et des nuits ? Idrissa Guiro a voulu comprendre la complexité de ce choix. Barcelone ou la mort est un film sur le départ. Il est là, en permanence : dans les plans des pirogues peintes de fleurs ou des regards perdus des élèves en cours d'anglais, quand chacun raconte la perte d'un proche dans un naufrage. La mer rythme le film. Ni menaçante ni trop belle. Là, simplement. Pour certains le film est trop esthétisant, les images trop belles, "cartes postales" et loin de la réalité. Idrissa assume son style. Ce qui compte c'est que le public africain voie ce film. Il est heureux d'avoir saisi des scènes inattendues. Celle d'un jeune garçon, à la sortie de l'école, qui se plante silencieux devant la caméra, une feuille à la main avec l'inscription : "partir en Europe". Marie Bonnard/Collectif Les Incorrigibles Festival Cinéma du réel, palmarès
- Grand Prix : Holunderblute, de Volker Koepp (Allemagne) - Mentions spéciales : Wollis Paradies, de Gerd Kroske (Allemagne) et San, de Du Haibin (Chine) - Prix du Court métrage : Minot North Dakota, de Cynthia Madansky et Angelika Brudniak (Etats-Unis) - Prix Joris Ivens, attribué à un jeune cinéaste : La Frontera infinita, de Juan Manuel Sepúlveda (Mexique) Il reste des projections aujourd'hui et demain. Palmarès intégral et programme ici. Cinéma du réel : Garin Nugroho, le cinéaste du renouveau indonésienPosté par Van le 14.03.08 à 17:48 | tags : festival, les incorrigibles, cinéma du réel, documentaire
Premier billet de la carte blanche accordée au collectif Les incorrigibles, à l'occasion de la 30e édition du Cinéma du réel . Toute la série ici.
Laurence Pinsard, collectif Les Incorrigibles Le site du Cinéma du réel. Viktor Kossakovsky en quelques sons Jeudi 16 mars, le festival Cinéma du réel présentait Svyato (illus.), le dernier film de Viktor Kossakovsky. Brillant, un brin mégalomane, l’éminent représentant du Studio de films documentaires de Saint-Pétersbourg a signé en quinze ans de carrière 8 films, la plupart remarquables, quels que soient les supports utilisés – pellicule ou vidéo, en fonction du matériel qu’il pouvait trouver. Le cinéma de Kossakovski révèle, comme le souligne Antony Fiant, « les zones sensibles de frottement entre lui-même, ceux qu’il filme et le spectateur », constat qui s’enracine dans les conditions mêmes du tournage : le Pétersbourgeois est la plupart du temps son propre opérateur. Pour Kossakovski, la personne la plus importante du cinéma documentaire est en effet le caméraman, le premier, « au moment de la prise de vue à unir l’éthique et l’esthétique, en convertissant l’événement en image ». Difficile de couvrir d’un trait une filmographie qui recèle autant de trésors, depuis le portrait barré d’une famille rurale en forme de jeu de bascule tragi-comique permanent (Belovy, 1993) jusqu’à son avant-dernier opus (Tische !, 2003), filmé depuis la fenêtre de son appartement pétersbourgeois, chronique du théâtre de la rue, parabole cachée d’un certain état de la Russie contemporaine et machine à remonter l’histoire de l’art. Kossakovsky pratique un cinéma en liberté, charnel et cérébral, démesuré et fantastique, très russe (tendance Gogol), mais dont le résultat s’apparente parfois à ce que l’on a appelé à une époque – mais sous d’autres latitudes – le réalisme magique. Pour en savoir plus, on pourra écouter ce reportage, tout en finesse d'Emmanuel Chicon :
Eléments sonores tirés de l'oeuvre de Kossakovsky et de : De la Syrie : ce que peut le cinémaPosté par Sandor le 15.03.06 à 19:07 | tags : réalisateur, cinéma du réel, documentaire, expérimental
Excellente idée que cette programmation "De la Syrie" proposée par le festival Cinéma du réel depuis vendredi dernier. D'abord parce que la cinématographie de ce pays est fort peu connue. Ensuite parce que la Syrie est hélas sur la black list des pays bombardables en cas d'écart trop grand avec la volonté américaine pour la "région" : il est donc bon que le documentaire puisse donner à voir qui sont ces êtres humains potentiellement menacés, d'autant que le régime en place à Damas n'exfiltre que des images extrêmement choisies de la réalité nationale.Alors, le documentaire syrien ? D'abord, deux grands cinéastes : Mohamed Malas et Omar Amiralay (illus. El Dajaj, 1977, du second), capables de chefs d'oeuvre. Citons notamment Quneytra 74, de Malas. Un noir et blanc superbe, une forme presque expérimentale avec caméras dans le plan et accords de free jazz, une durée brève (20 minutes) qui permet d'en venir directement au fait : la destruction au bulldozer (déjà...) de la ville de Quneytra, capitale du Golan occupé depuis 1967, par l'armée israélienne après son léger "redéploiement" de 1973. Et la plaie, l'immense plaie que cet anéantissement laisse dans l'espace syrien. Dans la mémoire d'une nation. Après ce traumatisme, les cinéastes syriens semblent utiliser le cinéma comme outil pour recoudre cette plaie (c'est le rôle traditionnel du montage en documentaire, dit-on : reconstruire la mémoire d'un tournage enfoui, d'une histoire perdue...). S'attardant sur les vestiges de la salle de cinéma de Quneytra (Le Plat de sardines, Amiralay, 1997) ; revisitant avec un vieux projectionniste damascène l'histoire syrienne du cinéma (Ombres et lumières, Malas-Amiralay-Mohammad, 1994). Non pour se poser en victimes d'un traumatisme inextinguible. Mais pour construire en images et en sons un objet qui leur permette de reconstruire du sens, une beauté, là où le projet politique national a jusqu'ici échoué. Van der Keuken aux frontières du réelPosté par Elfi le 14.03.06 à 15:58 | tags : réalisateur, cinéma du réel, documentaire, cinéma sur arte
Johan van der Keuken : on vous a déjà parlé de ce grand documentariste néerlandais (La Jungle plate, Amsterdam Global Village...) décédé il y a cinq ans. Le festival Cinéma du réel lui rend hommage ce samedi 18 mars, avec la projection de cinq courts métrages (Le Chat, On Animal Locomotion...), et Arte vidéo sortira quatre jours plus tard deux coffrets de trois DVD : deux bonnes occasions de vous jeter sur son œuvre, si ce n'est encore fait
Encore méconnu du grand public, Van der Keuken a sillonné le monde toute sa vie, à la recherche « de quelque chose de durable dans les visages, dans les êtres ». A la fois poétique et politique, son œuvre est une invitation à intégrer le temps de l’autre. Traversés par une recherche formelle permanente, ses films interrogent le monde et posent la question de la frontière entre art et réel. (illus. Georgette, photo J. van der Keuken, 1956) Cinéma du réel, 28e !Posté par Sandor le 13.03.06 à 16:37 | tags : centre pompidou, chine, cinéma du réel, documentaire, festival
Eh bah oui, c'est déjà le 28e festival Cinéma du réel, manifestation consacrée au documentaire et créée par la Bibliothèque publique d'information dès les premières années d'ouverture du Centre Pompidou. Le festival bat son plein depuis vendredi. A suivre comme chaque année, une compétition internationale où les films chinois (Le Voyage poétique de Huang Wenhai, illus.) et russes sont particulièrement attendus, de même que La Bar Mitzva de Zorro, dernier opus de l'Autrichienne Ruth Beckermann. On jettera également un oeil à la sélection française et aux programmations parallèles, dont un écho "De la Syrie" semble a priori la plus alléchante. Reste à voir les films maintenant. On en reparle très bientôt.
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