Toute l'actu du festival de Cannes, le rendez-vous cinéma le plus important, le plus médiatisé, le plus glamour de l'année.
Le Festival de Cannes 2010 se tiendra du 12 au 23 mai. Le jury sera présidé par Tim Burton.
Sur le mag cinéma, retrouvez en détails le programme de la sélection officielle et toutes les programmations de la Quinzaine des réalisateurs, la semaine de la critique et d'un Certain regard. Présentation, analyse, pronostics autour des différentes sections du Festival de Cannes.
Voir aussi les fils d'actu sélection officielle, un certain regard, quinzaine des réalisateurs, semaine de la critique.

- Le Monde : C'est une palme totalement inattendue !
- Le Parisien : Pas du tout grand public, en tout cas...
- Les Inrocks : Oui, mais quelle joie! En attribuant la Palme d'or à Uncle Boonmee Who Can Recall His Past Lives , le jury Burton a accompli le geste audacieux qu'on espérait sans complètement y croire.
- Le Figaro : Pff...Ce film est interminable, oui, plein de visions inintéressantes. Un des cinq pires nanars de cette édition cannoise (avec le Film Socialisme de Jean-Luc Godard notamment). Notre Palme de l'ennui.
- El Pais : Bien d'accord, cette Palme d'Or est grotesque, à la poésie introuvable et au langage pathétique.
- L'Express : C'est, en fait, une palme faussement branchée. Limite ridicule. Qui n'évite pas la posture arty et compte autant de moments de grand cinéma qu'une choucroute de morceaux de chocolat.
- Le Figaro : (rires)
- The Independent : En même temps, il n'y avait pas grand chose d'autre à se mettre sous la dent dans cette maigre sélection...
- Le Point (déboussolé) : Est-ce un geste politique, alors que la Thaïlande est en pleine guerre civile ? C'est possible, même si le film n'a pas, a priori, de visée politique.
- Telerama (mesuré) : Cette Palme d'Or est surprenante certes. Audacieuse. Un peu folle. Et totalement inconséquente. Car, enfin, soyons clairs : Apichatpong Weerasethakul est un cinéaste. Un visionnaire. Un auteur que l'on aime à défendre. Et Oncle Boonmee, celui qui se souvient de ses vies antérieures est, de tous ses films, le plus étrange, le plus poétique...
- El Pais (agacé) :...le plus absurde, le plus soporifique...
- Le Figaro (persifleur) : ... le plus hermétique aussi...
- Télérama (ignorant la bave de l'immonde crapeau, telle une blanche colombe) : ...peut-être même le plus abouti. Reste qu'il est réservé à des « happy few » heureux et fiers de l'être, qu'il obéit à un rythme incantatoire qui risque de rebuter autant que de fasciner.
- Le Figaro (définitif) : On y comprend rien, ce qui est une constante à Cannes.
- Le Temps (mention Bien): Ce n'est pas forcément une bonne nouvelle pour la manifestation : bien des spectateurs qui découvriront Apichatpong Weerasethakul sur la foi de sa Palme d'or ne retourneront pas de sitôt voir un film couronné sur la Croisette. Mais c'est une très bonne chose pour la liberté de créer autrement et ailleurs.- Télérama (historique) : Il a longtemps existé une récompense créée précisément pour les essais de ce type, inventifs et innovants. Avec les années, le « Prix spécial du jury » était devenu, pour les cinéphiles, la seconde Palme d'or, celle des auteurs : Michelangelo Antonioni l'obtint, en son temps, et Robert Bresson, et Luis Buñuel, et Ingmar Bergman, et Andrei Tarkovski, à qui jamais nul ne songea, en dépit de leur génie, à décerner la vraie... Parce qu'une Palme d'Or, plus qu'un film, est une délicate osmose entre un auteur et son public. Y avait-il, dans la sélection 2010, un de ces films rares qui allient l'exigence d'un artiste au désir des spectateurs ? Oui. Celui de Mike Leigh.
- Les Inrocks (jouasse) : Another Year est une performance de jeu et d'écriture, mais le cinéma a du mal à y respirer. Pour revenir au Palmarès, certains nous ont satisfait davantage que d'autres. Aucun ne nous avait paru aussi pleinement satisfaisant que celui présidé par Isabelle Adjani en 97 qui primait Le Goût de la cerise de Abbas Kiarostami, Happy Together de Wong Kar-wai, Le Destin de Youssef Chahine... Or Tim Burton appartenait déjà à ce jury. Chapeau donc au président pour ce doublé de palmarès parfait.
- Le Figaro (acerbe) : Le Festival de Cannes a tout essayé : la partie de tennis sans balle (Blow Up), le film fleuve sur la sécheresse (Chroniques des années de braise), le film dans le film (Le Goût de la cerise), les zombies adolescents (Elephant), l'avortement à la Bucarest (4 mois, 3 semaines et 2 jours). Mieux vaut arrêter net une litanie qui risquerait de sombrer dans le parodique. Le cinéma est malheureusement pris au sérieux par des gens dont le métier devrait être la frivolité.
- Libération (cinglant) : En reléguant bien des films académiques dans les limbes d'où ils n'auraient jamais dû sortir, le jury Burton a gardé les films les plus artistiquement purs et modernes.
- Le Figaro (inquiet pour le peuple) : Mais c'est comme si les jurés s'excusaient de n'être que des saltimbanques ! Ils transforment une récréation en devoirs de vacances. On oublie trop que le juré aime être décevant. Il est humain. Il se voit en penseur. L'ennui lui paraît le comble du chic. Il demande du social, de la grisaille, des thèses en béton. Le public, lui, réclame de la réflexion, du plaisir, de la nuance. Il lui arrive même de vouloir s'amuser.
- Fluctuat (comme une cheveu sur la soupe) : en lisant les critiques ciné du Figaro ?
(dialogue fictif, construit à partir de citations réelles, via les sites web des journaux mentionnés)
Palmarès de Cannes : Tim Burton choisit l'audace.
- Voir tout le Palmarès du Festival de Cannes.
- Lire notre critique de Uncle Boonmee

Le Festival de Cannes 2010 est terminé. Mais les nombreux films découverts sur la Croisette sont loin d'avoir dit leurs derniers mots, puisqu'il leur reste à rencontrer leur public.
Programmé par l'ACID, le joli Fleurs du mal a convaincu par son énergie. Pour son premier long-métrage, David Dusa filme l'histoire d'amour entre un jeune Parisien et une Iranienne en visite à Paris, qui suivent chacun de leur côté la révolte en Iran et sa médiatisation (notamment via YouTube). Ces nouveaux formats d'images viennent peu à peu contaminer le film parisien, avec rage mais harmonie. Original et stimulant, Fleurs du Mal nous a donné envie de rencontrer son réalisateur.
Parcours biographique
J'ai 31 ans et je suis né en Hongrie. A partir de l'âge de 9 ans, j'ai grandi entre la Suède et l'Afrique du Sud. J'ai découvert le cinéma d'art et essai en Suède, quand j'avais 14 ans : un ami m'a montré Eraserhead de David Lynch et ça m'a retourné la tête. Je n'ai d'ailleurs jamais revu le film depuis. Après ce moment fondateur, j'ai fait des études de cinéma à l'Université de Göteborg : c'était purement théorique, c'était de l'analyse, de l'histoire du cinéma, etc. Après ça, j'ai continué ma vie de bourlingueur en habitant à Londres ou en Norvège. Puis j'ai atterri à Paris pour apprendre le français et j'y suis resté. J'ai alors fait une école de cinéma privée, le CLCF. Ca m'a permis de faire mon premier court-métrage, qui a été sélectionné au Festival de Rotterdam. A partir de là, tout s'est enchaîné et mes courts suivants ont gagné des prix dans différents festivals.
La genèse de Fleurs du mal
J'avais écrit un premier long-métrage avant ça, mais la recherche de financements prenait beaucoup de temps. Je devenais impatient de tourner quelque chose, et les élections du 12 juin 2009 en Iran sont arrivées. Il y a eu de la fraude, puis de grandes manifestations, et c'est la jeunesse iranienne qui a assuré le travail de journalisme. J'ai vraiment été épaté par la façon dont ils ont utilisé les nouvelles technologies pour s'organiser et pour diffuser leurs images. Je me suis alors demandé comment intégrer ces images (parfois très violentes) à une fiction, et l'histoire d'amour s'est imposée d'elle-même, afin de contrebalancer la brutalité des images. Tout est allé très vite, j'ai commencé à écrire le scénario le 1er juillet 2009, il y a à peine 10 mois.
Le côté clippesque
Cet aspect énergique est lié au personnage de Gecko, qui est danseur et qui évolue dans ce monde-là, il s'agissait d'illustrer son for intérieur. Il y a trois couches différentes dans le film : les vidéos d'Iran, le mélodrame amoureux et la dimension clippée. L'émotion vient de la communication entre ces trois aspects. Le challenge le plus important consistait à trouver une cohérence entre ces styles, sans rupture. Le montage son a notamment été très travaillé, afin de créer une continuité émotionnelle entre les différentes parties du film.
La situation en Iran
L'Iran est un pays très jeune. Les enfants de la révolution islamique sont très branchés sur tout ce qui est nouvelles technologies, ils connaissent toutes les musiques que l'on écoute, ils regardent tous les films que l'on voit. Ils vivent à part entière dans un monde globalisé, et il y a nécessairement friction avec le régime obscurantiste. A long terme, c'est intenable. L'Iran est très différents des autres pays du Moyen-Orient : il y a plus de filles que de garçons à l'Université et le changement est inévitable, un compromis devra arriver tôt ou tard selon moi. En réalité, une révolution a déjà eu lieu, celle de l'information. C'est un changement qui ne pourra être visible qu'avec le recul, mais ils ont indiqué le chemin, en montrant comment utiliser des réseaux sociaux comme un outil de combat et d'organisation. Je pense que beaucoup de gouvernements, dans beaucoup de pays, commencent à flipper, car c'est un outil très puissant.
(Photo de Marc Buchy)
- Bande-annonce de Fleurs du mal :

Finalement, le palmarès du 63e Festival de Cannes aura presque été plus enthousiasmant que l'ensemble de la Compétition, très moyenne cette année.
Reconnaissons d'emblée que Tim Burton, président du jury, nous a agréablement surpris, en ne distingant que les rares oeuvres audacieuces présentées en ce morose mois de mai. Exit l'académisme ronronnant de Mike Leigh et Bertrand Tavernier, rien pour la mise en scène tire-larmes et putassière de Alejandro González Iñárritu, un temps annoncés comme favoris. Place au cinéma.
Nos chouchous sont tous présents parmi les lauréats : Juliette Binoche dont la prestation dans Copie conforme nous a bouleversés, Lee Chang-dong et sa subtile méditation sur l'art et la nécessité d'enchanter le monde (Poetry), Xavier Beauvois qui réussit un film historique digne et sobre sur un sujet casse-gueule (le massacre des moines de Tibhirine), mais aussi l'attachante Tournée New-Burlesque de Mathieu Amalric... Et surtout, bien sûr, la claque Apichatpong Weerasethakul.
Habitué de la Croisette, le cinéaste thaïlandais, déjà lauréat du Prix Un Certain Regard 2002 avec Blissfully yours puis Prix du Jury en 2004 avec Tropical Malady, gravit la dernière marche de la reconnaissance critique mondiale avec Uncle Boonmee Who Can Recall His Past Lives , Palme d'Or de ce 63 Festival de Cannes. A seulement 39 ans, l'homme qui se fait aussi appeler "Joe" (pour des raisons pratiques) a littéralement survolé la concurrence avec son délicat film de fantômes, poème sensoriel d'une insolente singularité sur la mort, et les renaissances.
Autres petites surprises de ce palmarès burtonien : Mahamat-Saleh Haroun, qui inscrit le Tchad sur la carte du cinéma mondial avec Un homme qui crie (prix du jury), et le prix d'interprétation décroché par Elio Germano pour sa prestation dans La Nostra Vita de Daniele Luchetti, ex-aequo avec le favori Javier Bardem.
Ajoutons que la France est particulièrement bien représentée dans ce palmarès, avec pas moins de trois prix : le Grand prix pour Des hommes et des dieux de Xavier Beauvois, le prix de la mise en scène pour Mathieu Amalric (dont seul le talent de comédien était jusque là reconnu par le métier), et enfin le prix d'interprétation obtenu par Juliette Binoche.
(Crédits photo : Eric Gaillard / Reuters)
Palme d'or de la plus grosse tehon
Décernée à l'ex-fermière Céline Durand qui jeudi soir, durant la soirée de bienfaisance pour Haïti organisée au VIP Room, s'est tapé une bonne affiche. Invitée par les paparazzi en furie, la blonde, qui était entrée dans la boîte par la voie normale, a fait demi tour et est allée poser sur le tapis rouge. 200 flashs plus tard, c'est à dire quelques secondes, elle se faisait alpaguer par le bras par Laurent Guyot, le boss de l'agence du même nom, qui gère les relations presse du VIP Room, et devait quitter le tapis rouge. Depuis l'an dernier, Laurent Guyot ne veut plus que les vedettes de la télé réalité viennent parasiter la présence des vraies stars à ses soirées et il se montre intraitable sur le sujet.
Plus fort encore, si l'on en croit Le Parisien, un peu plus tard, la demoiselle Durand, qui n'a décidément pas froid aux yeux, est venue se placer aux côtés de Benicio del Toro, comme si elle était sa compagne du soir. Elle s'est fissa faite "dégager", puis a été "virée du VIP Room". Quand aux photos, elles ont été détruites. Comme quoi l'audace ça paye parfois, ou pas.
Palme d'or de la plus grosse classe à 6h du mat
Décernée à Adrien Brody, qui même à cette heure avancée semblait frais comme un gardon, impeccable, et avait une haleine parfaitement fraîche j'en suis sûr lors de la soirée pour Haïti au VIP Room. Pas étonnant qu'il ait emballé, enfin si on en croit Closer, Paris Hilton le lendemain.
Palme d'or des pipoles qui sont tellement partout qu'ils doivent avoir des clones
Décernée à Frédérique Bel qui était de toutes les fêtes, enfin les biens, celles où elle pouvait réseauter utile. Avec chaque soir une tenue, une coiffure, un maquillage totalement différents... Sinon elle est très sympa Frédérique, l'année dernière je l'avais aidée à porter son sac et elle m'avait parlé de sa croyance dans la magie et le pouvoir des pierres (j'invente rien).
Du côté des mâles, je crois bien que celui que j'ai le plus vu, c'est Gaspar Noé. Au Chéri Chéri, au Baron et dans des teufs de films. On aurait pu ne pas croire qu'il serait si mondain, mais il était là, souvent près du bar, à ne pas sucer que de la glace. Côté ricain c'est Benicio del Toro qui n'y est pas allé de main morte sur les grands ducs. Tous les soirs jusqu'à l'aube, à se mettre bien. Gageons qu'il a quand même réussi à voir quelques films avec les deux yeux...

Voir aussi :
le diaporama Cannes 2010 : best of people
le diaporama Cannes la nuit

La bande-annonce d'Uncle Boonmee, Palme d'or de ce 63e Festival de Cannes :

Tim Burton remet la Palme d'Or du 63e Festival de Cannes à notre chouchou de la compétition, Uncle Boonmee Who Can Recall His Past Lives du thaïlandais Apichatpong Weerasethakul. Un Palmarès qui, dans l'ensemble, est en accord avec le Palmarès de Flu.
Le Palmarès du 63e Festival de Cannes :
- Palme d'or : Uncle Boonmee Who Can Recall His Past Lives d'Apichatpong Weerasethakul (Thaïlande) (Lire notre critique d'Uncle Boonmee)
- Grand Prix : Des hommes et des dieux de Xavier Beauvois (France) (Lire notre critique de Des hommes et des dieux)
- Prix du jury : Un homme qui crie de Mahamat-Saleh Haroun (France, Belgique)
- Prix d'interprétation féminine : Juliette Binoche pour Copie conforme d'Abbas Kiarostami (Lire notre critique de Copie Conforme)
- Prix d'interprétation masculine ex aequo : Javier Bardem dans Biutiful d'Alejandro Gonzalez Inàrritu (Lire notre critique de Biutiful) et pour Elio Germano dans La Nostra Vita de Daniele Luchetti (Lire notre critique de La Nostra Vita)
- Prix du scénario : Lee Chang-dong pour Poetry (Corée du Sud) (Lire notre critique de Poetry)
- Prix de la mise en scène : Mathieu Amalric pour Tournée (France) (Lire notre critique de Tournée)
- Caméra d'or : Ano Bisiesto (Année bissextile) de Michael Rowe (Mexique)
- Palme d'or du court métrage : Chienne d'histoire de Serge Avédikian
- Prix du jury du court métrage : Micky Badder de Frida Kempf
La bande-annonce d'Uncle Boonmee :
Toute la sélection officielle :
- {Tournée} de Mathieu Amalric
- {Des hommes et des dieux} de Xavier Beauvois
- {Biutiful} de Alejandro González Iñárritu
- {Hors-la-loi} de Rachid Bouchareb
- {The Housemaid} de Im Sang-soo
- {Copie conforme} d'Abbas Kiarostami
- {Outrage} de Takeshi Kitano
- {You, my joy} de Sergueï Loznitsa
- {Poetry} de Lee Chang-dong
- {Another Year} de Mike Leigh
- {Fair Game} de Doug Liman
- {Soleil trompeur 2} de Nikita Mikhalkov
- {La Princesse De Montpensier} de Bertrand Tavernier
- {Uncle Boonmee Who Can Recall His Past Lives } d'Apichatpong Weerasethakul
- {Un homme qui crie} de Mahmat Saleh Haroun
- {La Nostra Vita} de Daniele Luchetti
- {Chongqing Blues}, de Wang Xiaoshuaï
- {Un garçon fragile - Le projet Frankenstein} de Kornél Mundruczó
- {Route Irish} de Ken Loach
Hors compétition
- {Robin des Bois} de Ridley Scott (film d'ouverture)
- {Wall Street 2 : l'argent ne dort jamais} d’Oliver Stone
- {You Will Meet A Tall Dark Stranger} de Woody Allen
- {Tamara Drewe} de Stephen Frears
- {Carlos}, d'Olivier Assayas
- {Autobiographie de Nicolae Ceauşescu}, de Andrei Ujică
- {The Tree} de Julie Bertucelli

Tourné en Australie, L'Arbre (The Tree) clôt en douceur un Festival dominée par le maniérisme, l'académisme et la morosité. Rien de tout ça ici. En s'appropriant L'arbre du père de Julie Pascoe, la réalisatrice de Depuis qu'Otar est parti réussit à évoquer le deuil avec une sensibilité de tous les instants.
Dawn (Charlotte Gainsbourg), une Française installée en Australie depuis une quinzaine d'années, perd soudainement son mari. Se retrouvant seule avec ses quatres enfants, elle va devoir surmonter le drame. Le film aurait pu n'être qu'une sorte de pendant féminin au plus quelconque La Nostra Vita, film italien sur le deuil (en Compétition), mais Bertuccelli aborde la thématique de la mort avec plus d'inspiration.
Le personnage de Simone, la fille de Dawn, apporte beaucoup au film, qui épouse en partie son point de vue. Persuadée que son père lui parle à travers l'immense arbre auquel leur maison est accolée, la blondinette de 8 ans se confie à la plante, et fait de ce lieu privilégié un sanctuaire. Mais quand le figuier menace de faire vaciller la maison (scènes quasi fantastiques : branches qui tombent, racines qui cassent les canalisations, assaut de chauve-souris dans la cuisine et de grenouilles dans les toilettes), la petite Simone se cabre, refusant d'abattre cette réincarnation de la figure paternelle.
Rarement on aura filmé un arbre avec tant de tendresse et d'onirisme. Véritable personnage du film, à la fois accueillant et redoutable, le figuier illustre le rapport à la mort de toute une famille : les fils font mine de l'ignorer tandis que Simone ne peut briser son lien fusionnel avec la plante. Dawn a du mal à s'en séparer, mais sait que c'est inévitable pour avancer, vivre un nouvel amour. Auprès de leur arbre, ils vivaient heureux... Mais leur bonheur est-il possible sans lui ?
En laissant respirer sa mise en scène, fluide et ample (en Scope), au rythme lent des journées australes, Julie Bertucelli parvient à saisir le deuil dans sa temporalité dilatée. On verse une petite larme devant tant de fragile majesté.

Mercredi dernier, deux crocodiles ont déambulé sur la Croisette. Publicité pour une célèbre marque de polos ? Opération promo pour des bonbons fluos ? Non, il s'agissait de Nicolas Engel et de Marina Voznyuk, respectivement réalisateur et actrice du Crocodile du Dniepr, court-métrage présenté à La Semaine de la Critique de Cannes, dans le cadre de la Collection Canal +.
Réalisateur des Voiliers du Luxembourg et de La Copie de Coralie (sélectionné en 2008 à la Semaine de la Critique), Nicolas Engel a tourné Le Crocodile du Dniepr à Kiev. Traversé par la mélancolie, le film aborde la crise économique avec pudeur et fantaisie, dressant un touchant portrait de la jeunesse ukrainienne (et, par extension, de la toute la jeunesse européenne).
Le Crocodile du Dniepr met en scène Lou Doillon mais aussi des comédiens ukrainiens, parmi lesquels Marina Voznyuk, qui a donc enfilé le costume vert du film au Festival de Cannes.
Rencontre avec les crocodiles de la Croisette, en vidéo :
Avec StreetPress.
(Photo de Marc Buchy)
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