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L'actualité du festival international du documentaire à Marseille. Voir aussi la collection documentaire.
Le FIDMarseille sans frontière
En 18 ans, le documentaire a évolué, son statut a changé, il s'invite de plus en plus dans des festivals qui réservaient leurs sélections aux oeuvres de fiction. En retour, le FID a décidé de suivre le cheminement inverse et d'ouvrir sa programmation à la fiction, manière de réaffirmer la vigueur du documentaire, qui n'a pas besoin de s'enfermer dans un pré carré pour dire son importance. C'est aussi parce que la conception du film documentaire des responsables de ce festival est large, ouverte à toutes les formes et les possibilités, et parce que "on le sait, le documentaire est aussi fabriqué que la fiction", selon les mots de Jean-Pierre Rehm, délégué général du festival. Trente-sept films en compétition, plus d'une centaine de films programmés au total, la plupart inédits en France, et beaucoup de premiers films, pour rafraîchir un regard sur le genre documentaire et l'ouvrir également bien au-delà de ses habituelles frontières. FIDMarseille, du 4 au 9 juillet. Festival international du documentaire de Marseille : 17e! Du 6 u 11 juillet se tiendra le 17e festival international du documentaire (FID), au palais Pharo à Marseille. Trente films inédits sont en compétition. A suivre cette année, le film de Chantal Akerman, Là-bas, Paraiso de Felipe Guerrero, ou encore The roof de Kamal Aljafari. Et des rétrospectives : celle du cinéaste allemand Harmud Bitomski, du catalan Joaquin Jorda, et du canadien Robert Morin. Cette année encore, les Cahiers du cinéma collaborent, et proposent une sélection de films explorant l'éternel rapport entre docu et fiction. On verra notamment Be with me d'Eric Khoo et Heart, beating in the dark de Shunichi Nagasaki. Travail sur les limites toujours, avec le choix de Cyril Neyrat de la revue Vertigo qui s'interroge : que voit-on quand on ne voit rien ? Une sélection inspirée donc, avec au total plus de 100 films projetés, 100 films qui se donnent comme objectif de "parcourir les ombres du monde" . On en reparle très vite.Jean-Pierre Gorin : on va boire un coup ?Posté par Sandor le 12.12.05 à 01:35 | tags : documentaire, festival, fid marseille, jean-pierre gorin, réalisateur
Publié - enfin ! - après avoir dormi près de six mois dans le back office de Flu (problème de "bonne distance" dans l'entretien, comme on dit désormais classiquement en documentaire), cette interview en deux temps avec Jean-Pierre Gorin, l'ancien du groupe Dziga-Vertov qui, avec Godard, avait entre autres réalisé Ici et ailleurs (1976). Mais pas que... Lors du 16e Festival international du documentaire de Marseille, en juillet dernier, Jean-Pierre Gorin présentait sa "trilogie américaine", expression un peu marketing censée désigner trois films assez dissemblables tournés sur la côte ouest des Etats-Unis entre 1976 et 1991. L'enjeu de l'entretien était de comprendre quel pouvaitêtre le lien entre ces trois films, ce qui en somme faisait l'unité de l'oeuvre de Gorin sur la durée. "Vous filmez le cinéma en train d'infléchir le réel", lui a-t-on proposé. C'était un peu pédant. "C'est pas faux mais bon, euh... on va boire un coup ?", a-t-il rétorqué. C'était plus cool... A lire, donc... FID Marseille, 6e : Les mains fragiles
Juste un petit mot pour vous annoncer que le palmarès du FID Marseille est enfin publié sur le site du Festival : - Grand Prix international à Estamira du Brésilien Marcos Prado, avec mention spéciale attribuée à Pour un seul de mes yeux du très décapant clown performer israélien Avi Mograbi. - Prix de la compétition française à Oliva Oliva de Peter Hoffmann - Prix du son (excellente spécialité marseillaise) également à Oliva Oliva de Peter Hoffmann. (le reste en ligne) J'ai pas vu les films, alors je ne peux pas en parler (Rita ?...). Reste que les deux petites journées passées ici resteront une grande bouffée d'air cinématographique : dans la morosité française ambiante, il est bon de voir une équipe jeune oeuvrer à une représentation du monde riche d'une telle pertinence et d'une telle beauté. La patte Jean-Pierre Rehm, peut-être, délégué général du FID depuis quatre ans ? Quand il s'exprimait, au début des séances qui lui tenaient le plus à coeur, émanait de lui une parole qui semblait à la fois engagée, enthousiaste et consciente de sa fragilité. FID Marseille, 5e : ConversationPosté par Sandor le 06.07.05 à 12:45 | tags : documentaire, festival, fid marseille, jean-pierre gorin
Le FID se termine aujourd'hui, hélas, et il faudra bientôt aller se consoler à la lumière d'autres projections organisées cet été, ici et ailleurs. Pour ma part, intrigué par les trois films de Jean-Pierre Gorin proposés dans l'un des "écrans parallèles" du festival, j'ai voulu en savoir davantage et je suis allé l'interroger. "Vous savez, vous venez de voir mes films, j'en ai déjà parlé à l'issue des projections alors, maintenant, c'est à vous de me dire ce que vous en pensez", m'a-t-il immédiatement rétorqué. Pas idiot comme point de vue, et assez exigent en termes de conversation. Alors j'y suis allé de mon petit couplet sur Poto et Cabengo (1976), Routine Pleasures (1986) et My Crazy Life (1991), les trois opus qui composent cet ensemble assez pompeusement désigné de "trilogie américaine". Je lui ai dit qu'à mon sens, il n'y avait pas grand-chose de commun dans les thèmes de ses films : deux jeunes jumelles qui développent un langage propre auquel personne ne comprend rien, des amateurs de train miniature placés sous le regard d'un critique de cinéma américain, et un gang de jeunes immigrés Samoans paumés dans une banlieue de Los Angeles. Mais que, chaque fois, on notait chez lui une jouissance à intervenir sur le réel autant qu'il le filme, à entrer dans la cadre pour faire évoluer l'objet auquel il s'intéresse, ou alors à montrer la façon dont ses protagonistes sont influencés par le film en train de se faire. "Sans doute une réminiscence de votre travail au sein du groupe Dziga-Vertov avec Godard", lui ai-je suggéré, "cette vieille obsession à vouloir faire en sorte que le cinéma puisse transformer le réel".Il a pas dit non. Il a pas vraiment dit oui non plus, d'ailleurs. Il a préféré parler du montage et du son, ses deux grandes marottes, de sa théorie de "l'auteur moderne, auteur modeste" (un auteur ne dit plus vraiment, il enregistre, il "écoute sa matière" et la rassemble), du rap des années 1990 et de son amour de Mark Rothko et de Manny Farber. Les films, on les avait vus et l'heure n'était déjà plus vraiment au cinéma. Dehors, il faisait toujours aussi lourd mais le ciel commençait à virer au gris. L'appel du retour, déjà. Le train. Paris, ses trottoirs ternes et là-bas, quelque part sur le Vieux-Port, quelques traces laissées. La tasse de Rita sur une table de café, désormais battue par la pluie. La vie. FID Marseille, 4e : minima moralia Cette année au FID, une forme cinématographique émerge tout pariculièrement : le montage "brut", dénué de tout commentaire, voix off ou autre explication. En somme : le spectateur est plongé dans un milieu qu'il va comprendre au fur et à mesure. Il faut dire que les sujets abordés par, entre autres, Noord Korea de Pieter Fleury et Ears, open. Eyeballs, click de Canaan Brumley, portent déjà en eux une promesse de spectaculaire. Dans le premier, le réalisateur a obtenu l'autorisation de tourner en Corée du Nord, suivant le quotidien de civils qu'on imagine triés sur le volet, mais obtenant à travers eux un portrait déjà hallucinant de la middle class nord-coréenne. Depuis les chants qui accueillent les ouvrières textiles le matin, pour leur insuffler le désir ardent de porter leur pays au sommet du monde, jusqu'à l'enseignement en maternelle, pas loin de la lobotomie, on explore un pays fermé, où l'individu n'est qu'une pièce dans un engrenage qui le contrôle totalement. L'absence de commentaire n'est pas, évidemment, une absence de point de vue. Mais ici, Pieter Fleury n'a pas à en rajouter au montage ou à la prise de vue : ce qu'il filme est en soit une expérience si étrange qu'elle porte en elle un potentiel cinématographique immense.Dans Ears, open. Eyeballs, click, Canaan Brumley filme les six semaines d'entrainement des Marines avant leur incorporation. Tourné en 2002, un an avant la guerre d'Irak, le cinéaste n'a, là encore, pas besoin d'en rajouter aux images rares et fortes qu'il a pu obtenir. A tel point que le film est ici montré sans sous-titre, les hurlements incessants des petits chefs se comprenant à l'effet immédiat qu'ils produisent sur les bleus. Plus violente que la première partie de Full Metal Jacket, cette vision de l'embrigadement, qui passe par la constitution d'une nouvelle famille hyper-paternaliste et décérébrante, est une expérience inoubliable. Ancien officier lui-même, le réalisateur nous plonge dans l'horreur qui conduit à la guerre, avec de très belles idées de prise de vue. La mise en scène, elle, est déjà bien prise en main par l'armée, il n'a plus qu'à la recueillir. Sidérant. FID Marseille, 3e : un petit tour...
Répétez après moi : In girum imus nocte et consumimur igni. Quid? Eh bien, sous ce vers tiré de Virgile se cache le dernier film réalisé par le situationniste roi, Guy Debord, en 1978. C'est la suprise majeure que nous reservait le festival, en prévision de la sortie DVD imminente de la quasi intégralité de ses films. En pratiquant le détournement d'images d'autres films, associé à des prises de vue de Venise (lieu du tournage où la plus grosse partie du budget passa en diners et beuveries), In girum imus nocte et consumimur igni se propose de faire le point sur plusieurs histoires interrogées par Debord : lui-même, d'abord, et son travail de "cinéaste" et de philosophe. Paris ensuite, une ville qu'il évoque avec une touchante nostalgie. La société enfin, dans son évolution/aliénation qu'il ne cessera jamais de critiquer. Avant tout peut-être, c'est cette voix, psalmodiante et froide, et ce verbe direct et cru, c'est Debord en somme, qui porte le film et en fait ce brûlot terrassant, tranchant comme la lame de Bunuel dans nos yeux endormis par l'habitude.
Deux choses, pour finir : ce post sera sans image puisque, en revenant à son film Hurlement en faveur de Sade (1952), Debord réinjecte dans ce film des passages de "blanc", sans aucune image projetée. Enfin, les plus illuminés auront sans doute remarqué que In girum imus nocte et consumimur igni est un palindrome : une phrase qui se lit dans les deux sens. Et qui signifie : nous tournons en rond dans la nuit et nous sommes consumés par le feu... En somme, un cercle vicieux. FID Marseille, 2e : Regards caméra
Arrivée à 11h ce matin en gare Saint-Charles. Il fait une chaleur écrasante sur le quartier du Panier, de l'autre côté du Vieux-Port, face au Théâtre de la Criée où le FID a élu domicile. Un temps idéal pour s'engouffrer immédiatement dans les salles obscures, et voir pour commencer Made in China, de Julien Selleron, en compétition internationale. A partir de son tournage sur The World, son dernier opus, très beau portrait du cinéaste Jia Zhang-Ke en défricheur de liberté dans la société chinoise. Comment un tournage "sauvage" dans les rues de Fenyang (province de Shanxi) provoque la curiosité incrédule des passants, littéralement figés devant cette caméra transgressive au milieu des années 1990 (Xiao Wu, 1997). Comment un public européen cinéphile constitue un tiers regard pour des films interdits en Chine, et permet à une jeune société chinoise d'exercer sa liberté en images (Platform, 1999 ; Plaisirs inconnus, 2001). Comment Jia Zhang-Ke lui-même, contemplant son propre reflet dans le verre de sa caméra, prend conscience de son travail de réalisation d'une image de la société chinoise en pleine mutation (The World, 2005).Un peu plus tard, Debord, In girum... (à suivre...). Un véritable choc. En sortant, besoin de prendre l'air. Mais la moiteur est telle dans les rues de Marseille que l'atmosphère devient étouffante, et la parole se fait rare. Assise derrière un table ronde, Rita avale son café, se lève et s'éclipse dans les ruelles ombrées de la vieille ville pour retourner en projo. Au fond de sa tasse, un rayon de soleil se niche, encore et toujours. Fort. Eclatant. FID Marseille : deux jours au soleilPosté par Sandor le 02.07.05 à 23:07 | tags : documentaire, festival, fid marseille, jean-pierre gorin
Les docs ont chaud
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