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Manu sort de l'oubli les films perdus de l'histoire du cinéma. Voir aussi les collections classique, cinéma muet et noir et blanc. Pour tout le reste, direction l'actu Cinéma.

L'Enfer, film inachevé de Clouzot, réapparaît

Posté par Van le 26.11.07 à 15:27 | tags : films perdus, classique, auditorium du louvre

Dans son édition datée de demain, Le Monde consacre sa page 3 au mythique film jamais achevé de Henri Georges Clouzot, L'Enfer, qu'un infarctus avait définitivement compromis en 1964.

On y apprend quelques détails de l'histoire de ce film, que Clouzot envisageait visiblement comme son chef-d'oeuvre, extrêmement ambitieux sur la forme, qui devait être un drame fantasmagorique sur la jalousie où tout se jouait entre Romy Schneider et Serge Reggiani.
Différents états du scénario furent plus tard présentés à Marin Karmitz par la veuve de Clouzot, et à Claude Chabrol qui en fit son Enfer à lui, en 1994.

Les quinze heures de rushes tournées étaient bloquées jusqu'ici par les assurances qui avaient perdu énormément d'argent dans l'affaire, dont Serge Bromberg a racheté les droits et dont une partie sera montrée pour la première fois le 16 décembre à 17h à l'Auditorium du Louvres : 15 minutes de bouts d'essai et de prises de vue, dans lesquelles on découvre des scènes étonnantes, et une Romy Schneider torride comme jamais. "Largement de quoi perdre son sang-froid" selon Jacques Mandelbaum, l'auteur du papier. 

Avis aux amateurs. 

 


Warhead (les aventures des films perdus : 27)

Posté par Van le 29.06.07 à 12:35 | tags : films perdus, james bond

Je me risque à reprendre l'excellente série sur les films perdus (© Manu !) car il me semble avoir découvert une histoire tout à fait appropriée : le James Bond qui n'a jamais été tourné.

Robert Sellers, écrivain et fan de James Bond devant l'Eternel, a découvert, au hasard de ses recherches pour son livre The Battle for Bond, le scénario d'un James Bond, datant de 1977, qui n'est jamais arrivé sur pellicule.
L'auteur a été contacté par un ami de Kevin McClory, scénariste et producteur de plusieurs épisodes de la saga, qui avait travaillé avec Ian Fleming sur un scénario pour Opération Tonnerre avant même que celui-ci ne devienne un roman, et qui a mené une bataille juridique pendant plusieurs décennies autour des droits de la saga.

Il s'agit d'un scénario sur lequel avait travaillé McClory, Len Deighton et Sean Connery lui-même. De l'avis de ceux qui l'ont lu, c'eut été le James Bond le plus ambitieux et le plus extravagant jamais tourné.
Son nom : Warhead. 007 (incarné par Connery, bien sûr) aurait été amené à se battre contre des requins robots, aurait fait du ski nautique sur l'Hudson, aurait été parachuté sur la Statue de la Liberté et aurait empêché des terroristes de faire exploser des ogives nucléaires sous Wall Street, entre autres actions abracadabrantesques.

La rumeur d'un James Bond génial et jamais tourné avait toujours circulé, mais était restée à l'état de mythe jusqu'à cette découverte.
Ce scénario, bouclé, prêt à tourner, ne va peut-être qu'augmenter la frustration des fans qui peuvent prendre toute la mesure de ce qu'ils ont perdu, à cause d'une mesquine bataille légale.
En effet, alors que la Paramount été derrière le projet, avec un budget, faramineux pour l'époque, de 22 millions de dollars, le producteur Cobby Broccoli, qui tournait L'Espion qui m'aimait, avec le très médiocre Roger Moore, parvint à tuer dans l'oeuf ce superbe projet à coups de procédures juridiques.

(illus.1 : Sean Connery en repérage pour le film ; illus. 2 : dessin commandé par McClory sur la scène de bataille sous-marine contre des requins - source : Scotsman).


Un homme est mort (les aventures des films perdus : 26)

Posté par Manu le 05.12.06 à 19:17 | tags : films perdus, documentaire
Certains cinéastes s’acharnent à faire des films qui, leur vie durant, seront détruits, censurés ou non distribués. René Vautier est de cette trempe, toujours en butte à l’adversité mais mû par la passion. Se définissant lui-même comme un cinéaste d’intervention sociale, il a réalisé des documentaires et des fictions que l’Etat français aurait préféré ne voir jamais exister. Les éditions Futuropolis lui rendent aujourd’hui hommage à travers une bande dessinée intitulée Un homme est mort qui raconte l’histoire d’un film que Vautier tourna en à Brest, lors des grands mouvements ouvriers de 1950.
Le cinéaste a alors 23 ans. Tout juste sorti de l’IDHEC, il a déjà derrière lui une condamnation pour avoir réalisé Afrique 50. Ce film anti-colonialiste - qui sera salué à l’étranger - lui vaudra treize inculpations et une condamnation à la prison ! A l’époque, la IVème République ne rigole pas avec la critique. Recherché par la police, émigré en Irlande, il se rend clandestinement à Brest, mandaté par la CGT pour y filmer les grèves ouvrières. A l’époque, le port breton est un immense chantier. La ville, détruite par les bombardements, est à reconstruire. En avril 50, le mécontentement populaire gronde. Les grèves s’amplifient et la répression policière se fait violente. Le 17 avril, des balles sont tirées en direction de la foule. Un homme, Edouard Mazé, tombe à terre, assassiné, et vingt autres personnes sont blessées. Dès le lendemain, René Vautier arrive avec sa caméra. Il filmera les obsèques et les événements qui s’en suivront.
Cela donnera un document, intitulé Un homme est mort, qui restera dans les mémoires comme une œuvre belle et émouvante mais ne sera vu que par une poignée de personnes. Car ce film n’a jamais existé que sous la forme d’une seule copie. Montré à l’époque dans les ciné-clubs à travers la France, il se désagrégea de lui-même au cours de sa dernière projection, après plusieurs dizaines de séances. Une œuvre qui mourut de sa belle mort, en quelque sorte…
Aujourd’hui, grâce à cette BD, les ombres de ce film refont surface. A jamais disparu, c’est un peu de sa force et de sa vitalité qui nous est remis en mémoire. Et c’est finalement toute la puissance du cinéma de René Vautier qui nous est rappelée. Après sa lecture, on a envie de se replonger dans Avoir 20 ans dans les Aurès. Un autre film  pas ou peu distribué, car TF1 en conserve le négatif qui se dégrade progressivement… un autre titre appelé à disparaître ?

Casino Royale 1954 (Les aventures des films perdus : 25)

Posté par Manu le 20.11.06 à 12:35 | tags : noir et blanc, films perdus, james bond, dvd
Daniel Craig serait le sixième acteur à endosser le rôle de James Bond… Faux ! Si avant lui, il y eut Connery, Lazenby, Moore, Dalton et Brosnan, il ne faudrait pas oublier David Niven et Peter Sellers (dans le parodique Casino Royale de 1967) ni et surtout Barry Nelson. Cet acteur américain fut en effet le premier à incarner l’agent au permis de tuer.  Retour dans le passé...

Nous sommes en 1954. Casino Royale, le premier roman de Ian Fleming, a paru un an plus tôt, rencontrant lentement mais sûrement un certain succès. La chaîne CBS en achète alors les droits pour 1000 dollars. Elle envisage d’en faire un téléfilm d’une heure, réalisé par William H. Brown et adapté par Charles Bennett, un scénariste qui prêtera plus tard ses services à un autre James, le West des Mystères de l’Ouest. Recentré sur la partie de cartes mortelle – du baccarat, et non le poker de la version 2006 -, ce thriller en noir et blanc voit s’affronter Nelson dans le rôle de Bond (au centre) et le grand Peter Lorre dans celui du Chiffre (à dte). Vesper Lynd, James Bond girl avant l’heure, est quant à elle interprétée par la jolie mais anodine Linda Christian (à gche). Un trio pas très sexy mais qui n’avait pas encore à subir la comparaison avec les films de Sean Connery, puisque celui-ci ne fera ses premiers pas dans le rôle que 8 ans plus tard.
Le temps de diffusion étant restreint, les backgrounds des différents personnages avaient été réduits au minimum. James, pour sa première prestation, se voyait transformer en espion de l'Oncle Sam, aux apparences d’aventurier prêt à combattre les méchants de tous poils.  Malgré un budget insignifiant, ce film diffusé le 21 octobre 1954 dans le programme Climax Mystery Theater rencontra son public. A tel point que fut envisagée une série télé qui aurait dû s’intituler Commander Jamaïca. Ce projet non abouti conduira Ian Fleming à écrire un script de trente pages, qui sera à l’origine du roman Dr No.
Ce film est actuellement disponible en VHS et dans les bonus du DVD Casino Royale version 1967, mais la plupart du temps, DVD y compris, dans une version tronquée à laquelle il manque les dernières minutes. Dans les années 1980, un fan de Bond découvrit en effet une copie complète en 16 mm où l'on voit Bond tuer Le Chiffre par un ultime coup de feu.
Depuis, James a pris le coup de main et a assassiné plus d’un vilain, et de manière bien plus originale. Et si l’on en croit le Casino Royale troisième du nom, ce n’est pas prêt de s’arrêter.

La Rage (les aventures des films perdus : 24)

Posté par Manu le 25.10.06 à 17:45 | tags : réalisateur, noir et blanc, films perdus, documentaire, dvd
1963. Pier Paolo Pasolini, la quarantaine passée, a déjà derrière lui plusieurs écrits, romans et pièces, quelques collaborations à des scénarios et trois réalisations qui ont fait parler d’elles: Accattone, Mamma Roma  et La Ricotta. Il est alors approché par un producteur d’actualités cinématographiques qui a en tête un projet très particulier. Ce dernier lui propose de monter, à partir des archives en sa possession, un film qui dresserait le portrait de l’Europe de l'après-guerre. Il promet au cinéaste qu’il aura carte blanche, tant pour les images choisies que pour le commentaire les accompagnant. Pasolini accepte et livre quelques mois plus tard un violent pamphlet.
Il y fustige le néo-colonialisme qui sévit en Afrique, prend fait et cause pour la libération algérienne et, plus généralement, dénonce l’impérialisme d’une Europe vieillissante. Le poète cinéaste le décrit lui-même comme «  un acte d’indignation contre l’irréalité du monde bourgeois et l’irresponsabilité historique qui en découle ». A la vision du film, le producteur, qui n’avait certainement jamais lu ou vu une œuvre de Pasolini, s’effraie de ce violent discours, trop à gauche selon son goût. Il décide d’adjoindre à ce montage une seconde partie qui en contrebalancera le propos. Il passe alors commande à l'écrivain satiriste Giovanni Guareschi, connu pour un Don Camillo pas particulièrement progressiste, lequel remplit son contrat avec diligence.
Par ce procédé, La Rage devient un film en deux parties, genre thèse-antithèse, que Pasolini s’empresse de renier. A la  suite de ce rejet, l’intelligent producteur, toujours aussi avisé, décide de… ne pas distribuer le film. Il restera ainsi inédit pendant quarante ans, visible uniquement dans les cinémathèques à l’occasion de rares projections. Jusqu’à son édition DVD en 2004, chez MK2, dans sa version complète.
On a alors découvert un film que le passage du temps n’avait pas épargné, sa virulence et une certaine grandiloquence dans le propos en atténuant la portée. Il n’en reste pas moins qu'il restera comme un précieux document sur une époque encore douloureuse. Et qu’il peut enfin s’inscrire dignement dans la filmo d’un des grands poètes de l’après-guerre.

Calmos (les aventures des films perdus : 23)

Posté par Manu le 20.09.06 à 13:47 | tags : films perdus
Petite dérogation à la règle : Calmos n’est pas à proprement parlé un film dit perdu. Il s’agirait plutôt d’un film maudit, tombé dans les limbes des salles obscures, une œuvre que ni son réalisateur ni ses acteurs ne souhaitent voir réédité. En fait Calmos fait honte à tout le monde sauf… à ses spectateurs ! Enooooorme farce qui n’y va pas avec le dos de la cuillère, il est signé Bertrand Blier et aligne un casting qui ressemble à un carnaval grotesque: Jean-Pierre Marielle, Jean Rochefort, Bernard Blier, Claude Piéplu, Gérard Jugnot, Dominique Lavanant, Brigitte Fossey, Sylvie Joly … Réalisé entre Les Valseuses et Préparez vos mouchoirs et sorti en 1974, c’est une charge qui s’attaque à la dictature féministe de l’époque. Marielle et Rochefort quittent tout – et en particulier les femmes – pour se retirer à la campagne. Leurs objectifs ? Le calme, le silence et profiter au maximum de la bonne bouffe à s'en faire péter le cholestérol. Malheureusement ils vont faire école et seront bientôt rejoints par d’autres hommes désireux de s’éloigner de tout ce qui ressemble de près ou de loin à une femme. Ils vont alors être pourchassés par des hordes de femmes à l'organisation militaire. Capturés, il finiront comme étalons de laboratoire.
Un vrai délire trash qui ne ménage pas les images interdites aux moins de 18 ans – à l’époque, on ne faisait pas de chichi avec ça – et s’enfonce allègrement dans la paillardise et la misogynie. Avec des dialogues extraordinaires et des scènes hilarantes comme Bertrand Blier, apparemment devenu vieux grincheux libidineux, ne sait plus en faire. Le tout se terminant – si j’ose dire – dans un vagin géant.
Le cinéaste qualifie son film de « raté »… Ce qui n’a pas empêché la rumeur autour du film d'enfler sur le net ces dernières années.  Le téléchargement allant bon train, le film est en passe de devenir culte sans pour autant être visible au cinéma, en vidéo ou à la télévision. Situation bien paradoxale dont on peut espérer qu’elle change un jour. Imaginez une salle entière riant au éclat face à un Blier déguisé en curé rubicond ou des Marielle et Rochefort hirsutes et clochardisés, perdus dans une forêt de poils pubiens. Un grand moment de communion humoristique, où même les femmes auraient le droit de rire…

Star Wars holiday special (les aventures des films perdus : 22)

Posté par Manu le 04.09.06 à 14:22 | tags : films perdus, star wars, you tube, animation
Après avoir évoqué le montage inédit du premier Star Wars, j’ai eu connaissance de ce Star Wars holiday special grâce à la contribution d’un de nos lecteurs. Qu’il en soit ici chaleureusement remercier. Ce film « perdu » est en fait un téléfilm réalisé entre le premier volet et L’Empire contre-attaque. Il a été diffusé à la télévision américaine le 17 novembre 1978 – et est resté a priori inédit chez nous. Depuis, on n'en trouve plus trace, sinon dans les conventions de fans où des copies pirates circulent sous le manteau et où la rumeur d’une édition officielle en DVD est devenue une sorte de poisson d’avril. George Lucas – qui avait pour l’occasion délégué la réalisation à un sous-fifre - le trouverait si mauvais qu’il préfère le conserver dans ses archives où, espère-t-il, il sera peut-être un jour oublié. Mais c'était sans compter l’ardeur des passionnés. Il existe en effet un site très complet (en anglais) qui récapitule tous les documents existants sur ce film hors norme. Casting, script, photos, dessins, vidéos clip, c’est une véritable caverne d’Ali Baba, pleine de surprises. On découvre ainsi que les prises de vues réelles s’y mêlaient à des séquences d’animation – dont un extrait est disponible sur You Tube. Le scénario-prétexte, mais qui contient tout de même des péripéties, des poursuites et des rebondissements, nous fait découvrir pour l’occasion la petite famille de Chewbacca (sic !) dans un intérieur cosy (illus.). Les acteurs du film original, en particulier Harrisson Ford et Mark Hamill, se sont prêtés au jeu de cette bouffonnerie involontaire. Malgré la médiocrité du résultat – ce n’est pas moi qui le dit mais un des scénaristes -, je serai très heureux de le voir un jour. Et je ne dois pas être le seul. Une preuve de plus que, pour les adeptes des sabres lasers et autres vaisseaux fonçant dans l’hyperespace comme pour les autres, l'univers de Star Wars conserve intacte sa puissance de fascination, et ce trente ans après sa création.

Le Parrain version longue (Les aventures des films perdus : 21)

Posté par Manu le 17.08.06 à 18:25 | tags : réalisateur, films perdus, hollywood, dvd
Comme le rappellent Coursedon et Tavernier dans leur ouvrage 50 ans de cinéma américain, un film "n’est généralement qu’un état possible d’une œuvre qui aurait pu prendre des formes bien différentes selon les décisions de montage". Il ne faut donc pas s’étonner si, dans les années 70, les américains purent découvrir à la télévision  un feuilleton au casting prestigieux intitulé Le Parrain. Découpé en plusieurs épisodes étalés sur 7h14, il racontait l’ascension de Vito Corleone, de ses premiers pas en Sicile (Robert De Niro) à sa mort aux Etats Unis (Marlon Brando), puis la prise du pouvoir par son fils Michael (Al Pacino).
Il s’agissait en fait d’un montage chronologique des plans que Francis Ford Coppola avait tournés entre 1971et 1974 pour les deux 1ers volets de ce qui deviendra un triptyque. Cette nouvelle narration avait été exécutée par Barry Malkin, monteur du Parrain 2. On y découvrait les scènes vues au cinéma, plus 50 mn inédites.  Toujours d’après Coursedon et Tavernier, il s’agit d’une "version aplatie des deux films" qui prouve "le bien-fondé de leur structure" éclatée, mais dont les scènes additionnelles enrichissent l’œuvre originelle et "font regretter qu’elles n’aient pu y prendre place". 
Si on ajoute que Coppola souhaitait que le 1er volet ne dure que 2h et que le 2nd ne fut réalisé qu’après bien des hésitations de la part du cinéaste – qui le fit en échange d’un gros paquet de dollars -, on se dit que Le Parrain est bien une saga dont la forme actuelle relève du miracle.
Puisqu’il n’est pas prévu que cette version TV soit un jour rediffusée ou éditée en vidéo, on pourra toujours se rapporter au coffret DVD réunissant les trois films (édité par Paramount) et incluant les scènes supplémentaires pour avoir une idée de ce qu’elle pouvait donner. A la semaine prochaine pour une autre exhumation…


Don Quichotte (les aventures des films perdus : 20)

Posté par Manu le 08.08.06 à 12:13 | tags : réalisateur, noir et blanc, films perdus, dvd, orson welles

Don Quichotte d’après Cervantès restera comme le projet le plus fascinant d’Orson Welles, le personnage récurrent  de notre feuilleton. Son tournage débuta en 1955 et s’éparpilla sur quinze ans ! Dans cette durée, on sent la pugnacité et la volonté du cinéaste qui devint pour l'occasion son propre producteur. Et de la volonté, il en fallait pour affronter des problèmes qui n’avaient rien de moulins à vent : scènes de raccord à tourner plusieurs années après le tournage initial (mais Welles était un expert dans cet exercice délicat, cf. The other side of the wind) ; plans à refaire pour ces mêmes exigences de raccord; bobines égarées à travers le monde… La détermination de Welles était telle qu’il résista à ces divers aléas. Il dut cependant arrêter définitivement ce tournage hors norme en 1969, en raison du décès de l’acteur principal, Francisco Reiguera (rappelons que Welles dut interrompre celui de The Deep pour la même raison).
Tout le monde croyait ce film perdu, quand en 1992 le cinéaste espagnol Jess Franco présenta un montage très personnel des rushes existantes. Ses options (musique, doublage en espagnol) furent très critiquées. Mais, après les versions de G. W. Pabst (1933) et Grigori Kozintsev (1957) – et dix ans avant L'homme qui tua Don Quichotte, la tentative de Terry Gilliam -, il était heureux de pouvoir enfin admirer la vision qu’eut Welles de ce chef d’œuvre littéraire. On y voit Don Quichotte accompagné de Sancho Pansa déambulant dans une Espagne contemporaine. Ils avancent au milieu des automobiles, allant jusqu’à pénétrer dans une salle de cinéma et fustigeant cette étrange instrument qu’est une caméra.
Depuis 2003, ces bribes sublimes sont disponibles dans un DVD zone 2 édité par Opening (réédition le 26 août 2006 dans la collection Les Films de ma vie). Précisons également que l'on peut en admirer quelques minutes dans l’exposition de Jean-Luc Godard, Voyage(s) en Utopie, jusqu’au 14 août 2006 au centre Pompidou (Paris). A la semaine prochaine…

Michael Mann et le documentaire (les aventures des films perdus : 19)

Posté par Manu le 31.07.06 à 13:50 | tags : réalisateur, films perdus, documentaire, hollywood
Après quelques semaines de silence, les aventures des films perdus reprennent, toujours en quête de joyaux oubliés, avec cette semaine deux docs de Michael Mann.
Pour tous, ce nom est synonyme de polars musclés, style Collatéral ou le dernier en date, Miami Vice. On aurait tendance à oublier qu’au début de sa carrière, à la fin des années 60, il réalisa des documentaires. Grâce à des études en Angleterre, il évita le Vietnam et, durant mai 1968, parvint à filmer des entretiens avec les leaders du mouvement, dont Daniel Cohn-Bendit. Réunis sous le titre Insurrection, il les vendit à la chaîne NBC, qui désespérait d’obtenir des interviews de ces « insoumis » et en utilisa des extraits.
Profitant de l’argent récolté, de retour aux Etats Unis, il partit sur les routes en 1970 et tourna 17 days down the line. Ce court métrage enregistrait la vie au jour le jour de la population américaine et racontait le parcours d'un journaliste redécouvrant un pays quitté cinq ans plus tôt. Un article du n°614 des Cahiers du cinéma émet l’hypothèse que les émeutes des Chicanos d’Albuquerque, visibles dans le biopic Ali,  ont pu être filmées par Mann durant cette période. Cette idée est difficile à confirmer car 17 days down the line, comme Insurrection, n’a jamais été projeté en public.
On aimerait pourtant voir ces films qui de loin n’ont que peu de rapport avec les titres qui suivront. Peut-être conforteront-ils ceux qui voient en Mann, après Révélations et Ali, un cinéaste politique.  A chacun d'en juger le 16 août prochain avec Miami Vice, qui s'aventure dans les bas fonds de l'Amérique centrale. Pour l’heure, notre série repart et je vous donne rendez-vous la semaine prochaine avec d’autres images méconnues.

Forza Bastia (Les aventures des films perdus : 18)

Posté par Manu le 14.06.06 à 09:59 | tags : films perdus, documentaire, cinéma et football, arts visuels
En ces temps de coupe du monde footballistique, un titre s’imposait pour ce nouvel épisode de notre feuilleton :  Forza Bastia 78 ou L’Île en fête, un court métrage qui aurait pu être le dernier film de Jacques Tati. Le film trouve son origine dans la rencontre en finale de coupe d’Europe des équipes d’Eindhoven et de Bastia, en avril 1978. C’est la première fois qu’un club corse parvenait à ce niveau de compétition. Gilbert Trigano, propriétaire du club et ami du cinéaste, lui proposa d’immortaliser le match, dans le stade de Furiani. Amateur de sport, Tati se lança dans l’aventure avec enthousiasme et organisa même la fête conjointe. Malheureusement, la pluie fut de la partie et l’équipe locale échoua à gagner la suprême récompense. Le matériau filmé fut alors relégué au fond d'une cave. Oublié de tous, il ne fut redécouvert que vingt ans plus tard par le directeur de la cinémathèque corse. A cette occasion, la fille du cinéaste, Sophie Tatischeff, décida de monter et sonoriser les bobines trouvées. Et c’est en 2002 que l’on put enfin voir ce bijou de 26 mn.
Si l’on sent le travail de restauration, avec une sonorisation « à la manière de », on ne peut qu’admirer ces images libres de toute classification. C’est une sorte de « documentaire burlesque » où Tati porte son attention moins sur la rencontre que sur ses à-côtés. Attentes dans les gradins, préparation du terrain, mines réjouies ou déconfites des supporters, boue qui englue le match… tout est prétexte non pas à l’humour, mais à l’exceptionnel et parfois à l’absurde.  Nous ne saurons jamais ce que le cinéaste avait exactement en tête à l’origine. Mais, tel quel, Forza Bastia est bien un film qui, après deux décennies d’oubli, peut être inclus dans sa filmographie, sans doute aucun. D'où cette question : quelle surprise nous réserve encore cette œuvre bien vivante, après cette rédécouverte, la sortie de My Uncle et la version couleur de Jour de fête ? Peut-être Playtime dans sa intégralité ? En attendant, rendez-vous la semaine prochaine, pour un nouveau film perdu…
 

Le Grand sommeil (Les aventures des films perdus : 17)

Posté par Manu le 05.06.06 à 16:37 | tags : noir et blanc, classique, films perdus, howard hawks, hollywood, dvd, lectures
Il y a des secrets de polichinelle qui mettent des années pour sortir du placard. Ainsi il fallut attendre 1997 pour découvrir la version initiale du Grand sommeil des années 40, le film de Howard Hawks d’après le roman de Raymond Chandler. Si on avait engagé Philip Marlowe sur l’affaire, nul doute que cette cachotterie aurait été vite mise à jour.  En janvier 1945, Hawks présenta un montage qu’il dût reprendre à la demande de Jack Warner et de l’agent de Lauren Bacall, tête d’affiche au côté de Humphrey Bogart. Cette exigence faisait suite à l’échec commercial du second film de la star naissante. La production souhaitait redorer son blason et surtout retrouver le succès du Port de l’angoisse, où apparaissait pour la première fois le couple mythique.
Hawks retourna des scènes et en coupa d’autres, afin de recentrer l’action sur les deux stars – qui venaient de se marier – et de rendre plus glamour le personnage de Bacall, Vivian. On engagea un des scénaristes de Casablanca pour réécrire certains passages. Les nouvelles scènes furent tournées en une semaine. La voilette (cf. illus.) et les robes ingrates de l’actrice disparurent au profit de tenues et poses plus équivoques. Le moment où Marlowe ramène la sœur de Vivian dans la chambre de la jeune femme fut remplacé par une rencontre très suggestive entre la belle et le détective. Le dialogue hippique à double sens sexuel, emblématique du film, fut également imaginé pour l’occasion. Une longue explication chez le procureur fut coupée, rendant certains points de l’intrigue obscurs - ce qui contribua à la célébrité de l'adaptation. Et l’actrice jouant la femme du gangster Eddie Mars fut « effacée » et remplacée par une comédienne au physique plus commun. La première faisait sans doute de l’ombre aux charmes de Bacall la débutante.
Cette version ne sortit qu’en février 1946 et connut un grand succès. Le 1er montage, plus froid et moins humoristique, est maintenant disponible dans le coffret DVD collector du Grand sommeil, accompagné d’un documentaire comparatif. A lundi prochain pour un nouveau film perdu - et peut-être retrouvé…

Zombie (les aventures des films perdus : 16)

Posté par Manu le 22.05.06 à 09:22 | tags : réalisateur, films perdus, dvd
Aujourd’hui, une petite entorse à la règle. Il ne s’agit pas d’un titre réellement perdu mais d’un film qui, à l’instar du Shining de Stanley Kubrick , existe en plusieurs versions, chacune étant distribuée dans des pays différents : Dawn of the dead de George Romero. En 1979, onze après son mythique La Nuit des morts vivants, Romero revient au sujet qui marquera sa filmographie : l’envahissement de notre monde capitaliste par des cadavres  ambulants bien décidés à nous bouffer la cervelle. Il produit et réalise Dawn of the dead, une fable ironique tournée dans un centre commercial où se sont réfugiés les peut-être derniers représentants de l’humanité.  Le lieu est assiégé par ces automates sanguinolents et devient pour eux un Disneyland de l’horreur. Mécaniquement, ils y répètent ces gestes de consommation mille fois exécutés de leur vivant. Le film a connu un succès certain en Europe, où sa longueur a été diminuée de 22 minutes par rapport à la version vue aux Etats Unis. A qui la « faute » de cette réussite ? Dario Argento, le roi du « gialo ». Il est en fait  l’autre co-producteur de Dawn of the dead. A ce titre, il en retravailla le montage pour sa sortie en Europe. Il en a retiré de nombreuses scènes, afin de le rendre plus dynamique, minimisant incidemment la présence des personnages, changé l’ordre des séquences et ajouté à l’ensemble une musique du groupe Goblin. Le titre a été transformé en Zombie. A ce niveau, on peut encore se demander si le film vu en Europe ne devrait pas être signé des deux noms, tant les deux versions diffèrent par bien des aspects. A cet imbroglio s’en  ajoute un autre : la version américaine existerait elle-même dans… deux durées différentes, 139 mn pour le montage « salles » et 153 mn pour la version « vidéo ». Cette dernière aurait été d’ailleurs également distribuée en Allemagne. Une page très détaillée compare les films de 1h57  et 2h19 mn, en évaluant leurs qualités et défauts. Ce précieux travail d’orfèvre est à saluer. En attendant de voir un jour le montage de 2h33 (pour l’heure, uniquement disponible dans un coffret DVD zone 1 réunissant les trois versions), je vous dis : à la semaine prochaine, et croise les doigts pour ne pas rencontrer d’ici là une des ces sympathiques créatures. 

The Star Wars (les aventures des films perdus : 15)

Posté par Manu le 16.05.06 à 02:11 | tags : films perdus, star wars, hollywood
Quitte à raviver le débat autour du « doit-on parler d’un film tellement célèbre qu’il n’a pas besoin qu’on s’intéresse encore à lui », j’évoquerai cette fois-ci … The Star Wars, la version perdue (?) de l’œuvre qui n’a plus à être présentée. J’imagine la perplexité de certains à la lecture de ces lignes. Il existerait une version de Star Wars que nous n’aurions pas vue ? Et bien oui, si l’on en croit un site de fan bien documenté et qui, preuves à l’appui, en montre des images non incluses dans la version finale. On peut soupçonner une blague, mais il semble qu’il n’en soit rien. En 1977, un premier montage aurait été établi et, peu conforme aux vœux de George Lucas, aurait été rejeté. Considéré comme un prototype du film à venir, il aurait été apparemment plus long et dénué d’effets spéciaux. Son intérêt était de développer les personnages et leurs relations sous un angle plus détaillé. Ainsi, par exemple, on y découvrait Han Solo dans les bras d’une conquête et ses relations avec Luke Skylwaker se révélaient plus amicales. Les scènes y étaient souvent plus fournies en informations. S’y développait même un humour absent des images actuellement connues, jouant parfois avec le référentiel (un personnage nommé Flash Gordon !). Comme quoi, un simple « the » peut faire toute la différence. A supposer que tout cela soit vrai, on peut se demander, après les restaurations des trois volets originaux incluant des scènes inédites, si Lucas ne nous sortira pas un jour de sa manche cette version alternative. Officiellement, le film serait égaré dans les archives de Lucasfilm. Mais pourquoi en ce cas aurions-nous la possibilité d’en voir des photos ? Je soupçonne le monsieur, fort vénal, d’avoir une idée derrière la tête. Imaginez le pactole qu’il toucherait si ce premier essai était édité en DVD. Enfin, ceci est une simple hypothèse. L’avenir dira si j’ai tort ou raison.

L'Ultimatum des trois mercenaires (les aventures des films perdus : 14)

Posté par Manu le 10.05.06 à 21:00 | tags : réalisateur, films perdus, hollywood
Robert Aldrich est  encore trop méconnu. Bronco Apache, En 4ème vitesse, Véra Cruz et Les 12 Salopards sont bien sûr classés dans la catégorie « classiques », mais sa filmographie est loin de se réduire à ces seuls titres. Sa carrière s’est achevée en 1981 avec l’atypique Deux Filles au tapis, alignant pas moins de douze films au cours de ses quatorze dernières années d’activité. Parmi ceux-ci, il faut absolument redécouvrir L’Ultimatum des trois mercenaires (Twilight's Last Gleaming, 1977). Ce film est révélateur de l’esprit frondeur et du style nerveux et sec qu’Aldrich a toujours conservés. Avec en vedettes Burt Lancaster, Richard Widmark, Joseph Cotten et Vera Miles, il tourne autour d’un scénario délirant et volontier subversif : un ancien général de l’armée américaine s’évade d’une prison militaire avec trois condamnés à mort et s’empare du contrôle de missiles nucléaires. Il menace de les faire exploser si le président ne révèle pas à la population les vrais raisons de la guerre au Vietnam. Probablement déstabilisés par un scénario aussi dérangeant, les distributeurs ramenèrent le film de 2h26 à… 1h35. Exit les mobiles des terroristes. Envolé le rôle de Vera Miles. Disparues les scènes secondaires. Au final, les spectateurs se sont retrouvés devant un film presque incompréhensible dans ses tenants et aboutissants, réduit à une fiction vaguement politique mais néanmoins efficace. Depuis, cette œuvre, qui serait la préférée de son auteur, a été rétablie dans son intégralité. Elle reste néanmoins très peu diffusée. Une VHS NTSC serait encore disponible. Le jour béni où il sera réédité en salles ou en DVD, on peut espérer qu'il le sera dans sa version intégrale. A la semaine prochaine. 

Vertigo (Les aventures des films perdus : 13)

Posté par Manu le 03.05.06 à 02:49 | tags : réalisateur, films perdus, dvd
Aujourd’hui nous évoquerons la version alternative d’un film dont, une fois n’est pas coutume, la disparition ne peut que nous réjouir. Tous ceux qui ont vu Vertigo (Sueurs froides, 1955) d’Alfred Hitchcock ne peuvent en oublier la fin : Scottie (James Stewart) en haut d’un clocher, oscillant au bord du vide, effondré par la « seconde mort » de celle qu’il a aimée. A priori, l’histoire s’arrête là, dans une éternité où plane l’ombre de la mort. Mais en réalité… elle continue. Hitchcock a en effet tourné une autre conclusion, destinée semble-t-il aux pays où la morale exigeait que les coupables soient toujours punis. On y voit Scottie rentrer chez sa fidèle amie, Midge. Celle-ci vient d’éteindre la radio après l’annonce de l’arrestation imminente du meurtier,  auteur de la diabolique machination. Scottie se sert un verre et, en silence, regarde par la fenêtre. Scandale ! Blasphème ! crieront les puristes, avec raison. Mais pourtant, le maître ès suspense a lui même filmé la scène et a accepté en son temps qu’elle soit intégrée au film pour la diffusion à la télévision américaine. Cette fin absurde, incohérente au regard de ce que l’œuvre exprime profondément, est aujourd’hui disponible dans les bonus du DVD zone 2, à la fin du documentaire Obsessed with Vertigo. Si Hitchcock avait eu la mauvaise idée de la conserver, je crois que son film aurait été tout autre, et n’aurait jamais eu l’aura qu’il possède aujourd’hui. Peut-on imaginer une Tour de Pise droite ou une Vénus de Milo avec des bras? A la semaine prochaine pour une autre aventure, un autre film perdu…

Le 13ème Guerrier (les aventures des films perdus : 12)

Posté par Manu le 24.04.06 à 14:12 | tags : réalisateur, films perdus, hollywood
La coïncidence est malheureuse : au moment où l’auteur de ces lignes décidait d’écrire cette chronique, on apprenait que John McTiernan, le réalisateur du  13ème Guerrier, plaidait coupable dans une affaire d’écoutes illégales. Voilà une info peu réjouissante pour ceux qui le considèrent comme un artiste important  et qui désespèrent de sa carrière erratique. Le déclin a justement commencé avec ce film tronqué et remonté par l’écrivain-producteur Michael Crichton, soumis aux ordres de Disney. Antonio Banderas y incarne un arabe (sic !) venant en aide à des Vikings en lutte avec une horde d’hommes préhistoriques. Raconter comme cela, ce 13ème Guerrier initialement intitulé Eaters of the Dead ressemble à une série  Z pour drive in. Ce serait oublier que McTiernan est un faiseur d’images remarquable, à la technique aussi sûre que la mise en scène. Grâce à sa caméra, cette histoire incongrue devient une réflexion sur la communication et sur les symboles du pouvoir. Violent, barbare, il organise une plongée dans l’inconscient de nos civilisations. Malgré ces éloges, il faut néanmoins en reconnaître les imperfections, dues pour l’essentiel aux coupes imbéciles de Crichton, en totale désaccord avec la vision ample du cinéaste. Il manquerait ainsi plus de 30 mn à la version sortie en salles. La musique en aurait été également changée. Le film ayant ses admirateurs, un fan a créé un site qui collecte toutes les infos disponibles sur les scènes manquantes. A consulter en attendant qu’un jour la « director’s cut » ou des bonus de DVD conséquents viennent réparer le mal. Quoique, au vue de l’actualité de McTiernan, tout cela est bien mal parti. A lundi prochain…

Twin Peaks (les aventures des films perdus : 11)

Posté par Manu le 18.04.06 à 11:30 | tags : réalisateur, films perdus, david lynch, hollywood, dvd


Après l’arrêt de Twin Peaks, la série télévisée qu’il avait créée, David Lynch eut l’idée de la transposer sur grand écran. Il rédigea alors un script résumant les sept derniers jours de Laura Palmer, celle par qui tout avait commencé. Le film tourné, il fut projeté au Festival de Cannes en 1992, sous le titre Twin Peaks- Fire walk with me. Et là, stupeur : la plupart des personnages de la série avaient disparu du film, au grand dam des fans. Qu’était-il advenu de la population de Twin Peaks? On assistait à un nouveau mystère, où même l’agent Dale Cooper semblait en perdre son latin. La solution en était pourtant toute simple, Lynch lui-même la livrant au gré des entretiens sur la Croisette. Il avait bien tourné Fire walk with me avec la plupart des acteurs de la série d’origine. Mais, après un premier montage de 3h, il dut ramené le film à 2h15, sous la contrainte de velléités commerciales. Les scènes mettant en scène les citoyens de Twin peaks avaient donc fini dans la poubelle du monteur. Tout aurait pu en rester là. C’était sans compter la persévérance des fans. Quand New Line annonça en l’an 2000 qu’elle envisageait d’éditer un DVD spécial contenant les 45 mn coupées, l’effervescence fut à son comble. David Lynch avait donné son accord, en exigeant en contrepartie la totale supervision de ces bonus. Le Saint Graal était donc proche. Par malheur, un imbroglio juridique vint s’en mêler, les droits du film étant partagés par divers distributeurs. Parmi eux, MK2 qui sortit fin 2004 un DVD dont on a longtemps cru qu’il contiendrait les trésors tant attendus. A tort bien sûr. Depuis, on attend toujours. Un site a même été crée pour diffuser une pétition appelant à la sortie de ce DVD hypothétique. Tant qu’y a de la vie, y a de l’espoir. Et puis à Twin Peaks, tout peut arriver, n’est-ce pas ? A lundi prochain pour un rendez-vous avec un autre film meurtri…

The other side of the wind (les aventures des films perdus : 10)

Posté par Manu le 10.04.06 à 22:29 | tags : réalisateur, acteur, films perdus, orson welles
Nous avions laissé Orson Welles, notre héros d’infortune, sur le plateau de The Deep. Suivons le aujourd’hui dans le tournage épique de The other side of the wind. Commencé en 1970 aux Etats Unis et terminé en France en 75, il raconte le dernier jour d’un cinéaste incarné par John Huston, ce récit s’entremêlant avec les images d’un de ses films. En plus de Huston, le casting réunissait Oja Kodar (la femme de Welles, co-auteur du scénario), Dennis Hopper, Paul Mazursky (qui avait joué dans le Fear and desire de Kubrick) et Peter Bogdanovich. Interrompu pendant un an par manque d’argent, après qu’une heure eut été réalisée, le tournage put reprendre en 71 en France et en Arizona grâce à un producteur iranien ! Welles filma des raccords à des milliers de km des lieux d’origine, allant jusqu’à finir dans son jardin d’Orvilliers une scène commencée trois ans plus tôt sur une autoroute californienne. Il jongla avec du 35, 16 et super-8 mm, montant son œuvre sur cinq tables fonctionnant en simultané, tel un chef d’orchestre qui improviserait une symphonie. Finalement, il parvint à un métrage de 2h45. S’en suivirent les habituels différents avec ces multiples financiers. Il partit alors pour Rome, les bobines sous le bras. Depuis, quelques scènes resurgissent par ci par là, à la faveur de festivals. Car un imbroglio juridique réunissant les iraniens, Oja Kodar (propriétaire des droits des films inachevés signés par feu son mari) et Bogdanovich (qui détiendrait une partie du matériel sonore), empêche the wind… de sortir, même dans une version incomplète. A lundi prochain pour de nouvelles aventures…

Shining (Les aventures des films perdus : 9)

Posté par Manu le 03.04.06 à 19:34 | tags : réalisateur, acteur, stanley kubrick, films perdus, dvd
Cette semaine, nous évoquerons le cas  d’un film qui n’a pas été perdu pour tout le monde, en l’occurrence la version longue de Shining. Il est connu que Stanley Kubrick travaillait aux montages de ses films jusqu’à l’ultime moment. Parfois même, il les reprenait après leurs sorties. Ainsi, d’heureuses personnes se souviennent d’une version de 2h40 de 2001, vue lors de la 1ère semaine d’exploitation (un DVD nous présentera peut-être un jour les 25 mn coupées par le maître). Et qui dit que Kubrick, s’il n’était pas mort prématurément, n’aurait pas retravaillé le sublime Eyes wide shut ? Une chose est néanmoins certaine : il existe deux versions de Shining, une de 2h destinée à l’exploitation internationale et une de 2h20 distribuée uniquement aux Etats Unis. Après sa sortie en 1980 sur le continent nord américain, Kubrick décida d’éliminer des éléments qui le rendait trop explicatif : Wendy (Shelley Duval) évoquant devant une assistante sociale les problèmes d’alcool de Jack Torrance (Jack Nicholson);  une rencontre plus longue entre Jack et le barman très « faustien » ; les pérégrinations du gérant pour sauver le petit Danny, avec qui il est entré en communication télépathique ; des apparitions supplémentaires dans l’hôtel (dont des squelettes et des toiles d’araignée envahissant le grand salon). Après ces coupes, la Warner décida néanmoins de poursuivre l’exploitation du montage initial. Michel Chion, dans son ouvrage récapitulatif sur la carrière du cinéaste, analyse parfaitement les qualités et défauts des deux films. Pour l’heure, les curieux pourront se procurer le DVD zone 1 édité aux Etats Unis. Bonnes frayeurs et à la semaine prochaine pour une nouvelle aventure !

La Fleur de l'âge (les aventures des films perdus : 8)

Posté par Manu le 28.03.06 à 09:38 | tags : réalisateur, noir et blanc, acteur, films perdus

De Drôle de drame aux Portes de la nuit en passant par, entre autres, Le Jour se lève et Les Enfants du paradis, on pensait tout connaître de la collaboration Carné-Prévert. C’était sans compter La Fleur de l’âge, tourné en partie dans l’immédiate après-guerre. Tout commence en 1934. Une révolte survient dans un bagne pour enfants situé à Belle-Île. Jacques Prévert, choqué par la répression très violente qui s’en suivit, s’en inspire pour écrire une chanson (La Chasse à l’enfant) et, en 1936, un scénario intitulé L’île des enfants perdus. Un producteur s’engage à le financer avec, à la mise en scène, Marcel Carné. La censure donne son aval. Mais, en septembre 36, après l’évasion de jeunes filles d’un autre pénitencier, l’incorrigible Prévert invective l’institution, ce qui conduit à la suspension du projet. Début 37, la pré-production repart, jusqu’à la mort, en avril, d’un enfant au sein de la prison de Belle-Île. L’événement entraîne le report du tournage, puis, après l’arrivée de la droite au pouvoir en 38, l’interdiction totale du film. La guerre passe, les artistes se séparent et le beau projet semble enterré. Jusqu’au jour où un admirateur d’Arletty décide de reformer le duo pour les beaux yeux de la dame et propose de produire le scénario avorté du poète. Le titre est changé et devient La Fleur de l’âge. Après des remaniements du scénario, le tournage débute en avril 1947 sur l’île bretonne. Il connaît quelques remous, dont des grèves de techniciens. En juillet, il est arrêté, après qu’un cinquième du film eut été tourné. En 52, le projet est relancé mais les bobines tournées disparaissent… définitivement ? Un jour, peut-être, verrons-nous ces images mettant en scène Arletty, Anouk Aimée, Paul Meurisse, Carette, Serge Reggiani, Martine Carole. Un jour, peut-être… A lundi prochain.


Dominion (Les aventures des films perdus : 7)

Posté par Manu le 20.03.06 à 10:41 | tags : réalisateur, films perdus, hollywood, dvd

Ou la malédiction de L’Exorciste


La série lancée par le film de William Fridekin en 1973 est une des plus passionnantes du cinéma horrifique. Jusqu’en 2003, elle comptait trois volets: ceux de Friedkin, John Boorman (L’Hérétique) et  William Peter Blatty (L’Exorciste III). Depuis The Exorcist : the beginning, on en dénombre quatre… plus un. Ce membre fantôme a pour titre Dominion et son histoire est unique dans l’histoire du cinéma. En 2003, la Warner trouve en Paul Schrader le réalisateur parfait pour la " préquel " de L’Exorciste qu’elle a mise en chantier. Voguant de l’indépendant au mainstream, Schrader est aussi connu pour ses obsessions religieuses qui imprègnent ses scénarios pour Scorsese (Taxi Driver, La dernière tentation du Christ et A tombeau ouvert). En plus, il s’était déjà fendu d’un remake de La Féline. Il est donc très impliqué par la réalisation de ce nouveau volet dont le script est co-signé par Peter Blatty et Caleb Carr. Tout va pour le mieux, jusqu’à la post-production. A la vue du film, les producteurs découvrent un drame psychologique et considèrent qu’il est trop bavard et manque cruellement d’horreur. En résumé, il faut que ça saigne et que ça hurle. Schrader est éjecté manu militari du projet et est remplacé au pied levé par Renny Harlin qui, en bon petit soldat, retourne 90% du film sur le même scénario. Après la sortie en salles en 2004 de la version de Harlin (L’Exorciste : au commencement), celle de Schrader n’a connu qu’une minuscule diffusion sur les écrans nord-américains. Projetée dans quelques festivals (on parle d’une séance spéciale à la cinémathèque française en décembre 2004), elle a néanmoins été éditée en octobre 2005 en DVD zone 1 sous le titre Dominion : prequel to The Exorcist. A lundi prochain pour un nouvel épisode.

Jour de fête (Les aventures des films perdus : 6)

Posté par Manu le 15.03.06 à 09:22 | tags : réalisateur, noir et blanc, acteur, classique, films perdus
Par une entorse à notre logique habituelle (et pour rattraper notre publication tardive), ce sont non pas un mais deux films qui seront évoqués ici, films qui, sans avoir été oubliés, risquent malgré tout de disparaître : je veux parler des deux premières versions de Jour de fête. Il en existe en effet trois. Chacune est sortie en salles à une époque différente, la dernière occultant systématiquement la précédente, comme dans un palimpseste.
Petit historique : Jacques Tati souhaitait que Jour de fête devienne le premier long métrage français en couleurs. Pour ce faire, il décida d’utiliser une pellicule expérimentale. Au cas où le procédé ne fonctionnerait pas, il tourna chacun des plans avec une seconde caméra, classique, contenant une pellicule "noir et blanc". Cette utilisation conjointe s’avéra au final bénéfique car, à l’issue des prises de vue, il apparut qu’il était matériellement impossible de développer la pellicule "couleurs". Le film sortit donc en noir et blanc en 1948. Plus tard, dans les années 1960, fort de son succès, le créateur de M. Hulot décida de revenir sur cette mouture. Comme au bon vieux temps du cinéma muet, il fit colorier certains détails en bleu et rouge (les drapeaux, les ballons…) et, pour justifier ce changement, tourna de nouvelles séquences introduisant un personnage de peintre. C’est cette version qui fut projetée en salles à partir de 1964, jusqu’au début des années 1990.
En 1995, grâce à une restauration et à un développement coûteux, Jour de fête put enfin être distribué dans sa version "couleurs". Depuis, cette dernière est la seule diffusée en salles. Très belle, elle risque de faire oublier les deux autres, en particulier celle mélangeant la couleur au noir et blanc. Aussi, si on peut se réjouir de voir enfin certains films de Jacques Tati, - Forza Bastia ou My Uncle, la version anglaise de Mon Oncle, initialement destinée au seul public américain et sortie en France en 2005 -, il serait dommage que d’autres soient rejetés dans les limbes de notre mémoire, définitivement. L’aventure continue, à lundi prochain…

La vie privée de Sherlock Holmes (Les aventures des films perdus : 5)

Posté par Manu le 07.03.06 à 11:21 | tags : réalisateur, films perdus, adaptation, dvd

Au cours de nos recherches, nous avons découvert un étrange manuscrit signé J.H.W. En voici un extrait :

"Mon ami et moi étions assis au coin du feu, loin du brouillard qui envahissait les rues. Je lisais le journal quand, soudain, il sauta hors de son fauteuil : - Mon cher Watson, le monde est plein d’ingratitude. – Quel voulez-vous dire ? – Et bien, je repensais à ce monument intitulé The Private life of Sherlock Holmes, qu’un admirateur avait réalisé pour nous rendre hommage. – Ah oui. Billy Wilder, en 1970, si j‘ai bonne mémoire. Un hommage ? Je crois plutôt qu’il s’amusait à nos dépens. – Non, vous vous trompez car, s’il se riait de nous, il n’en avait pas moins compris mon travail de logicien et surtout les dimensions poétique et mélancolique de nos aventures. Par malheur, ses producteurs, aussi médiocres que feu Moriarty, en coupèrent plus d’une heure. Ils considéraient que 3h30, c’était bon pour les sujets épiques, uniquement. – Cela me revient, Holmes. Le morceau enlevé racontait, parmi d’autres aventures, le tour pendable que je vous avais joué parce que vous m’aviez fait passer pour inverti au yeux d’une cliente : cela s’appelait l’énigme de la chambre inversée. J’avais volé un cadavre à la morgue pour le mettre dans une pièce dont les meubles étaient accrochés au plafond, à l’envers. Pour vous ridiculiser. Sans rancune, j’espère ? - Ne vous inquiétez pas, Watson. Au fond, j’en avais bien ri moi aussi. J’y repense car j’ai appris que ces exploits, manquants dans la version de 2h15, ont été réédités dans les bonus du DVD américain. – Justice serait enfin rendue à votre génie ? – Non, pas tant que le film ne sera pas restauré dans son intégralité ".

Moralité: comme disait Wilder, "tout est toujours trop long, pas seulement votre vie et votre pénis". A la semaine prochaine…
(illus. dessin de Alexandre Trauner pour le décor du film)

The big red one (Les aventures des films perdus : 4)

Posté par Manu le 27.02.06 à 18:47 | tags : réalisateur, films perdus, dvd
Quel film regroupe à son générique Mark Hamill, Lee Marvin, Stéphane Audran et Marthe Villalonga ? Non pas un quelconque nanar issu d’une coproduction italiano-franco-roumaine comme il en fleurissait dans les années 1970 mais le dernier grand film de Samuel Fuller : The big red one, film ultime sur l’expérience de la guerre, malheureusement massacré à sa sortie en 1980 par ses producteurs (les vrais méchants de notre feuilleton, ce sont eux). Ce dernier aura payé jusqu’au bout le prix de son indépendance farouche et de son jusqu’au-boutisme artistique. Le film qui, selon la légende, nourrie par les propos de Fuller lui-même, aurait dû durer 4 heures n’en faisait plus que deux à son arrivée en salles. Heureusement, la fée providence a fait son travail et vingt ans après, deux chercheurs acharnés ont tenté de reconstituer le film tel que, disent-ils, le franc tireur aurait souhaité le voir. Cette version restaurée – au meilleur sens du terme – est sortie en DVD l’année dernière. Justice semblait rendue à ce film de guerre en forme de testament – Fuller tenait profondément à faire partager son expérience du conflit de 39-45 - et tout aurait pu s’arrêter là donc si… une polémique n’avait commencé à poindre. Sur le DVD, en plus des deux heures trente de la version actuelle, on trouve une bonne trentaine de minutes en bonus. Tous ces passages, rejetés par les restaurateurs, auraient pu parfaitement s’intégrer à leur montage qui de fait apparaît comme de plus en plus arbitraire. Aussi il semble évident que la véritable forme de The big red one est encore à trouver, enfouie entre celle proposée aujourd’hui par le DVD et celle, virtuelle, que tout un chacun peut imaginer à partir de ces magnifiques rushs. Il ne nous reste plus qu’à invoquer l’esprit de Fuller, souvent farceur et frappeur – pour ne pas dire cogneur – pour en savoir plus. A lundi prochain pour un nouvel épisode…



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