Dans un monde parfait régi par les groupies de Slipknot et d'Offspring, Michael Bay et Bruce Willis jouiraient d'un jour férié à leur gloire, au même titre qu'Axl Rose. Dans ce monde parfait, la laïcité serait bafouée au nom du port religieux de marcel et durant 24h saintes, les chaines d'infos devraient laisser place à un zapping marathonien puisé dans les makings-of de Rock, The Island, Bad Boys et surtout de la série Deux flics à Miami dans laquelle les deux gugusses ont commencé leur carrière. Dans ce monde parfait, minuit et donc la fin du Bay Day / John Mc Lane's Day sonnerait au son des riffs d'Aaron Knight et de Guyz Nite (voir clip ci-dessous). Dans ce monde parfait enfin, Live Free Or Die Hard ne s'intitulerait pas Live Free Or Die Hard.
Télex : la Fox vient d'annoncer un nouveau nom de baptême pour le Len Wiseman : Die Hard 4.0. Yippie-Kay-Ay ?
“Les Jolis mauvais jours” c’est le nom de l’exposition consacrée à la vidéaste suisse, Corine Stübi. Après les Beaux Arts de Genève et la Bauhaus Universität de Weimar, Stübi se consacre à l’art vidéo : clips musicaux, spots publicitaires… Portant une réflexion sur l’impact des médias, des images et de la musique, elle puise son inspiration le cinéma indépendant et expérimental : Harmory Korine, Matthew Barney, Larry Clark, David Lynch. La musique électronique ou le métal sont encore d’autres sources de réflexions pour l’artiste dont le travail a été maintes fois récompensé. Fréquemment programmée en festival, Corine Stübi présente sa toute première exposition en France, au Cube à partir de mars.
L’exposition présente à travers des installations vidéos et des travaux récents, le point de vue de Stübi sur la société médiatique. Consommatrice de pubs et de clips vidéos, l’artiste modélise ces produits pour les déconstruire, les analyser et les remixer. Les thèmes forts de ces œuvres sont les symboles, la violence, l’hystérie ou l’identification. Ces vidéos brouillent les pistes : art vidéo, film expérimental ou clip vidéos et ses personnages (en majorité des femmes et des adolescents) sont réduits à des automates. Parmi les vidéos projetés : Dancing My MTV, Rocker Alter Ego, Black Lead…
Du 6 mars au 22 juillet au Cube (Issy-les-Moulineaux)
Comme l’exige la tradition depuis maintenant quarante ans, la reine d’Angleterre assistera ce soir, à Londres, à l’avant première mondiale du dernier James Bond. A mon avis, elle risque d’être très surprise par ce qu’elle va découvrir sur l’écran. Dans Casino royale, on voit en effet l’agent le moins secret du monde passer une bonne partie de son temps à castagner et à saigner. Peu loquace, il manque d’un certain humour cynique. Il risque même de trépasser, sauvé in extremis par un massage cardiaque. C’est vous dire si le mythe en prend un sacré coup. Le summum de cette réécriture pour le moins iconoclaste est atteint dans une scène jamais vue jusque là dans la série : James y est mis à nu, attaché sur une chaise au fond percé, dans un cargo suintant ; le méchant de service le torture en lui arrangeant à sa manière son trois pièce cuisine, qu’il risque d’ailleurs de perdre (et rien ne nous dit que ce n’est pas le cas). Et en plus, il ne fume plus du tout. Elizabeth II risque d’en manger son chapeau. Et après tant d’irrespect et de franche insubordination, elle voudra certainement démettre Daniel Craig de ses fonctions. Il faudra alors lui trouver un remplaçant. David Hasselhof peut-être :
On savait Alain Resnais grand adepte de culture dite populaire. La bande dessinée et les feuilletons de grands papas n’ont pas de secrets pour lui. Voilà qu’il se met maintenant à chanter les louanges des séries télés. Dans un entretien accordé au mensuel Positif (n° de novembre 2006), le cinéaste reconverti depuis quelques années dans la Star’ac pour acteurs en mal de chansonnettes déclare, à propos deCœurs, son dernier film : « Je suis un grand consommateur de Wong Kar Wai, Hou Hsiao-hsien, Arnaud Desplechin ou David Lynch, mais j’espère surtout qu’il y a une influence (dans Cœurs) de Kim Manners. Il a réalisé une cinquantaine d’épisodes de The X-Files, et la virtuosité de son découpage technique et de sa mise en scène, la manière aussi dont il traite le jeu des comédiens, m’impressionnent ». Ces propos peuvent étonner de l’homme qui a comme même réalisé – il est vrai il y a bien longtemps - des titres qui passaient pour être à la pointe de la modernité, comme Providence et L’Année dernière à Marienbad. Et le « pire » est qu’il persiste et signe puisqu’on apprend également dans cet entretien pourquoi il a choisi Mark Snow, le compositeur attitré des séries de Chris Carter, pour composer la musique de Cœurs: "Le générique de Millenium(ndlr: autre série signée Carter), avec ce thème démoniaque, tendre et désespéré, m'intrigue énormément." Et l’interview de se terminer par ces mots : « Et maintenant quand je regarde un épisode de Millenium, je suis très ému de pouvoir me dire : Moi aussi, j’ai Mark Snow ! ». Alors Resnais, toujours grand cinéaste visionnaire en avance sur son temps ? Ou plus simplement un peu vieillot, à la traine des modes et soucieux de paraître encore jeune? Autrement dit, aurait-il inventé le lifting cinématographique? En tout cas, il conserve du discernement car, s'il est vrai que Manners est un des plus talentueux "Yes men" de la télé, il est également vrai que le générique de Millenium restera comme l'un des plus beaux et des plus fascinants des séries US. La preuve en images et surtout en sons:
On en parlait il y a pas si longtemps, la musique et le cinéma ont beaucoup à s'apporter mutuellement. Et ça tombe bien car les Ecrans documentaires et l'Association Son et musiquereviendront ce week-end, du 9 au 11 juin 2006, sur ce thème : comment « écouter le film », comment « voir » la musique autrement, comment vivre l’expérience de la musique en images, des images en musique ?
Une belle programmation qui sera visible à l'espace Jean Vilar d'Arcueil (1, rue Paul Signac), avec, entre autres, à ne pas manquer le Salon de musique de Satyajit Ray (illus.), le chef d'oeuvre des chef-d'oeuvre du cinéma indien, bien loin de Bollywood et de son imagerie sucrée.
De temps en temps, notre bonne vieille Cinémathèque française voit ses murs secoués par des forces fulgurantes. White heat chez Langlois. Ces moments de free-cinephilie sont rares donc précieux. Et ce vendredi, sauf erreur de notre part, cela devrait décoller. Nicole Brenez oriente ses séances expérimentales qui ont lieu à Bercy un vendredi sur deux vers les fleurons encore vivant du punk et leurs descendants poétiques : on commence donc ce vendredi 10 mars avec, excusez du peu, F.J. Ossang, le plus grand poète du cinéma français encore en activité, et Lydia Lunch, que l'on s'abstiendra de nommer la prétresse du Punk, cela a déjà été fait bien trop souvent.... En after, comme il se doit, soirée au Nouveau Casino avec les DJ's les moins communs qui soient : FJ et Lydia, donc, mais aussi Serge Bozon, Philippe Azoury, Etienne Blanchot, and so on.... Bref, on y court.
Wouf ! Je vois déjà se froncer les sourcils des wagnériens les plus conservateurs (euh, c'est pas un peu tautologique, ça ? sans doute...) Pour ma part, j'appartiens à la génération de ceux qui ont découvert Wagner avec le Ring de Boulez mis en scène par Chéreau en 1976. 1976, c'est-à-dire pile un an avant la sortie au cinéma de Star Wars, dont les analogies scénaristiques avec le grand oeuvre wagnérien sont évidentes : les amours incestueuses des frères et soeurs Luke/Leïa et Siegmund/Sieglinde (ah ! le premier acte de La Walkyrie, peut-être la plus belle évocation musicale de l'amour jamais composée...), la puissance du sabre laser vs. celle de l'épée Nothung, l'antre du nain Yoda et la forge du Nibelung Mime, l'innocence du jeune Luke/Siegfried vs. la déchéance du père Dark Vador/Wotan, etc. Il y aurait en fait beaucoup à dire, et beaucoup est d'ailleurs déjà évoqué dans une excellente BD sur Wagner publiée à Londres il y a déjà 10 ans (collection "... for beginners"). Mais au fait, pourquoi je vous parle de tout ça ? Parce que dès jeudi 23 février au soir (après-demain), l'auditorium du Louvre célèbre Wagner par presque un mois de projections comprenant des captations des plus belles représentations de ses opéras (Boulez donc, mais aussi Toscanini, Karajan, et même... Karl Böhm, oui, Karl Böhm himself !) mais aussi des films que le génial compositeur a inspirés à de grands cinéastes comme Hans Jürgen Syberberg ou Werner Herzog. A ne pas rater également, le 18 mars à 17h30, la séance dédiée à la version de Tristan et Isolde que Daniel Barenboïm avait osé donner en Israël (pardon... à Jérusalem) en 2001. Et aussi la soirée du 9 mars consacrée aux versions hollywoodiennes des opéras de Wagner (mais pas à Star Wars), pour enfin tenter de répondre à la question : Wagner est-il pop ?
Que chez Murnau, L'Aurore fût crépusculaire, fallait-il vraiment s'en étonner, lui qui avait su faire de Nosferatu l'un des personnages les plus attachants et les plus cocasses de l'histoire du cinéma ? L'Aurore, donc, magnifique exploration filmique de la grande ville et de la nature américaine par un homme en proie à deux passions amoureuses déchirantes et sincères, est projeté ce soir à la Fondation Cartier (Paris 7e), sur une musique du guitariste électro-pop Olivier Mellano.
Barbara Carlotti, chanteuse pop et glamour dont le second album est paru il y a quelques mois, sera ce vendredi au Blanc-Mesnil. Elle y gratifiera les heureux spectateurs de bien plus qu'un simple concert : une véritable conférence chantée, consacrée au thème adéquat "Cinéma et Chansons". Accompagnée par les valeureux Benjamin Esdraffo en pianiste cinéphile et Vladimir Léon en conférencier, la belle Barbara ne saurait manquer de captiver son monde. Le spectacle sera suivi par la projection du très rare Faubourg Saint-Martin du très regretté Jean-Claude Guiguet. Rendez vous vendredi 27 janvier, à 20 h précises au cinéma municipal Louis Daquin. En bonus, c'est gratuit.
Ca pourrait devenir un peu lassant : j'en ai presque moi-même un peu marre de vous signaler toutes les bonnes initiatives de l'auditorium du Louvre mais bon, elles sont tout de même nombreuses, alors c'est reparti. Cette fois-ci, c'est Laurent Garnier. Le Magic French Guy des clubs de Manchester était sans doute plus affûté - et surtout plus fin - quand il enchaînait en glissando une variété assez incroyable de riffs électro dans les années 1990, mais il a gardé un bon sens du rythme, et un certain amour des vieilles pelloches. Il y a deux ans, il investissait le Palais de Tokyo pour accompagner les films des opérateurs Albert Kahn, partis il y a presque un siècle dans de lointaines contrées pour y enregistrer des expressions culturelles déjà menacées par la standardisation occidentale des modes de vie. Cette fois-ci, ça se passe au Louvre, donc, et Laurent Garnier programme un cycle de projections mensuelles où les archives Gaumont des années 1900-1920 défilent aux sons produits par des musiciens électro. Début du cycle ce vendredi à 20h : les excellents dj's marseillais de Troublemakers accompagneront un ensemble de films de Segundo de Chomon, Gaston Velle, Ferdinand Zecca... Et réserver dès maintenant son 21 avril pour ne pas manquer Finis Terrae de Jean Epstein (1929 - illus.) et Laurent Garnier himself à la sono...
Et patatras ! La conférence de Peter Sloterdijk, qui devait introduire la projection du Faust de Murnau (illus.) ce soir à 20h30 à l'auditorium du Louvre, vient d'être annulée. S'en plaindra-t-on vraiment ? Pas sûr, tant la glose du philosophe allemand sur "la transformation des Erinyes à l'âge moderne" (???) semblait modérément prometteuse. Et après tout, le personnage original de Goethe envoie lui-même valdinguer la philo dès les premiers vers de la pièce, alors... En revanche, s'il sagit d'explorer les différents "Visages de Faust" dans la culture européenne (livre, musique, cinéma...) comme le propose le Louvre jusqu'au 22 janvier, on pourra avantageusement se rendre à la conf' de l'écrivain Claudio Magris (Danube, éd. orig. 1986) dès demain. Quelques proj' alléchantes à signaler dans ce cycle également : le Murnau ce soir donc, la séance consacrée à Hans Jürgen Syberberg samedi 14 à 17h, Faust par Brakhage lundi 16 à 20h30, la Leçon de Faust par Jan Svankmajer précédée de courts métrages de Méliès samedi 21 à 20h30. Sans compter les captations d'opéra (Gounod, Boïto...). A découvrir sans mesure, donc, en évitant toutefois de vendre son âme au diable. Programme complet sur le site de l'auditorium.
Jusqu'au 15 janvier, la Cinémathèque française fête les 110 ans de la Shochiku, studio de production japonais aussi vieux que le cinéma, donc, et célèbre pour... en fait, la liste serait longue, mais un simple coup d'oeil au richissime - et très classe - catalogue en ligne suffit à le comprendre : Ozu(Gosses de Tokyo, Voyage à Tokyo...),Mizoguchi (Les Soeurs de Gion...), Oshima (Contes cruels de la jeunesse...) et plus récemment Kitano(Sonatine...) ou Hou Hsiao Hsien(Café Lumière...) Bref, la Shochiku est incontestablement le studio le plus mythique de l'histoire du cinéma japonais. C'est pourquoi Flu, plus que jamais attentif aux images venues d'Asie, a décidé d'être partenaire de cette rétrospective. Particulièrement mis en valeur au cours de cette programmation : les films muets des années 1920 et 1930, dont Sans lien de parenté (Mikio Naruse, 1932 - illus.) qui inaugure le cycle Shochiku dès ce soir, sur un accompagnement musical signé Alain Moget. MAJ (06/01/ ) : Lire l'histoire de la Shochiku sur le mag', ou comment un studio de cinéma participe à la modernisation d'une société.
Il y a des soirées, comme celle d'hier, où flotte un petit quelque chose dans l'air, où les émotions se font plus intenses, où le réel se sublime un peu plus fort. Cela commençait à 19h30, avec une conférence éclairée de Philippe Azoury sur la relation artistique entre Nico et Philippe Garrel. Filmer la musique, composer pour son amant régulier, le critique dissertant nous promenait dans les méandres de ce pays si délicat, le territoire des hautes solitudes garreliennes. "I hate You/I can't help it...." Un bref plan de La Cicatrice Intérieure, et déjà l'émotion nous étreint. Pour poursuivre ce voyage, rien ne valait le concert du groupe The National à la Guinguette Pirate. Mené par un chanteur littéralement habité par la musique, dont la tension physique entre enfermement et explosion est en soi totalement fascinante, les New-Yorkais forment sans doute l'un des meilleurs groupes de scène vus récemment. Un rock tendu et mélodique, mais doté d'une grande puissance de feu. Totalement chavirant... On peut écouter et regarder leur très belle ballade Daughters of the Soho Riots clippée par notre camarade Vincent Moon. Et si cela vous plaît, on peut voter pour le clip, en compétition pour remporter un Plugaward.
Pour répondre à flop flip, et si l'on considère que le week-end se poursuit jusqu'au 1er novembre, il est bien sûr indispensable de se rendre mardi soir à la Cité de la musique (Paris 19e), pour assister à ceci, une série de films rares de Jonas Mekas, Raymond Depardon et bien entendu John Lennon himself, venant compléter l'expo que cet établissement consacre à l'ancien Beatles jusqu'au 25 juin 2006. MAJ (06/02/06) : Lire notre visite critique de l'expo John Lennon à la Cité de la Musique Lire également tous les billets John Lennon sur le blog Aeiou
En association avec Sordide Sentimental, label mythique et visionnaire emmené par l'attachant Jean-Pierre Turmel (réincarnation flagrante d'Andy Wahrol), l'Etrange Festival nous conviait ce samedi soir à un concert réunissant des personnalités rares sur les scènes fraçaises : l'Anglais Viny Reilly et son Durutti Column et l'Américain Mayo Thompson et ses Red Krayola (photo). Preuve que le rock conserve, les deux prestations furent, chacune dans son genre, de réjouissants moments de pur rock'n'roll. Plutôt précieux et mélodieux dans le cas du premier, accompagné par son fidèle et swinguant batteur, et plus énervé dans le cas des seconds, qui, malgré les tignasses grisonnantes, ont offert un show mémorable.
"Je vois les films comme des établis proposés au spectateurs qui feraient le travail qu'ils ont à faire", a un jour osé Arnaud des Pallières, cinéaste dont les trois derniers opus - Drancy avenir (1996), Disneyland, mon vieux pays natal (2001) et Adieu (2004) - laissent souvent une impression étrange et marquante à ceux qui les regardent : chaque fois un sujet grave, mais pas de message explicite, juste des flux d'images et de mots qui se suivent et s'agrègent à une matière sonore sourde, calme, dense, en mouvement. Et le sentiment de sortir des projections comme si on venait de traverser un monde.
Dans cette expérience de cinéma, la musique est prégnante. Martin Wheeler, designer sonore et compositeur des bandes son de Disneyland... et Adieu, contribue largement à cette impression de défilement lent, comme si chaque scène, chaque image, devait imprimer une trace dans l'esprit du spectateur. U Idea (anagramme d'Adieu), le CD qu'il vient de réaliser sur une commande de Shellac (distributeur du film), ressemble à une suite possible du processus ainsi engagé. Fonctionnant comme une mémoire, le CD reprend les sons du film - paroles des personnages, commentaire off, musique elle-même... - et les remâche, les recompose comme pour former une nouvelle "idée". Son écoute, stimulante, répétée, permet de poursuivre intérieurement le "travail" mental que des Pallières appelle de ses voeux en produisant des images et du son.