L'esthétique et l'actualité du cinéma en noir et blanc. Voir aussi les collections films perdus, cinéma muet et classique. Pour tout le reste, direction l'actu Cinéma.
Pour la deuxième année consécutive, l'association La Toile propose le ciné-club "Les Couleurs de la Toile", axé autour de l'image et de l'émotion esthétique. Un jeudi par mois, une projection et un débat animé par plusieurs intervenants seront proposés au Studio des Ursulines. Cette année, c'est la la thématique du Noir et Blanc qui a été choisie.
Jeudi 15 octobre à 20h30, le ciné-club débute l'année avec "The Barber : l'homme qui n'était pas là", brillant polar des frères Coen. A l'issue de la projection sera organisée une discussion en public, animée par Yann François, chroniqueur de Radio Campus Paris, et Benjamin Rufi, chef opérateur et ancien étudiant de la FEMIS. Une exposition photo, en partenariat avec le club-photo de l'Université Dauphine, sera également présentée autour d'une collation post-projection.
A noter le site très complet du ciné-club, où l'on peut voir le programme intégral de l'année, avec les affiches et bandes-annonces des films à venir. Et le site officiel de l'association "La Toile", qui propose tous les textes publiés dans le cadre du ciné-club de l'an dernier.
The Barber Jeudi 15 octobre à 20h30 au Studio des Ursulines 10 rue des Ursulines - 75005 Paris
Palme d'or du 62ème Festival de Cannes, Le Ruban blanc sort en France dans 13 jours (le 21 octobre). Un calme stoïque entoure pour l'instant la sortie du film de Michael Haneke, loin du débat passionné sur l'enseignement qui avait précédé la sortie d'Entre les murs (Palme d'or 2008) ou des discussions sur l'avortement suscitées par 4 mois, 3 semaines et 2 jours (Palme d'or 2007).
Il faut dire que Le Ruban blanc, description maîtrisée et immersive de la vie d'un village allemand en 1913, ne possède rien de véritablement sulfureux (et ce ne sont pas les déclarations du cinéaste, selon lesquelles que le film raconterait la genèse de la génération nazie, qui créeront plus de remous). Voici donc pour une fois une Palme d'or qu'on laisse poliment vivre sans vie, sans polémique ni débat houleux.
A moins que la présence dans le film de nombreux enfants (sujet en vogue dans l'actualité française) ne finisse par exciter les discussions au moment de la sortie ?
En l'honneur des 40 ans des premiers pas de l'homme sur la Lune, petit retour aux sources avec Georges Méliès (et une voix off particulièrement pénible) :
Père des effets spéciaux, créateur du premier studio de cinéma, réalisateur de l'inoubliable Voyage dans la Lune, Georges Méliès méritait bien une exposition. La Cinémathèque française a récemment mis la main sur plus de 700 nouvelles pièces de son oeuvre et invite le public à les découvrir, à partir d'aujourd'hui 16 Avril.
Le parcours de l'exposition se compose de trois étapes. Magie et Cinématographe retrace les débuts d'illusionniste de Méliès et sa découverte du cinéma, tandis que Le Studio Méliès de Montreuil permet de découvrir le fameux studio vitré conçu spécialement pour les prises de vues cinématographiques. La dernière étape, L'Univers fantastique de Méliès, présente des affiches, programmes, dessins, costumes et propose des projections relatives aux «voyages fantastiques». L'exposition décrit l'évolution de l'industrie cinématographique et la montée en puissance des géants Pathé, Gaumont et Eclair, qui ont su imposer d'autres structures, celles d' un cinéma plus réaliste et moins rêveur, rendant peu à peu les films de Méliès obsolètes.
Mélange d'artiste, d'inventeur et d'artisan, Georges Méliès maîtrisait seul l'entière production de son oeuvre cinématographique, depuis la conception du film jusqu'à la vente des copies, écrivant les scénarios, dessinant lui-même les maquettes des décors, recherchant les financements ou faisant l'acteur. Inutile de dire que cette exposition se savoure à n'importe quel âge...
Cinémathèque française, 51 rue de Bercy, 75 012 Paris
Ranald Mac Dougall, un nom bien peu connu. Et pourtant, à la vision, hallucinée, du film qu'il a réalisé en 1959, difficile de ne pas s'imaginer le scandale qu'il a dû provoquer à l'époque de sa sortie aux Etats-Unis.
Le monde, la chair et le diable est ainsi un des premiers films qu'on qualifie de post-apocalyptique. Alors qu'il est enfermé dans un souterrain pendant 5 jours, Ralph Burton ne réalise pas que la terre entière est ravagée par une bombe nucléaire. Lorsqu'il sort enfin, il découvre un New York vidé de sa population, les voitures entassées sur les routes mais désepérément vides. Aucun mort à l'horizon, les cadavres semblent évaporés dans l'air. Il faut voir ces plans inédits et glaçants de la ville, des papiers jonchant les rues où Ralph se promène seul. Frôlant la folie, il profite des biens laissés à l'abandon, s'installe dans un immeuble luxueux, jusqu'à ce qu'une femme pointe le bout de son nez. Il est noir (Harry Belafonte), elle est blanche (Inger Stevens). Entre eux, bien que la société ait disparue, il demeure un malaise que le film dépeint avec brio. Dans cette ville qui leur appartient, l'ambivalence de leurs rapports homme/femme, noir/blanche provoque des situations étranges, odieuses ou ridicules, et surtout une immense frustration qui s'entretient elle-même.
Mais ce tango sentimental et douloureux se corce lorsqu'un troisième survivant débarque. Un homme, un blanc. Devenu l'objet de tous les désirs, le femme se perd tandis que les hommes, loups pour eux-mêmes, virent violents. En un seul film, avec trois acteurs au compteur, Le Monde, La Chair et Le Diable en dit tellement sur les rapports humains, éternels comme conjoncturels (le racisme, encore ultra fort à cette époque) et le cinéma, qu'on en reste le souffle coupé. Pré-sentant parfaitement ce que George A. Romero développera dans ses 4 films de morts-vivants, cette oeuvre d'anticipation est une merveilleuse parenthèse temporelle, venue du passé (1959) pour nous parler d'un futur qui résonne curieusement avec notre présent (et un certain 11 septembre...).
Le Monde, la chair et le diable
De Ranald MacDougall
Avec Harry Belafonte, Inger Stevens, Mel Ferrer Etats-Unis, 1959 - reprise en salles le 30 mai.
Alors que se termine la belle expo de la cinémathèque française (51 rue de Bercy, Paris) consacrée à l'expressionnisme allemand, voici que surgit sur le web une étonnante bande annonce: celle du remake du Cabinet du Dr Caligari, le chef d'oeuvre du genre. Ce joli tour de force, dont on peut néanmoins penser qu'il est un tantinet absurde, est signé David Fischer. On y retrouve Doug Jones, le Pan qui hante le dernier labyrinthe de Guillermo Del Toro. Il y interprète César, la créature aux ordres du diabolique docteur. Le site officiel, c'est ici, et les images qui bougent, c'est en dessous:
Daniel Craig serait le sixième acteur à endosser le rôle de James Bond… Faux ! Si avant lui, il y eut Connery, Lazenby, Moore, Dalton et Brosnan, il ne faudrait pas oublier David Niven et Peter Sellers (dans le parodique Casino Royale de 1967) ni et surtout Barry Nelson. Cet acteur américain fut en effet le premier à incarner l’agent au permis de tuer. Retour dans le passé...
Nous sommes en 1954. Casino Royale, le premier roman de Ian Fleming, a paru un an plus tôt, rencontrant lentement mais sûrement un certain succès. La chaîne CBS en achète alors les droits pour 1000 dollars. Elle envisage d’en faire un téléfilm d’une heure, réalisé par William H. Brown et adapté par Charles Bennett, un scénariste qui prêtera plus tard ses services à un autre James, le West des Mystères de l’Ouest. Recentré sur la partie de cartes mortelle – du baccarat, et non le poker de la version 2006 -, ce thriller en noir et blanc voit s’affronter Nelson dans le rôle de Bond (au centre) et le grand Peter Lorre dans celui du Chiffre (à dte). Vesper Lynd, James Bond girl avant l’heure, est quant à elle interprétée par la jolie mais anodine Linda Christian (à gche). Un trio pas très sexy mais qui n’avait pas encore à subir la comparaison avec les films de Sean Connery, puisque celui-ci ne fera ses premiers pas dans le rôle que 8 ans plus tard. Le temps de diffusion étant restreint, les backgrounds des différents personnages avaient été réduits au minimum. James, pour sa première prestation, se voyait transformer en espion de l'Oncle Sam, aux apparences d’aventurier prêt à combattre les méchants de tous poils. Malgré un budget insignifiant, ce film diffusé le 21 octobre 1954 dans le programme Climax Mystery Theater rencontra son public. A tel point que fut envisagée une série télé qui aurait dû s’intituler Commander Jamaïca. Ce projet non abouti conduira Ian Fleming à écrire un script de trente pages, qui sera à l’origine du roman Dr No. Ce film est actuellement disponible en VHS et dans les bonus du DVD Casino Royale version 1967, mais la plupart du temps, DVD y compris, dans une version tronquée à laquelle il manque les dernières minutes. Dans les années 1980, un fan de Bond découvrit en effet une copie complète en 16 mm où l'on voit Bond tuer Le Chiffre par un ultime coup de feu. Depuis, James a pris le coup de main et a assassiné plus d’un vilain, et de manière bien plus originale. Et si l’on en croit le Casino Royale troisième du nom, ce n’est pas prêt de s’arrêter.
A l’occasion de la sortie du Prestige, le nouveau film de Christopher Nolan, nous vous proposons un petit dossier sur les liens entre le cinéma et l’illusionnisme. Où l’on découvre que Hollywood a souvent maltraité la magie et s’est souvent éloigné des réalités de sa pratique pour produire du spectaculaire et du merveilleux. Démonstration en images avec deux extraits de films. Le premier montre le vrai Harry Houdini dans ses œuvres, s’évadant d’une camisole de force :
Le second présente la même situation, mais cette fois extraite du biopic du magicien, qui a ici les traits de Tony Curtis. Le film, réalisé par Geroge Marshall, s’appelle tout simplement Houdini et date de 1953. Disons que c’est moins agité et surtout très romancé :
1963.Pier Paolo Pasolini, la quarantaine passée, a déjà derrière lui plusieurs écrits, romans et pièces, quelques collaborations à des scénarios et trois réalisations qui ont fait parler d’elles: Accattone,Mamma Roma et La Ricotta. Il est alors approché par un producteur d’actualités cinématographiques qui a en tête un projet très particulier. Ce dernier lui propose de monter, à partir des archives en sa possession, un film qui dresserait le portrait de l’Europe de l'après-guerre. Il promet au cinéaste qu’il aura carte blanche, tant pour les images choisies que pour le commentaire les accompagnant. Pasolini accepte et livre quelques mois plus tard un violent pamphlet. Il y fustige le néo-colonialisme qui sévit en Afrique, prend fait et cause pour la libération algérienne et, plus généralement, dénonce l’impérialisme d’une Europe vieillissante. Le poète cinéaste le décrit lui-même comme « un acte d’indignation contre l’irréalité du monde bourgeois et l’irresponsabilité historique qui en découle ». A la vision du film, le producteur, qui n’avait certainement jamais lu ou vu une œuvre de Pasolini, s’effraie de ce violent discours, trop à gauche selon son goût. Il décide d’adjoindre à ce montage une seconde partie qui en contrebalancera le propos. Il passe alors commande à l'écrivain satiriste Giovanni Guareschi, connu pour un Don Camillo pas particulièrement progressiste, lequel remplit son contrat avec diligence. Par ce procédé, La Rage devient un film en deux parties, genre thèse-antithèse, que Pasolini s’empresse de renier. A la suite de ce rejet, l’intelligent producteur, toujours aussi avisé, décide de… ne pas distribuer le film. Il restera ainsi inédit pendant quarante ans, visible uniquement dans les cinémathèques à l’occasion de rares projections. Jusqu’à son édition DVD en 2004, chez MK2, dans sa version complète. On a alors découvert un film que le passage du temps n’avait pas épargné, sa virulence et une certaine grandiloquence dans le propos en atténuant la portée. Il n’en reste pas moins qu'il restera comme un précieux document sur une époque encore douloureuse. Et qu’il peut enfin s’inscrire dignement dans la filmo d’un des grands poètes de l’après-guerre.
Prenez George Clooney, Richard Dreyfuss, Don Cheadle, Brian dennehy, James Cromwell et Harvey Keitel, mettez les devant les caméras vidéos de Stephen Frears (The Queen), et laissez les interpréter un thriller politique inspiré de Point limite, un film de Sidney Lumet de 1964. Le tout donne une dramatique télévisée hors norme, qui ressemble à un Dr Folamour sérieux et qui fut diffusée dans les foyers américains en l'an 2000. Elle est rediffusée ce mardi 5 septembre, malheureusement en VF, à 23h15, sur Direct 8, une des chaines de la TNT.
Au sein d’un grand groupe, un homme enquête sur un crime dont il découvre qu’il en est l’auteur. Ou du moins que toutes les preuves l’accusent. Il doit donc échapper aux forces de l’ordre et, devenu fugitif, trouver celui qui l’a jeté dans ce piège.
Ce scénario vous rappelle-t-il quelque chose ? En regardant la bande annonce du film The sentinel sur son site officiel (en salles le 30 août), on pourrait penser qu’il s'agit du sien. A la différence près que son récit se déroule autour de la Maison blanche et d’un attentat contre le Président des Etats Unis. Mais en fait, il s’agit de tout autre chose. C’est le résumé de The big clock, un film de John Farrow datant de 1948 et adapté du Grand horloger, un roman de Kenneth Fearing qu’il faudra bien un jour rééditer. Cette série B ayant fait l’objet d’un remake en 1987, c'est également dans ses grandes lignes le script de Sens unique (No Way out), un film avec Kevin Costner, dirigé par Roger Donaldson à la grande époque où l’acteur rapportait encore de l’argent aux studios. Ainsi en un court résumé, on fait tenir trois films, l’un en noir et blanc et excellent, l’autre passable mais efficace, le troisième risible avec son histoire réchauffée où la vieille garde s'affronte à la jeunesse, ses stars à la déroute sorties du néant par le succès d'une série télé ou la faveur d'un lifting, et sa mise en scène certainement improbable. Chacun aura replacé ces commentaires face aux titres correspondants.
Ernst Lubitsch n’a pas réalisé que des comédies américaines avec charmantes ingénues, croqueuses de diamants et escrocs milliardaires. Il fut également, au temps du muet, un grand cinéaste. On aurait tendance à l’oublier, les 23 films qu’il réalisa entre 1916 et 1929 étant très peu visibles. Heureuse initiative donc qu’a eu ARTE de choisir comme muet du moisSumurum, un film qu’il signa en 1920. D’une durée de 105 mn, il sera diffusé dans la nuit du vendredi 18 au samedi 19 août, à 1h05. Il s'agit de l'adaptation d’une pantomime orientaliste inspirée des Mille et une nuits et précédemment montée sur scène par Max Reinhardt. Lubitsch y apparaît dans le rôle d’un bossu, aux côtés de Pola Negri, une star de l’époque qui incarne une danseuse dont il est amoureux. Sur le chemin de Bagdad, ces saltimbanques rencontrent un marchand d’esclave chargé par Zuleika, la favorite du vieux cheikh, de lui trouver une remplaçante. Car Zuleika est amoureuse de Nour-el-Din, un marchand de tissus, et veut fuir le harem. A l'arrivée des forains, le fils du cheikh est séduit par la danseuse, laquelle tente en vain de séduire Nour-el-Din. La suite, cette nuit, dans la lucarne.
Don Quichotte d’après Cervantès restera comme le projet le plus fascinant d’Orson Welles, le personnage récurrent de notre feuilleton. Son tournage débuta en 1955 et s’éparpilla sur quinze ans ! Dans cette durée, on sent la pugnacité et la volonté du cinéaste qui devint pour l'occasion son propre producteur. Et de la volonté, il en fallait pour affronter des problèmes qui n’avaient rien de moulins à vent : scènes de raccord à tourner plusieurs années après le tournage initial (mais Welles était un expert dans cet exercice délicat, cf. The other side of the wind) ; plans à refaire pour ces mêmes exigences de raccord; bobines égarées à travers le monde… La détermination de Welles était telle qu’il résista à ces divers aléas. Il dut cependant arrêter définitivement ce tournage hors norme en 1969, en raison du décès de l’acteur principal, Francisco Reiguera (rappelons que Welles dut interrompre celui de The Deep pour la même raison). Tout le monde croyait ce film perdu, quand en 1992 le cinéaste espagnol Jess Franco présenta un montage très personnel des rushes existantes. Ses options (musique, doublage en espagnol) furent très critiquées. Mais, après les versions de G. W. Pabst (1933) et Grigori Kozintsev (1957) – et dix ans avant L'homme qui tua Don Quichotte, la tentative de Terry Gilliam -, il était heureux de pouvoir enfin admirer la vision qu’eut Welles de ce chef d’œuvre littéraire. On y voit Don Quichotte accompagné de Sancho Pansa déambulant dans une Espagne contemporaine. Ils avancent au milieu des automobiles, allant jusqu’à pénétrer dans une salle de cinéma et fustigeant cette étrange instrument qu’est une caméra. Depuis 2003, ces bribes sublimes sont disponibles dans un DVD zone 2 édité par Opening (réédition le 26 août 2006 dans la collection Les Films de ma vie). Précisons également que l'on peut en admirer quelques minutes dans l’exposition de Jean-Luc Godard, Voyage(s) en Utopie, jusqu’au 14 août 2006 au centre Pompidou (Paris). A la semaine prochaine…
Harold Lloyd, ce géant du muet, tout le monde connaît son visage à défaut d’avoir vu ses films. Cet acteur qui rivalisa en son temps avec Charlie Chaplin et Buster Keaton était également amateur de photographies, en particulier celles de femmes nues en 3D. Durant vingt ans, il collectionna à travers le monde plusieurs centaines de milliers de clichés.
Aussi, profitons de la ressortie de certains de ses meilleurs titres, en salles et en DVD (chez Studio Canal et MK2), pour signaler que ces photos, qu’il pris lui-même ou acheta au gré de ses voyages, sont disponibles en ligne sur le site de la Harold Lloyd collection. Même si le fond est pour l’essentiel proposé à la vente, on y trouve bien des merveilles visibles gratuitement, dont des photos de Bettie Page et Marylin Monroe qui ne manqueront pas de faire monter la température ambiante. Comme quoi, comme nous le rappelle notre blog Sexe, love’n gaudriole, comique et coquin font souvent bon ménage.
Il y a des secrets de polichinelle qui mettent des années pour sortir du placard. Ainsi il fallut attendre 1997 pour découvrir la version initiale du Grand sommeil des années 40, le film de Howard Hawksd’après le roman de Raymond Chandler. Si on avait engagé Philip Marlowe sur l’affaire, nul doute que cette cachotterie aurait été vite mise à jour. En janvier 1945, Hawks présenta un montage qu’il dût reprendre à la demande de Jack Warner et de l’agent de Lauren Bacall, tête d’affiche au côté de Humphrey Bogart. Cette exigence faisait suite à l’échec commercial du second film de la star naissante. La production souhaitait redorer son blason et surtout retrouver le succès du Port de l’angoisse, où apparaissait pour la première fois le couple mythique. Hawks retourna des scènes et en coupa d’autres, afin de recentrer l’action sur les deux stars – qui venaient de se marier – et de rendre plus glamour le personnage de Bacall, Vivian. On engagea un des scénaristes de Casablanca pour réécrire certains passages. Les nouvelles scènes furent tournées en une semaine. La voilette (cf. illus.) et les robes ingrates de l’actrice disparurent au profit de tenues et poses plus équivoques. Le moment où Marlowe ramène la sœur de Vivian dans la chambre de la jeune femme fut remplacé par une rencontre très suggestive entre la belle et le détective. Le dialogue hippique à double sens sexuel, emblématique du film, fut également imaginé pour l’occasion. Une longue explication chez le procureur fut coupée, rendant certains points de l’intrigue obscurs - ce qui contribua à la célébrité de l'adaptation. Et l’actrice jouant la femme du gangster Eddie Mars fut « effacée » et remplacée par une comédienne au physique plus commun. La première faisait sans doute de l’ombre aux charmes de Bacall la débutante. Cette version ne sortit qu’en février 1946 et connut un grand succès. Le 1er montage, plus froid et moins humoristique, est maintenant disponible dans le coffret DVD collector du Grand sommeil, accompagné d’un documentaire comparatif. A lundi prochain pour un nouveau film perdu - et peut-être retrouvé…
De Drôle de drame aux Portes de la nuit en passant par, entre autres, Le Jour se lève et Les Enfants du paradis, on pensait tout connaître de la collaboration Carné-Prévert. C’était sans compterLa Fleur de l’âge,tourné en partie dans l’immédiate après-guerre. Tout commence en 1934. Une révolte survient dans un bagne pour enfants situé à Belle-Île. Jacques Prévert, choqué par la répression très violente qui s’en suivit, s’en inspire pour écrire une chanson (La Chasse à l’enfant) et, en 1936, un scénario intitulé L’île des enfants perdus. Un producteur s’engage à le financer avec, à la mise en scène, Marcel Carné. La censure donne son aval. Mais, en septembre 36, après l’évasion de jeunes filles d’un autre pénitencier, l’incorrigible Prévert invective l’institution, ce qui conduit à la suspension du projet. Début 37, la pré-production repart, jusqu’à la mort, en avril, d’un enfant au sein de la prison de Belle-Île. L’événement entraîne le report du tournage, puis, après l’arrivée de la droite au pouvoir en 38, l’interdiction totale du film. La guerre passe, les artistes se séparent et le beau projet semble enterré. Jusqu’au jour où un admirateur d’Arletty décide de reformer le duo pour les beaux yeux de la dame et propose de produire le scénario avorté du poète. Le titre est changé et devient La Fleur de l’âge. Après des remaniements du scénario, le tournage débute en avril 1947 sur l’île bretonne. Il connaît quelques remous, dont des grèves de techniciens. En juillet, il est arrêté, après qu’un cinquième du film eut été tourné. En 52, le projet est relancé mais les bobines tournées disparaissent… définitivement ? Un jour, peut-être, verrons-nous ces images mettant en scène Arletty, Anouk Aimée, Paul Meurisse, Carette, Serge Reggiani, Martine Carole. Un jour, peut-être… A lundi prochain.
Ah ! Mercredi 16 mars, que de belles lignes à lire sur le programme du cycle Militants ! programmé par le Forum des images durant tout le mois de mars : pour cette séquence consacrée à "la cause homosexuelle", il y avait d'abord le très expérimental et dérangeant Ixe de Lionel Soukaz (on vous a déjà parlé de Race d'ep'), suivi du beau, du magnifique, de l'inoubliable Chant d'amour (illus.) de Jean Genet, un film muet noir et blanc où le désir s'arrache et se vole plus qu'il ne se donne lors de poursuites à travers les couloirs d'une prison ou dans la forêt. Mais bon... on est militant ou on ne l'est pas alors... Ironie du sort : en raison du mouvement de grêve des étudiants de Paris X-Nanterre, le programme "Militants !" est annulé dans sa totalité.
Par une entorse à notre logique habituelle (et pour rattraper notre publication tardive), ce sont non pas un mais deux films qui seront évoqués ici, films qui, sans avoir été oubliés, risquent malgré tout de disparaître : je veux parler des deux premières versions de Jour de fête.Il en existe en effet trois. Chacune est sortie en salles à une époque différente, la dernière occultant systématiquement la précédente, comme dans un palimpseste. Petit historique : Jacques Tati souhaitait que Jour de fête devienne le premier long métrage français en couleurs. Pour ce faire, il décida d’utiliser une pellicule expérimentale. Au cas où le procédé ne fonctionnerait pas, il tourna chacun des plans avec une seconde caméra, classique, contenant une pellicule "noir et blanc". Cette utilisation conjointe s’avéra au final bénéfique car, à l’issue des prises de vue, il apparut qu’il était matériellement impossible de développer la pellicule "couleurs". Le film sortit donc en noir et blanc en 1948. Plus tard, dans les années 1960, fort de son succès, le créateur de M. Hulot décida de revenir sur cette mouture. Comme au bon vieux temps du cinéma muet, il fit colorier certains détails en bleu et rouge (les drapeaux, les ballons…) et, pour justifier ce changement, tourna de nouvelles séquences introduisant un personnage de peintre. C’est cette version qui fut projetée en salles à partir de 1964, jusqu’au début des années 1990. En 1995, grâce à une restauration et à un développement coûteux, Jour de fête put enfin être distribué dans sa version "couleurs". Depuis, cette dernière est la seule diffusée en salles. Très belle, elle risque de faire oublier les deux autres, en particulier celle mélangeant la couleur au noir et blanc. Aussi, si on peut se réjouir de voir enfin certains films de Jacques Tati, - Forza Bastiaou My Uncle, la version anglaise de Mon Oncle, initialement destinée au seul public américain et sortie en France en 2005 -, il serait dommage que d’autres soient rejetés dans les limbes de notre mémoire, définitivement. L’aventure continue, à lundi prochain…
Le cycle cinéma trash sur ARTE, on en a déjà parlé. Mais quand on aime, on ne compte pas. Dans la nuit du 9 au 10 mars à 0h50, quelques heures après la diffusion de La Garçonnière de Billy Wilder, ARTE proposera Le Masque du démon. Ce premier film de Mario Bava est un sommet de l’érotisme horrifique, mélange de sado-masochisme et de terreur gothique inspirée d’Edgar Allan Poe. A sa sortie en 1960, il imprima plus d’une rétine. On en retrouve des traces dans de nombreux films d’horreur et dernièrement dans Sleepy Hollow de Tim Burton, grand fan de Barbara Steele, icône du genre au regard unique, capiteux et inquiétant.
Un scénar' en béton, mystérieux pendant au moins une heure. Une ambiance total polar-thriller, option rustique. Des personnages forts en gueule, du trapu au velu en passant par l'innocent. Un suspense relancé toutes les trois minutes, chaque fois rebrisé par un vrai dénouement. Un noir et blanc magnifique, digne de ce qui se fait de plus beau dans le genre ces derniers temps. Une musique haletante, signée par l'un des meilleurs groupes électros du moment. Et en plus un site web classe et énigmatique, rythmé comme l'intrigue du film, aussi intelligemment... Bref courez voir 13-Tzameti en salles, pendant qu'il est encore temps. NB : à lire sur le mag, notre interview de Gela Babluani, réalisateur de 13-Tzameti
Fantômas, Les Vampires, Musidora, Fudex… Des noms qui sonnent bon le feuilleton, avec ses couloirs en forme de traquenard, ses chausse-trappes, ses masques et rebondissements invraisemblables. Derrière tous ces criminels de haut vol, créatures omnipotentes courant sur les toits de Paris, un nom : Louis Feuillade. Artisan cinéaste, ingénieux découvreur de forme, il a œuvré dès les premiers âges du cinéma dans tous les genres et en particulier dans les films tirés de romans populaires. La Cinémathèque française, à Paris, organise une rétrospective de son œuvre volumineuse, jusqu’au 18 mars prochain. On pourra y voir certaines adaptations parmi les plus célèbres. Celle de Fantômas n’a jamais été égalée, usant de recettes pleinement maîtrisées qui aujourd’hui font le succès de séries télévisées comme Alias ou 24 h. Des heures de suspense en perspective.
Pour la BEAUTE de sa musique, Pour la FOLIE de son scénario, Pour le MYSTERE de sa lumière, THE SADDEST MUSIC IN THE WORLD, de Guy Maddin, est l'un des films à voir en salles du moment. Absolument.
Un ange blond (Jacques Perrin), regard tendre et longues mains fines, découvre les affres du sentiment amoureux face à
Aïda, ange déchu doté d’un prénom de reine éthiopienne, qui traîne sa « valise » d’histoires sordides et de salauds hypocrites ; Claudia Cardinale irradie de sa beauté solaire ce personnage tragique de jeune femme abîmée. Le long métrage de Valerio Zurlini, ressorti sur les écrans français en juillet 2005, est désormais disponible en DVD (MK2 éditions). Si le film, en soi, est un joyau à découvrir sans tarder, les bonus offrent une réelle valeur ajoutée : un entretien émouvant avec Jacques Perrin, qui revient sur ses 19 ans de l’époque ; les éclairages cinéphiles de Jean-Luc Douin ; le témoignage (un peu perso, mais pourquoi pas ?) d’une Laure Adler "bouleversée" par l’histoire d’amour impossible ; et, surtout, le film La Stazione (1953) : réalisé par Zurlini sur la toute nouvelle gare de Rome, ce court documentaire (11’) sans voix off vole des moments d’attente aux voyageurs des années 1950. Avec ou sans valise : entre deux métiers, deux amours, deux Italie.
La Fille à la valise (La Ragazza con la valigia), 1960, film 116’, DVD 167’
Compte tenu des quelques images qui sont parvenues jusqu'à nous (exemple ci-dessus), Renaissance, grand oeuvre SF en 3D du réalisateur français Christian Volckman, sera sans doute l'un des films à suivre lors du festival Anima, grand rendez-vous belge annuel de l'animation dont l'édition 2006 commence aujourd'hui. Jusqu'au 5 mars. MAJ (13/03/06) : Lire la chronique de Renaissance sur Flu, le mag
De 1955 à 1962, Alfred Hitchcock innove en produisant et présentant la série on ne peut plus justement nommée : Alfred Hitchcock presents. 266 épisodes de 25 min seront tournés, chacun s’ouvrant sur un générique désormais célèbre : le profil stylisé du cinéaste sur lequel se superpose son ombre, accompagnée de la Marche funèbre d’une marionnette de Gounod. Il en réalisera lui-même 17. Petits bijoux d’ironie et d’humour grinçant, ces épisodes sont aujourd’hui réunis dans un coffret de 5 DVD (chez Universal), accompagnés des trois moyens métrages qu’il mit en scène pour les séries Suspicion et The Alfred Hitchcock Hour. Chaque récit se conclut par une chute amorale (le summum étant atteint par Arthur, où un assassin nous explique comment il a tué sa femme sans se faire avoir) que Hitch’ corrige malicieusement dans son apparition finale, épilogue à la mise en scène souvent absurde. Si tous sont à déguster sans modération, il faut noter que certains sont aussi prétextes à des expérimentations narratives. Dans Four O’clock, Breakdown (avec Joseph Cotten), Poison, One more mile to go ou Bang ! You’re dead, Hitchcock s’amuse avec des formes qu’il réutilisera parfois dans des films ultérieurs. Un coffret indispensable, donc. Précisons que Universal a également édité un coffret de 3 DVD, contenant uniquement les épisodes ayant eu une version VF, qui, lui, n’a aucun intérêt.