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Semaine de la critique : toute l'actu de la première section parallèle du Festival de Cannes. Depuis 1962, la Semaine internationale de la Critique s'emploie à découvrir de jeunes talents et à mettre à l'honneur des premiers ou deuxièmes films de cinéastes du monde entier. Retrouvez le programme de la Semaine de la Critique sur le mag.
Retour sur la Semaine de la critiquePosté par Damien L. le 26.05.08 à 14:40 | tags : semaine de la critique, court métrage, festival de cannes
Après l'annonce du palmarès officiel, il nous faut mentionner celui de la 47ème Semaine Internationale de la Critique. 7 longs-métrages en compétition, 6 autres longs métrages présentés (dont Les Enfants de Don Quichotte Acte 1, documentaire réalisé par les frères Legrand), 7 courts-métrages et une demi-douzaine de moyens métrages (dont Les Filles de Feu, réalisé par le critique Jean-Sébastien Chauvin), cette édition 2008 fut d'un remarquable dynamisme. Se déroulant dans une ambiance chaleureuse, les séances ont présenté un beau visage de diversité.
Le Grand Prix a été attribué à Snow, de la bosniaque Aida Begic, évocation de la guerre à travers l'histoire du village dévasté de Slavno. Le Prix SACD et celui du soutien ACID sont allés au belge Moscow, Belgium, de Christophe Van Rompaey, tandis que le Prix OFAJ/TV5 de la Jeune Critique, décerné par 32 lycéens français et allemands, est revenu à La Sangre brota, de l'argentin Pablo Fendrik, qui suit un chauffeur de taxi devant réunir 2000 dollars en 24 heures. Du côté des courts-métrages, le Grand Prix Canal + a récompensé Next Floor, du canadien Denis Villeneuve, spectaculaire description d'un copieux banquet, que l'on peut voir comme lune métaphore de la décadence occidentale. L'onirique court-métrage d'animation Skhizein (un homme se retrouve à 91 centimètres de lui-même après le passage d'une météorite), de Jérémy Clapin, a reçu le Prix Découverte Kodak. Mais notre coup de cœur personnel va à deux autres courts-métrages : Ahendu nde sapukai (I Hear Your Scream), du paraguayen Pablo Lamar et La Copie de Coralie, du français Nicolas Engel.Le premier est un majestueux plan fixe de 12 minutes, qui montre un homme juché au sommet d'une montagne, une cabane à sa droite et l'horizon à ses pieds. Contemplant le lointain, il finit par rentrer dans la cabane et des chants se mettent à envahir l'espace. Un cercueil sort de l'habitation, accompagné d'une petite foule, avant de disparaître de l'écran, laissant l'homme crouler seul sous le poids du deuil. Sans aucune parole mais au moyen d'une sublime lumière, Ahendu nde sapukai (I Hear Your Scream) emporte avec lui une insondable part de mystère. Bravo à Pablo Lamar (illus.1, accompagné de sa productrice Gabriela Maldonado). La Copie de Coralie (qui a reçu le Petit Rail d’Or du meilleur court métrage, prix decerné depuis 1995 par des "cheminots cinéphiles") est lui le second court-métrage de Nicolas Engel, après le remarqué Les Voiliers de Luxembourg, qui rendait un vibrant hommage au cinéma de Jacques Demy. Explorant toujours la voie du film chanté, il narre l'histoire du gérant d'un magasin de reprographie (Serge Riaboukine) hanté depuis trente ans par le souvenir d'une femme disparue. Sa jeune assistante (Jeanne Cherhal) prend les choses en main et se met à orner les murs de la ville du portrait de ladite Coralie. Les nombreux jeux de mots, le thème de la solitude des cœurs et l'attrait pour les commerçants de province tissent à nouveau un émouvant lien avec le cinéaste des Parapluies de Cherbourg. Mais l'atmosphère se fait plus grave et onirique que dans le premier film de Nicolas Engel (illus.2 à gauche, accompagné de son chef opérateur Lionel Perrin et de son actrice Juliette Laurent). La Copie de Coralie sera diffusé le 18 Juin sur Arte.
Prix Jean Vigo, le cru 2008 Le prix Jean Vigo, qui récompense chaque année un long métrage et un court métrage français, a rendu son verdict pour l'année 2008.Après le magnifique palmarès 2007, avec Serge Bozon et FJ Ossang mis à l'honneur à juste titre, c'est Emmanuel Finkiel (photo) qui repart cette année avec le prix Jean Vigo, pour son nouveau film Nulle part, terre promise (qui n'a pas encore de date de sortie). Entre documentaire et fiction, il y suit trois parcours à travers l'Europe. Côté court, c'est le souvent primé Hélier Cisterne qui rajoute une récompense à sa collection, avec son tout nouveau court métrage, qui sera présenté lors de la Semaine de la Critique à Cannes : Les Paradis Perdus. La 47e Semaine de la critique![]()
Voici donc le programme : Longs métrages Courts métrages (mention spéciale pour l'affiche !) Les Méduses, sortie DVD + concoursPosté par Van le 07.03.08 à 16:50 | tags : festival de cannes, semaine de la critique, dvd, concours
Synopsis : Trois histoires tragicomiques de personnages qui se cherchent, dans la ville de Tel-Aviv. Pourquoi Les "Méduses" ? Parce que "les héros du film ont l'illusion de choisir leur propre chemin. Ils se déplacent, tels des méduses, sans pouvoir contrôler leur vie. Les courants souterrains qui les poussent viennet du passé, d'expériences traumatiques ou de stéréotypes. A la fin du film certains personnages réussiront à les vaincre. Il seront alors arrivés au bord de la plage, face à la mer. Et pour un instant ils pourront se tenir debout, dans un endroit clair et vrai. Et espérer." A l'occasion de sa sortie en DVD, Flu vous propose d'en gagner sur sa page concours.
A l’intérieur : ça fait mal mais c’est bon !Les films dont on n'avait pas parlé : le Festival de Cannes se poursuit sur Ecrans
XXY : une réussite sans équivoque
XXY, c'est la composition chromosomique des hermaphrodites, personnes aux corps étranges, partagées entre le masculin et le féminin. Alex, jeune adolescente genre garçon manqué, la porte en elle depuis sa naissance. Elle a 15 ans et doit maintenant choisir : fille ou garçon ? Un choix que ses parents n'ont pas osé faire pour elle à sa naissance. Le temps d'un été, elle va se confronter à ses désirs et à ses contradictions. Loin d'en faire une curiosité, Lucia Puenzo puise en elle ce qui la rend accessible, commune. Tout en soulignant le trouble de ce corps autre, insaisissable, la cinéaste montre avec délicatesse ses errances et ses doutes de simple ado. Avec au passage une vision lucide mais impitoyable des pères et des mères, de leur bonne volonté mêlée d'égoïsme et d'incompréhension ou de leur franche intolérance.
XXY - Un film de Lucia Puenzo De notre envoyé spécial au Festival de Cannes 2007.
La Voie Lactée : la valse du n’importe quoi Présenté en début de Festival, La Voie lactée résume assez bien une certaine tendance de la Semaine de la critique, cru 2007. Une propension à jouer de la forme, de l'image et du son, pour un résultat souvent vain. Non que le propos en soit absent, bien au contraire. Mais la mise en scène peine à l'accomplir, à l'approfondir. On en reste au stade des seules intentions. Et celles-ci ne font pas un film. Ainsi de La Voie lactée. Hector aime Julia. Hector est professeur. Julia est actrice de théâtre. Ils s'aiment, un peu, beaucoup, violemment, dans l'urgence. Dès l'ouverture, on est plongé dans un temps de crise, d'inquiétude, avec une caméra qui bouge, tournoie, peine à se stabiliser. Jusqu'à la nausée. Alternent passé et présent, musiques de toutes sortes - au passage, on a droit à une compil de tous les morceaux classiques utilisés par la pub et le ciné d'action, de Schubert à Bach -, jeux amoureux et déceptions. Pour aboutir à un sentiment de grande vacuité.
La Voie lactée - Un film de Lina Chamie De notre envoyé spécial au Festival de Cannes 2007.
Semaine de la critique : projections très privées La Semaine internationale de la critique a oscillé cette année entre deux types de projections : les classiques, avec son lot de premiers films plus ou moins convaincants (moins que plus, soit dit en passant ; on y reviendra plus précisément demain), et les exceptionnelles, genre première mondiale de prestige avec étalages de people. Jusque là pas de problème, la Sic a tout à fait le droit, comme les autres, de jouer avec les gros noms pour briller sous les sunlights de Cannes. Le hic, c'est que ces projections très particulières ont eu cette année une légère tendance à se transformer en projections privées. Ainsi des présentations « publiques » de El Orfanato produit par Guillermo Del Toro et Déficit, le premier long de Gael Garcia Bernal. ![]() Alors que des centaines de personnes se sont pressées dans les files d'attente pendant parfois près de deux heures sous un soleil fracassant, seuls quelques dizaine de chanceux ont pu entrer dans la salle du Miramar, spécifiquement utilisé pour la SIC. A chaque fois, la production avait fait précédemment entrer un grand nombre d'invités de marque. Citons par exemple, pour le simple plaisir, Alfonson Cuaron, Alejandro González Iñárritu, Walter Salles, Guillermo Del Toro, Javier Bardem, Carlos Reygadas, Harmony Korine, et quelques autres people appréciés des tabloids et autres Voici.
D'où accessoirement l'absence de chroniques dans Ecrans, l'auteur de ses lignes faisant partie des très nombreux refoulés (on parle de 1100 personnes, sur les deux projos !). Me restera néanmoins en mémoire les cris des midinettes venues admirer la belle gueule de Bernal. Digne d'un concert des Beatles de la grande époque ; ou d'un film d'horreur de la grande époque. Petites déceptions de notre envoyé spécial au Festival de Cannes 2007. (illus. gauche : Deficit ; illus. droite : El Orfanato) Voleurs de chevaux : à sang et à cri
De notre envoyé spécial au Festival de Cannes 2007. Héros: le clown triste à la Semaine de la critique
Derrière la caméra, pour diriger celui que l'on ne s'attendait pas à voir en comédien non dénué de talent, on trouve Bruno Merle. Auteur de clips, de pubs et de quelques courts, il use et abuse du contre-emploi (car on découvre également un Patrick Chesnais inattendu en Johnny de pacotille) et du poil à gratter visuel. La pellicule et l'écran large succèdent à la vidéo, les mises en abîme où Youn interpelle le réalisateur surprennent et agacent, les éclats visuels et sonores font sursauter. Le film se veut matière, physique, coup de poing, et plus d'une fois, fait mouche. Et l'histoire me direz-vous ? Et bien, on s'en fout un peu, comme d'ailleurs peut-être le réalisateur lui-même. Non qu'elle soit inintéressante en soi. Inspirée de La Valse des pantins de Scorsese (explicitement cité), elle tourne autour de la séquestration d'une star vieillissante du rock franchouillard par un comédien raté, chauffeur de plateaux TV. Bifurquant après quelques cris et éclats vers une tragédie sur l'image du père et l'absence d'amour, le récit se fait plus psychologique, plus convenu aussi. Youn n'en parvient pas moins à être émouvant. Ce qui est un vrai tour de force si l'on considère que le réalisateur semble plus attaché à jouer avec l'image et le son qu'à approfondir son sujet. Se clôturant sur un des génériques de fin les plus étonnants de ces dernières années, version moderne des appels aux spectateurs qu'affectionnait Sacha Guitry, Héros ne fera pas l'unanimité et d'ailleurs ne la cherche pas. Personnellement, je reste indécis sur la pertinence d'un tel film, souvent creux et vain. Mais il faut néanmoins saluer son originalité visuelle, sa tentative d'affranchissement dans un cinéma populaire français encore trop scindé entre films de genre sans imagination, comédies débiles et romances plates et bavardes. Héros - Un film de Bruno Merle (illus. © Jaïr Sfez) De notre envoyé spécial au Festival de Cannes 2007.
Festival de Cannes : la Semaine de la Critique
Les courts : Les séances spéciales : Le film d'ouverture : Héros de Bruno Merle (France, 1er film) , avec Michael Youn, Patrick Chesnais et Elodie Bouchez. C'est un peu toute la magie cannoise : retrouver un type qui s'est fait connaître en montrer ses fesses en direct en ouverture de la très exigente Semaine de la Critique du prestigieux Festival. J'adore. Que de choses à vous rapporter au long de ce Festival. C'est à la Semaine de la Critique qu'ont été découverts quelques grands cinéastes : Alejandro González Iñárritu, Ken Loach, Wong Kar-Wai, Bertolucci... A suivre de près donc. Drama/Mex : tristes tropiques Le grain est épais, rugueux. La lumière, intense ou nocturne, ne cherche pas à séduire. La vision est abrupte, directe, comme cette jeunesse d’Acapulco qui pendant près de deux heure se croise, s’invective, se chahute, se prostitue. Loin des clichés, de la ville solaire des cartes postales, Acapulco dans Drama/Mex, présenté à la Semainde de la critique, se montre dans toute sa franchise. Gangrenée par l’argent roi, machiste, impitoyable, elle s’ouvre le temps d’une nuit, du crépuscule à l’aube. Durant ces quelques heures, un employé de bureau aura dérobé la paye de ses collègues et, réfugié dans un hôtel minable, pensera à mettre fin à ses jours. Là il croisera une adolescente fugueuse, prête à la prostitution, ainsi qu’un trio de jeunes amoureux, pétri de rapports à la fois minables et passionnels. Tout cela bouge, virevolte, mais au fond, débouche sur bien peu de choses. Tout au plus sent-on émerger le constat d’une situation désespérée, illuminée par un seul éclat : celui d’une jeunesse qui, quoi qu’il arrive, restera elle-même, c’est-à-dire impatiente, imbécile, inconséquente, mais vivante. C’est ce qui sauve de désespoir l’homme prêt à rencontrer la mort. Et, in fine, le film lui-même, en l’éloignant d’un nihilisme trop appuyé pour être totalement honnête. Drama/Mex – Un film de Gerardo Naranjo Mexique, 2006, 1h50 – Semaine de la critique Nocturnes pour le roi de Rome : visions fantômes Ce film réalisé avec un téléphone portable a été présenté à la Semaine de la critique, dans la séance « Nouvelles images », que l’auteur lui-même, Jean-Charles Fitoussi, a préféré rebaptiser « Cinéma en liberté ». Et effectivement, cette dernière formule est la mieux appropriée pour une écriture affranchie des contraintes du cinéma traditionnel. L’usage de cet appareil si singulier n’est pas un exercice de style. A l’origine, Fitoussi avait en tête un projet réalisé avec des images floues. L’usage du téléphone portable s’est donc imposé de lui-même et la rencontre entre l’idée et l’outil s’est faite naturellement. Réalisé sur cinq mois, par touches et accumulations, ce Nocturnes pour le roi de Rome se composent d’images incertaines, presque hagardes. Elles sont les dernières visions d’un compositeur qui, à l’approche de la mort, regarde le monde et se souvient. L’objectif est si discret qu’il s’efface du paysage. Et avec lui, l’être qui alors regarde. Il en devient comme absent au monde qu’il contemple. Mais par une inversion étrange, ce dernier paraît lui-même peuplé de fantômes. Images de guerre, visages et corps de femmes, convives d’une soirée romaine à la recherche de je ne sais quel Marienbad, tous deviennent objets du passé. Ils sont les ombres qui hantent la mémoire du futur défunt. Jean Cocteau aurait apprécié. Où l’on voit, encore une fois, que la technologie n’est rien, mais l’idée est tout. Nocturnes pour le roi de Rome – Un film de Jean-Charles Fitoussi France, vidéo, 2006, 1h17 – Semaine de la critique Destricted : loopings loupés On nous avait promis du sulfureux, de l’explicite, du sexe direct. On a eu un pétard mouillé. Autrement dit, une série de courts métrages intitulés Destricted, aux formes et attraits divers, mais jamais révolutionnaires. Etonnamment, seuls trois réalisateurs sur sept se sont éloignés de l’univers de l’industrie pornographique. Gaspard Noé, parrain cette année de la Semaine de la critique, nous a servi une soupe stroboscopique, où un travesti SM et une pseudo fillette se masturbent chacun de leur côté, avec pour seule conclusion : « we fuck alone ». Subtile, n’est-ce pas ? Richard Prince a monté comme un staccato jazzy une succession de très rapides extraits de films pornos, histoire de nous dire que ces images n’ont rien à nous montrer, sinon du mouvement vide de sens. Quelle révélation! Et Larry Clark, fidèle à ses obsessions, a composé le segment le plus intéressant de tous : une suite d’entretiens avec de jeunes hommes souhaitant tenter l’aventure du porno (« pour voir ») ; puis, après avoir choisi l’un d’entre eux, il le confronte à plusieurs « hardeuses ». Dommage que cette tentative de regard sociologique débouche sur un scène porno qui n’a d’autre intérêt que de montrer la triste machine en action. Passons sur le Marco Brambilla, simple captation d’une scène conventionnelle (un docteur "auscultant" sa "patiente") passant sur un écran vidéo, et saluons l’humour de Sam Taylor-Wood (un acteur se branle dans la vallée de la mort, sans jamais parvenir au bout de son effort ; en quelque sorte, l’arrogance du cow-boy mis en échec) et de Marian Abramovic (une mise en images très drôle d’adages venus des Balkans, signifiant l’unité de l’homme et de la nature). Quant à Matthew Barney, il fait du Matthew Barney. La performance est impressionnante (illus.) : un homme recouvert de matière végétale et attaché sous un véhicule de chantier suspendu au dessus du sol frotte son sexe contre les rouages de la machine. Par instants, le résultat débouche sur une réelle beauté. Mais pas assez pour sauver cette suite de films d’un ennui certain. Ce qui ne l'empêchera pas d'être présenté à la FIAC puis à la Tate Gallery comme un film d'art. Destricted – un film de Matthew Barney, Marian Abramovic, Marco Brambilla, Larry Clark, Gaspard Noé, Richard Prince, Sam Taylor-Wood 2006, 1h55 - Semaine de la critique Norway of life : un bonheur terrifiant Imaginez la vie selon Ikea. Ce serait vite un cauchemar climatisé. Eh ! bien, c’est dans cet univers morbide, sans saveurs ni odeurs, que débarque un homme venu de nulle part. Arrivé dans une ville où le mot « non » n’est jamais prononcé, où le temps s ‘écoule sans début ni fin, il se met à douter de cette existence. Tel le n°6 du Prisonnier, il va refuser femme, maison et travail pour fuir et comprendre ce qui se trame derrière la belle façade. Il devient ainsi, comme l’indique le titre, l’homme qui gêne, le héros d’une fable sarcastique sur… sur quoi d’ailleurs ? C’est bien tout le problème de ce film impeccablement réalisé par le norvégien Jens Lien (dont le site officiel est déjà en ligne). Ecrit avec l’auteur de la pièce radio dont il est adapté, ce film joue trop de l’allégorie pour nous parler vraiment. Bien sûr, il se gausse de notre société occidentale, fonctionnelle, organisée autour du bonheur à tout prix et du confort matériel. Il pourrait aussi évoquer le sort d’un homme peut-être mort jeté dans un moderne enfer qui tairait son nom. Ou est-ce une simple satire bourrée d’humour noir, fustigeant l’existence à la mode norvégienne ? Difficile à dire. Cette incertitude devrait rendre ces images intrigantes, fascinantes. Mais l’allégorie est au cinéma un genre casse gueule. Rares sont ceux qui en ont surmonté les épreuves (Brazil, c’est sûr; mais les autres?). Mêmes les plus grands s’y sont cassé les dents (Boorman avec Zardoz, Polanski avec Quoi !). Dans ce cadre, l’image tourne à vide. Elle ne renvoie qu’au seul monde qu’elle nous montre. C’est sa force et sa limite. Car quand elle se veut critique, comme dans ce film techniquement irréprochable, elle tombe à plat. Elle ne se réfère qu’à elle-même et reste à la surface des choses, sans rage ni vigueur. The bothersome man – Un film de Jens Lien Norvège, 2006, 1h30 – Semaine de la critique I psihi sto stoma : un putain de film Présenté dans la séance dite « très spéciale » de la Semaine de la critique, ce film grec n’a pas trahi ce qualificatif. Il est si particulier qu’il a réussi à vider la grande salle du Miramar (où sont projetés les films de la Semaine, à deux pas de la Croisette) d’un bon tiers de ses spectateurs. Il faut dire que l’expérience est rude, et par là reconnaître du mérite – ou du masochisme – à ceux qui sont restés jusqu’au bout de l’épreuve (soit dit en passant, j’étais de ceux là). Pendant toute la durée du film, ça hurle, ça insulte, ça frappe. Pas une phrase qui ne se termine par connard, salaud, putain ou je ne sais quel autre nom fleuri. Pas une scène où on ne se tape dessus, où une caresse ne se transforme en coup de poing. Pas un moment de répit. Ah si, juste à la fin, quand pourrait enfin advenir une vague preuve d’amour, ou au moins de tendresse ; mais la scène se termine par un crâne fracassé sur un tableau de bord. On peut comprendre que le réalisateur ait voulu faire passer sa colère. On peut également accepter que Takis, ouvrier dans une fabrique de lustre, ait des envies de meurtres après avoir été violenté, méprisé, annihilé par sa femme, sa famille, ses collègues, son patron, sans prononcer un seul mot ou faire acte de résistance, à une ou deux exceptions près. On peut même adhérer, à l’extrême, à cette vision d’une humanité réduite à sa plus simple expression, où l’autre n’est qu’un intrus, un corps étranger qu’il faut bien se coltiner envers et contre tout, où l’amour se résume à quelques sodomies dans un garage. Mais il est difficilement acceptable qu’un homme cherche à imposer cette misanthropie durant deux heures. Reconnaissons lui néanmoins un certaine gloire : celui d’avoir choisi une voie et de ne pas l’avoir quittée un seul instant. Ce qui ne nous empêchera pas de nous promener ailleurs pour voir si on y trouve encore un peu d’affection.I psihi sto stoma (L’âme accablée) - Un film de Yannis Economidis Grèce, 2006, 1h52 - Semaine de la critique Les Amitiés maléfiques : le diable reste dans sa boite Emmanuel Bourdieu, déjà « auteur » de Vert Paradis est certainement un scénariste très talentueux. Il est aussi probablement un réalisateur très studieux, un peu comme un bon élève qui tenterait son examen de deuxième année. Il n’empêche. Il n’est en rien un cinéaste. Sa mise en scène est si transparente que je serais bien en peine de dire si elle bonne ou mauvaise. Elle est là, c’est tout. Pendant près d’une heure quarante, la caméra capte les mouvements des acteurs, le micro les mots qu’ils prononce, et l’œil du spectateur les images neutres qui s’offrent à lui. De cette histoire qui se voudrait pleine de sens et d’inquiétude, rien ne transpire. Bourdieu est incapable d’exprimer une seule de ses idées par le visuel. Il filme sans faire du cinéma. Il enregistre, mécaniquement, croyant peut-être que ce simple geste suffit à révéler la substance des mots qu’il a écrit . Pourtant la matière est là, en permanence, contenu dans un script dont on devine qu’il a été longuement travaillé. On sent que, de cette histoire de passion littéraire et d’amitié trahie, pourrait émerger une réflexion sur l’image de soi, la confiance, la fonction de l’écriture… Mais sur l’écran, rien, le néant. Juste des jeunes talents, obligés de porter des rôles sans consistances, infatués, improbables. La 45ème Semaine internationale de la critique a commencé sous de mauvais hospices. Espérons qu’elle se relèvera rapidement. Les Amitiés maléfiques - Un film de Emmanuel Bourdieu France, 2006, 1h40 - Semaine de la critique |
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