Fil d'actu : western  Western : le Grand Ouest sur les écrans, et sur Fluctuat.net.
Grosse semaine en terme de reprises de choc : Le Reptile de Mankiewicz pour commencer, et nous rappeler ce que c'est qu'un vrai western en ces heures de remake fadasse de 3h10 pour Yuma. Kirk Douglas et Henry Fonda + approche originale du western + génial metteur en scène = un film remarquable, qui n'a pas pris une ride. Les fans d'Asie sont aussi servis, puisque deux films du méconnus Koji Yushida sortent en salle, parallèlement à la rétrospéctive organisée par le Centre Pompidou. Soit La Source thermale d'Akitsu, version plus classique du mélodrame japonais, et Eros + Massacre, la veine la plus radicale, engagée et violente du cinéaste. Deux facettes qu'on vous recommande chaudement. La bande-annonce de Eros+Massacre :


En voyant le magnifique There Will Be Blood de Paul Thomas Anderson, difficile de ne pas penser au chef d'oeuvre de Michael Cimino, La porte du paradis (1980). Le grand ouest américain aux débuts du XXeme siècle, la violence des hommes et la conquête du pouvoir, certains thèmes se rejoignent, même si les mises en scène diffèrent. Le motif de la ronde étant un des pivots du film de Cimino, retour sur cette très belle scène de roller dansé.


Sukiyaki Western Django : le titre annonce la couleur, le nouveau et enième film de Takashi Miike est un hommage aux westerns spaghetti. Le cineaste reprend donc tous les élèments du genre : un village construit autour d'une rue, deux clans qui s'affrontent, un enfant qui a vu son père tué sous ses yeux. De la vengeance, du sexe, et une violence ultra chorégraphiée et sanguinolante. Mais l'assaisonnement est définitivement japonais, que se soit dans la façon de filmer les espaces, le traitement des couleurs (le rouge tenant bien sûr une place primordiale) et des vêtements (bien plus bariolés que ceux des cow-boys traditionnels). Film greffe, avec ses acteurs japonais qui s'expriment en anglais, la présence de l'énorme Quentin Tarantino, et ses références multiples, Sukiyaki Western Django réussi avec brio à canaliser la folie créatrice de son réalisateur dans un récit et un cadre plus familiers. Le résultat est un peu à l'image de Planète Terreur de Rodriguez, une déclaration d'amour fou pour le cinéma et un déploiement d'énergie exceptionnel. Un pur plaisir.


 Brad Pitt et son célèbre jeu de sourcils dans un western d'Andrew Dominik, et l'un des titres les plus long de l'histoire du cinéma : The assassination of Jess James by the coward Robert Ford. La bande annonce est nettement plus laconique. Tant mieux.

Jean-Louis Trintignant dans un western spaghetti, ce sera toujours mieux que Johnny Halliday jouant au cowboy dans la Camargue. Et en plus, s'il rencontre sur son chemin l'immense Klaus Kinski, autant dire que le film fait des étincelles. Pour le vérifier, allumez votre télé en ce jeudi 20 avril, à 20h40 sur ARTE. Le spectacle plein de sang et de fureur s'appelle Le grand silence, il date de la belle année 68 et est signé par Sergio Corbucci, un spécialiste du genre. Un classique.

Ça vous avait peut-être échappé, mais Nick Cave est l'auteur du scénario d'un western intitulé The Proposition. Le film est déjà sorti en Australie, et sera sur les écrans américains très prochainement. On retrouve l'ambiance des textes du chanteur de the Birthday party, mis en image par John Hillcoat. En attendant la sortie (peu probable) du film en France, la bande annonce est actuellement en ligne.

Un second court-métrage montrant les possibilités du jeu The Movies a été sorti des coffres-forts blindés des studios de Lionhead. Suite logique du western dont on vous avait parlé ici, ce second opus est bien mieux maîtrisé, plus joli (même si ça ressemble toujours à du carton-pâte), et donne encore plus envie de s'improviser réalisateur que son frère aîné - en témoignent notamment la beauté de ses décors (ambiance cactus) et le "réalisme" de sa scène finale de duel. Chouette ! Je vais enfin pouvoir tourner le remake de Citizen Kane dont j'ai toujours rêvé : avec un casting de pingouins.
A vous de choisir... : La Nuit du chasseur (Charles Laughton, 1955), ce soir 22h en plein air à La Villette (Paris). Comme dit Jypegue, cela méritait d'être signalé (merci Jypegue !)


Ils avaient décidé ne plus s’arrêter, de continuer à rouler, de traverser la France jusqu’à épuisement de leurs ressources financières. Jeremy et Thomas avaient déjà oublié depuis combien de temps ils étaient partis. En route, ils avaient acheté une voiture d’occasion, une Ford qui traînait dans une grange, un modèle américain importé par un fils de G.I. Longeant la Saône, Jeremy se souvenait de La Rivière rouge de Hawks. Il disait, ce film c’était vraiment la vie des cow-boys, presque un documentaire. Bien sûr il y avait la relation père-fils (de substitution) entre John Wayne et Montgomery Clift qui ouvrait le film et le scellait autant qu’il en était le canevas, une relation à la terre, la propriété et au sang typiquement américaine, mais c’était d’abord une étude sur le travail : comment mener un convoi à bestiaux. John Wayne était le chef d’entreprise, l’entrepreneur idéaliste, le patron obligé de faire régner l’ordre parmi ses hommes pour mener à bien son affaire. Aujourd’hui les colts seraient remplacés par les syndicats disait ironiquement Thomas. Jeremy se rappelait avoir été impressionné par la démesure du film, ces plans envahis par les bœufs. En regardant La Rivière rouge, on pouvait affirmer ensuite connaître ce qu’était vraiment l’Ouest américain. Plus que sa mythologie, c’était sa construction en action, les détails ne trompaient pas, il fallait traverser un espace physiquement, éviter l’ennemi, gérer une équipe, en soi La Rivière rouge était un film presque concret. Le prix d’un rêve, le fruit d’un labeur. Thomas trouvait qu’aujourd’hui, à l’heure où les films d’entreprise se basent souvent sur les mêmes formes que ceux de propagande, La Rivière rouge serait la plus belle réponse que le cinéma pourrait donner. On ne se sentirait plus bassement manipulé avec hypocrisie, on rêverait de conquête, on saurait enfin vers quoi on marche. Aujourd’hui la marche est abstraite, provisoire, sa destination n’est plus une histoire à écrire.
La Rivière rouge (Red River)
Howard Hawks, 1948
TPS Cinétoile, mardi 28 juin à 18h30


A peine Thomas avait-il retrouvé Jeremy au Musée de l’Homme qu’il lui présenta François, un ami dont le père dirigeait un département de conservation. François leur proposa une visite des sous-sols du musée. Empruntant ascenseur et couloirs destinés au personnel, ils pénétrèrent dans l’espace secret d’un monde leur révélant l’envers du décor historique choisi et montré. Une succession invraisemblable d’objets semblaient s’entasser comme le trésor de l’humanité. Passant de têtes décapitées dans du formol à d’interminables rangées de squelettes de toutes tailles, Jeremy et Thomas marchaient dans un état halluciné. La présence macabre des squelettes éveilla en Jeremy le souvenir de ce western de Margheriti, Et le vent apporta la violence. Une oeuvre puissante, crépusculaire, décadente, violente, shakespearienne. Un film marqué par l’impermanence constante de sa mise en scène et l’avancée inéluctable de la vengeance. Chaque cadre y est constamment au bord de la rupture, la musique et le son transformés en métronomes de la mort. Tout est plongé au coeur d’une nuit où Klaus Kinski se venge tel un archange revenu des enfers, un damné transformant ce monde en théâtre apocalyptique. De son visage aux pistoleros - véritables figures de morts vivants -, des décors à la présence constante du vent, le film travaille une esthétique baroque constante. Il semble se décomposer en mille fragments insaisissables, tel le final inspiré de La Dame de Shanghai avec ses jeux de miroirs où le visage de Kinski est découpé en morceaux. Un éclatement symbolique des règlements de compte où passé et présent se confrontent pour mener au châtiment, la destruction, la dilution. Kinski y était magistral, sa présence absente lui donnant une allure de fantôme traversant un monde tourmenté et agonisant. En reprenant ses esprits, Jeremy se surprit à errer seul entre les rangées de squelettes. Lui aussi se sentait absent, comme un spectre du présent traversant une armée de morts venus d’un passé indéfini.
Et le vent apporta la violence... (..e Dio disse a Caino) Antonio Margheriti, 1969 Cinécinéma Classics, lundi 6 juin à 12h30


Arrivé chez lui après deux nuits blanches, Jeremy s’était effondré et sombra immédiatement dans un sommeil profond, mat et épuisé. Cette nuit-là, ses rêves lui laissèrent des souvenirs tristes et contrariés. Des images de son père avaient réveillé ce sentiment de malentendu, d’écart, de distance qui les séparait. L’un et l’autre ne s’étaient jamais disputés, mais depuis qu’il n’était plus enfant, ils n’avaient eu que des conversations finissant avant même d’avoir réellement commencé. Une relation banale où Jeremy croyait savoir qui était son père et où son père ne connaissait pas son fils. Le genre d’histoire dont on aurait pu écrire un mauvais roman contemporain, ou peut-être pas. Les images de son rêve avaient fini par se confondre avec ce film d’Eastwood, Honkytonk Man. Un film qu’il avait vu adolescent, durant l’une de ses longues nuits de solitude et d’absence où l’on creuse sa distance avec le monde. Jeremy avait fini en pleurs, c’était la première et dernière fois qu’un film d’Eastwood l’émut autant. C’était par l’histoire de ce père incarné à la perfection par Eastwood que Jeremy n’oublierait jamais Honkytonk Man. Son histoire suivie par le regard de l’enfant, un neveu, le fils adoptif. Derrière le destin de son musicien country, tuberculeux, en pleine dépression, Eastwood filmait encore et toujours la nostalgie d’une Amérique blessée mais en liberté. Sauf que ce cinéma du regret, dont il n’a jamais été un géant, en le plaçant du point de vue de Kyle Eastwood, change tout. C’est l’enfant qui regarde l’homme, l’avenir, qui prend modèle, place espoir, regarde l’adulte s’abîmer puis mourir. Soit l’histoire d’une fascination, l’amour d’un enfant pour le père, amené à prendre sa place, une marche à la découverte du monde, de la vie. Un film où l’on grandit, avec une fin déchirante, la musique est inoubliable. Jeremy se réveilla le cœur serré, il aurait aimé appeler son père, passer la journée avec lui, mais on n’était pas au cinéma.
Honkytonk Man
Clint Eastwood, 1982
TPS Cinétoile, jeudi 2 juin à 21h00


Une production Luc Besson réalisée par l’acteur de M.I.B.… Sa présence en compétition officielle me plongeait dans le plus grand scepticisme. Puis vint la projection. Et là, stupeur, le film était bien la surprise annoncée, un des plus originaux de la sélection. Avec un ton très libre, Trois enterrements brasse de multiples éléments sans jamais s’appesantir sur aucun. Tout au plus lui reprocherai-je une certaine afféterie dans son exposition. Grâce à divers retours en arrière, les points de vue se complètent et rendent compte de l’absurdité et de l’ignorance qui guident l’existence de chaque personnage. Il ne faut néanmoins pas s’étonner de ce côté alambiqué, puisque le scénariste Guillermo Arriaga est le collaborateur de A. G. Inarruti (Amours chiennes, 21 grammes), pas vraiment réputé pour la linéarité des ses narrations. Mais ce défaut est mineur au regard de l’ensemble. Nous sommes au Texas, à la frontière mexicaine, une ligne qui ne semble protégée que pour mieux justifier le racisme des citoyens américains. Melquiades Estrada est un immigré travaillant comme cow-boy dans cet Etat à la fois moderne et arriéré. Lorsqu’il est accidentellement tué par un garde-frontières, son ami Pete Perkins (Tommy Lee Jones) oblige ce dernier à transporter son corps à cheval dans son pays d’origine, de l’autre côté. Commence alors une lente traversée. D’une terre à l’autre, les paysages ne semblent plus faire qu’un. L’invisible partage n’affecte en rien les montagnes qui entourent nos trois cavaliers, corps putréfiés ou en sursis. La mort imprègne le désert et les rochers, nature indifférente aux pérégrinations du trio. Ils s’y enfoncent tels des voyageurs des limbes, croisant des clandestins émigrant au péril de leurs vies et un vieillard attendant le dernier soir. Et si la folie gagne du terrain, jamais n’est oublié l’essentiel : l’amitié et le respect de l’autre, jusque dans ses mensonges et illusions. Avec son style sec comme un visage ridé et son esprit frondeur digne des années 1960-1970, Trois enterrements marque l’entrée de T.L. Jones dans le cercle fermé des acteurs-réalisateurs importants.
Trois enterrements - Los tres entierros de Melquiades Estrada Sélection officielle – Compétition Réal. : Tommy Lee Jones ; Etats Unis, 2005 - 2h ; avec T.L. Jones, Barry Pepper, January Jones, Dwight Yoakam...


Paul attendait Jeremy en terrasse quelque part dans Paris. A son arrivée, Jeremy vit Paul froisser vivement une revue puis la jeter avec dégoût dans le caniveau. C’est fini, trop, c’est trop dit Paul. Quoi ? Les Cahiers c’est fini, c’est la dernière fois que je l’achète, je ne me ferai plus avoir, ils se sont positifiés. Jeremy avait beaucoup ri et trouvait cette remarque très juste. Il rajouta que tout était une question de langage, que si les Cahiers étaient devenus aussi mauvais et illisibles, c’était parce que plus personne ne savait y écrire et par conséquent penser (et surtout avoir le goût du risque), que pour eux désormais tout était pédagogie, qu’il n’y avait plus aucune idée sur le cinéma. Le langage, la parole, souviens-toi de Mankiewicz, il te l’a suffisamment démontré, une question d’intelligence. Mankiewicz était un intellectuel ajouta Paul, c’était ce qu’en disait Kirk Douglas : « Le seul défaut de Mankiewicz c’est qu’il est trop intellectuel (…) Mais quel talent ! ». Il l’avait dirigé dans Chaînes Conjugales. Et Le Reptile, avec Henry Fonda ! Oui, son western, rare d’ailleurs, très, jamais passé à la télévision, très peu vu en salles, pas très bien reçu à l’époque. Une rareté. Oui dit Paul, je paierai cher pour le voir. Ça tombe bien, ça va te coûter pas un rond, il passe ce soir sur le câble. Paul était stupéfait : le maître de la jouissance cynique, de la manipulation, des duels aux verbes, des vanités, des portraits psychologiques ciselés, de la mise en scène discrète, du cinéma de la transparence quasi bazinien, celui qui ne trichait jamais avec nous, dans l’une de ses œuvres introuvables. Paul était presque chancelant, il se remémorait les articles de Truffaut, Chabrol, Godard, Demonsablon sur ses films. Jeremy précisa que Ciment fût le seul à faire un entretien aussi long et rigoureux avec lui, pour le coup, la positifisation des Cahiers d’aujourd’hui. Paul rechigna et dû admettre que la revue avait eu ses beaux moments et de belles plûmes, comme Tailleur. Calmé, il recommanda une tournée.
Le Reptile (There Was a Crooked Man)
Joseph.L Mankiewicz
1969
TPS Cinétoile mardi 17 mai 05 à 21h00


Tu faisais quoi à Noël ? Famille, et toi ? J’ai regardé Le Fils du désert. C’est pas un Ford ça ? Si, en VO c’est 3 Godfathers, ça sonne mieux, et surtout c’est beaucoup plus juste. Et pourquoi Noël ? Parce que 3 Godfathers est un film de Noël. Ah. Oui, un grand western biblique à peine camouflé, un film sur la nativité. T’exagères encore. Non pas cette fois, tout le monde te le dira. C’est un peu comme Tokyo Godfathers. Le film de Satoshi Kon injustement non distribué en salles ? Ouais (tout comme Millenium Actress, son chef d’œuvre), c’est la même histoire, trois paumés trouvant un bébé. Chez Ford, c’est le désert de l’Arizona, il y a John Wayne, Pedro Almendariz et Harvey Carey Jr. Ils font même l’accouchement (John Wayne sage femme !) et se révèlent un peu comme les rois mages. Ça fait penser à Trois hommes et un couffin. C’est pareil, toujours la même histoire. Celle de Ford est plus symbolique ? Evidemment, elle est d’une grande humilité, montrant un sens du sacrifice qu’on voit aujourd’hui rarement à l’écran. Harvey Carey Jr est le fils de… Harvey Carey Sr, le film lui est dédicacé. Il avait joué chez Ford non ? Oui, dans ses premiers films, c’était un ami à lui. Jr on l’appelait Dobe, il avait travaillé pour l’unité photo de la Navy de Ford pendant la guerre. Il a joué plusieurs fois pour Ford, on l’a vu aussi chez Hawks et pas mal d’autres, mais jamais des rôles de premier plan. Et Almendariz ? Un Mexicain né pendant la révolution. Il a joué plusieurs fois pour Emilio Fernandez. Fernandez était acteur et réalisateur, il a tourné paraît-il un très beau film, Maria Candelaria, qui a eu le grand prix à Cannes en 1946, avec Pedro justement. Et en tant qu’acteur ? Il a joué pour Peckinpah dans ses chefs d’œuvre, surtout Pat Garett & Billy the Kid, un film dont je me souviendrai sur mon lit de mort. Pourquoi ? Parce que c’est un film de fin du monde "qu'on ne peut voir que tristement, avec une tristesse orgiaque, d'une intensité folle et d'un érotisme douloureux".


C’était quand déjà ? 1946. Il avait fait quoi, Ford, cette année là ? Rien, pour la seconde fois depuis 1917, il tourna qu’un seul film en un an. On dit que c’est l’un de ses plus beaux film Possible, sur 145 c’est dur à dire. Tu savais qu’il existe deux versions du film ? Oui, lorsque Zanuck a vu le montage de Ford, il a envoyé un mémo disant combien le film était réussi mais qu’il fallait des changements. Zanuck s’en est chargé ? Absolument. Zanuck, c’était pas lui l’un producteurs les plus importants de la Warner à 23 ans ? Si, le genre gros cigare et énorme libido, un vrai producteur quoi. C’est fini ce temps là, maintenant ils sortent d’écoles de commerce, plus aucune classe. Et ce titre ? Aucune poursuite infernale, en VO c’est My Darling Clementine. C’est beau. Très. Et Zanuck alors ? Il a coupé quelques plans, retourné d’autres, enlevé deux scènes intermédiaires et surtout rajouté de la musique. Tu l’as vu ? Pourtant t’étais pas né en 46 et t’étais encore moins à Hollywood. Non, je suis né une semaine après la mort de Ford, mais la Fox a éditée un DVD zone 1 où il y a les deux versions, tout est expliqué mais faut parler anglais. La version de Ford est mieux ? Pas vraiment, les deux se complètent. Celle de Zanuck est plus lyrique, soulignant l’émotion, celle de Ford est plus subtile. C’est un peu la vision du producteur contre celle du réalisateur. Et la fin ? Je vais pas te la raconter mais celle de Ford est plus forte. Pourquoi ? Parce que Zanuck a rajouté un plan (qui change tout) suite aux projections test. Et l’histoire ? Noire, riche, complexe c’est surtout une histoire d’amour avec pour arrière-fond les plus grandes légendes de l’ouest : Wyatt Earp, Doc Holliday, OK Corral, Deadwood, Tombstone. D’amour ? Ou de cul si tu préfères : Henry Fonda joue un grand dadais puceau qui rêve de sauter Cathy Downs, une jeune fille bien comme il faut, amoureuse de Victor Mature, véritable bombe sexuelle du film. Tout le film raconte presque la frustration et l’impuissance de Fonda, symbole d’une Amérique du passé, et celle de Mature, symbole d’une modernité belle, superbe mais condamnée par ses excès.


Tu connais Carlo Pedersoli ? Le nageur olympique italien des années 1950 ? Oui, c’est pas celui qui a changé de nom pour le cinéma ? Absolument, Bud Spencer. On l’imagine mal champion de natation. Et pourtant. Son rayon, c’est pas plutôt la bagarre et les baffes genre poids lourd entre Benny Hill et attraction foraine ? Si, surtout avec son ex-compère, Terence Hill, tu te souviens des Trinita ? Que trop, la 5, la chaîne à Berlusconi qu’il fallait sauver, les a tous passés. C’était mauvais, non ? Très, la honte de tous les cinéaste italiens considérant le western comme un genre noble, Leone en tête. Moi Bud Spencer, c’était le samedi après-midi avec mon père, Salut l’ami adieu le trésor, Quand faut y aller faut y aller, ça et les eskimos chocolat, à une époque où l’ouvreuse passait encore dans la salle. C’est un peu ta madeleine, quoi. Faut pas pousser, mais c’était mieux que le pop corn, la France n’est pas faite pour le pop corn. Et le film alors ? Une comédie western sans intérêt, si ce n’est pour son pasteur/shérif corrompu, summum du blasphème réuni en un personnage. Alors pourquoi t’en parles ? Parce qu’il y a Jack Palance. Et Bud Spencer. Aussi, mais surtout Palance qui à l’époque enchaînait les bis Italiens : Di Leo, D’Amato, Tessari, Corbucci (Sergio & Bruno), Lenzi. Du western en passant au polar, de l’érotique avec une adaptation de Sade par Franco à un biopic du Che (où il jouait Castro !), Palance c’était le genre de gars connu du peuple et des cinéphiles à une époque où ce mot avait encore un sens. Enfin presque, mais lorsque les gars on écrit City Slickers et l’ont appelé pour jouer Curly, ils se souvenaient de son rôle dans Revenge of a Gunfighter de Corbucci. Sans doute. Palance avait de la classe, sec, athlétique, moins mystérieux que Lee Van Cleef, même dans les pires séries B cet ancien boxeur était comme un aimant. Peintre, poète, parlant six langues, il était immense chez Aldrich. Dans Attaque ! Oui. Et maintenant ? Il tourne pour la télé, comme James Stewart à la fin de sa vie. Les stars à Hollywood s’éteignent à la télé. C’est triste. Non, elles ne meurent jamais.


Je sais même pas pourquoi ils ont appelé ça comme ça, sûrement un fantasme de distributeur. Saludos Hombre, c’est de l’espagnol, pour un film italien. Oui, mais c’était la révolution, regarde, 68, en plein dedans. C’est vrai, c’était aussi l’époque des premiers western zapatistes, ça donnait du cœur. Skorecki disait qu’il est un western crypto-marxiste, comme d’habitude il avait raison ; d’ailleurs Sollima, l’un des trois grands Sergio avec Corbucci et Leone, ne s’en est jamais caché. En anglais, le titre, c’est Run Man Run, suite détournée de The Big Gundown, filmée deux ans avant avec déjà le génial Tomas Milian et l’impérial Lee Van Cleef. Saludos Hombre est quand même mieux, non ? C’est vrai qu’il est mieux, c’est celui que Tarantino préfère. Entre les deux, il y a Face à Face, toujours avec Milian mais aussi Gian Maria Volonté, ça aussi c’était bien. Oui, Milian n’est plus Cuchillo Sanchez, mais ça reste un vrai cinéma politique. Un grand cinéma populaire vivant, pas penseur, sans hypocrisie, pas populiste. A l’écran on jubile, on a envie de prendre les armes, on chante, on court, on fait la révolution !Milian deviendra d’ailleurs l’un des acteurs les plus proches du peuple italien pendant les années 1980, avec ses innombrables séries policières post Dirty Harry vulgaires et comiques tournées par le frère de Corbucci, Bruno. C’était mauvais ça ? Oui assez. Mais Milian, c’est pas ce Cubain qui avait commencé à tourner chez quelques auteurs italiens dans les années 1950 ? Si, Pasolini, Bolognini, avant d’enchaîner une flopée de western, dont quelques chef d’œuvre, Django Kill de Questi, Companerôs de Corbucci, Four Gunmen of the Apocalypse de Fulci. C’est surtout son influence de James Dean et de l’Actors Studio de Kazan qui lui ont valu de faire du cinéma. Il a pas débarqué en Italie grâce à Cocteau ? Si. Welles le détestait sur le tournage de Tepepa de Petroni, non ? Toi, tu as lu le dossier spécial Italien Mad Movies. Et alors ? C’est un truc de cinéphile ça, c’est marrant, ça rime avec nécrophile.


Dorothy Malone, Kirk Douglas, Rock Hudson : ce casting de rêve réunit en 1961 par Robert Aldrich vaut à lui seul au film le titre de Reprise de la semaine, haut la main. Déjà présents dans les plus beaux mélo de Douglas Sirk, ce trio magique entraîne El Perdido, western en technicolor, vers des horizons inattendus. Cinéaste polymorphe et souvent très inspiré, Robert Aldrich semble peu préoccupé par les thèmes traditionnels du western, une genre déjà agonisant à cette époque. Tout juste se sent-il obligé d'en citer les grands clichés : poursuites à cheval, attaque des indiens pendant la transhumance du troupeau, chanteur solitaire au banjo... Mais ici, les deux cowboys principaux sont un hors-la-loi (Kirk Douglas) et le flic qui le poursuit (le grand dadais Rock Hudson). Evidemment, ils tombent tous les deux amoureux de la même femme (Dorothy Malone) mais, alors que l'un trouve ses faveurs, l'autre tombera petit à petit sous la séduction naïve et passionnée de... la fille de cette femme. Or cette fille, il l'apprendra bien assez tard, est aussi la sienne. Grand mélo tragique dissimulé sous les accoutrements du western, El Perdido déploie un romantisme noir qui accompagne la chute programmée de son personnage principal, amoureux éconduit puis terrassé par la Vérité. En ce sens, il s'agit là d'un parfait western crépusculaire, cet avatar torturé qui détourne les grandes bases de la période "classique" du western pour le conduire à l'orée de l'indéfinissable mais inéluctable "modernité". Une notion bien complexe, mais qui devient évidente à la vision du film. Un immanquable, donc !


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