Figure du patrimoine cinématographique et musical français, Bourvil, de son vrai nom André Raimbourg, emprunte son pseudonyme au petit village de Bourville, situé entre Dieppe et Fécamp, où il passe son enfance. Fils d'agriculteurs, on le destine à épouser une carrière de boulanger. Mais passionné par la musique, il préfère partir chanter dans les bals de campagne, avant d'aller, à la veille de la guerre, se produire dans les radios crochet de Radio Paris où il obtient un prix. Il joue alors avec ses origines paysannes, par sa démarche, son rire benêt, sa manière de simuler l'idiot du village. Après la démobilisation, il opte pour le cabaret en débutant Chez Carrère en 1942, prenant le pseudonyme qu'on lui connaît. Sa chanson «Les crayons » fait alors hurler de rire la France au point qu'elle est reprise dans son premier film,
La Femme du pendu (1945), un mélodrame paysan de Jean Dréville avec Charles Vanel.
Bourvil passe alors régulièrement à la radio dans des émissions de Jean-Jacques Vital et de
Francis Blanche, puis connaît un certain succès dans des opérettes telles que
La bonne hôtesse ou
La route fleurie, et au théâtre avec
Le bouillant Achille de Paul Nivoix. Durant une dizaine d'années, le cinéma lui confie des rôles souvent similaires. Il est l'éternel imbécile heureux qu'on décuple à toutes les sauces, aussi bien en laveur de carreaux dans
Par la fenêtre (1948) de Gilles Grangier, qu'en gendarme dans
Le Roi Pandore (1949) d'André Berthomieu, ou en valet avec
Les trois mousquetaires d'André Hunebelle (1953). Tour à tour acteur de second ou premier plan, notamment chez Jean Boyer pour
Le Passe muraille (1951), Bourvil n'est pourtant pas ni homme ni comédien aussi bêtes que ses personnages ruraux dans lesquels on l'enferme. Chez Henri Georges Clouzot dans
Miquette et sa mère (1950), puis dans
Si Versailles m'était conté (1954) de
Sacha Guitry ou encore
Seul dans Paris (1951) de Hervé Bromberger, il montre un autre talent, moins caricatural, qui prouve sa capacité à jouer des rôles plus complexes voire dramatiques.
C'est en 1956, avec
La traversée de Paris de
Claude Autant-Lara que Bourvil obtient la consécration matérialisée en un prix d'interprétation à Venise. Partageant l'écran avec deux autres monstres de notre folklore national,
Jean Gabin et
Louis de Funès, Bourvil marque le public. Son rôle de trafiquant du marché noir froussard facilite l'identification du Français moyen de l'époque pour qui la guerre n'était pas si loin et ce genre de personnage familier. Par la suite, Bourvil alterne. Quoiqu'on le retrouve souvent dans des prestations comiques, notamment chez
Gérard Oury avec les hits de notre enfance :
Le corniaud (1965),
La grande vadrouille (1966),
Le Cerveau (1969), il ose aussi des personnages plus riches (
La jument verte (1959) de Claude Autant-Lara), ou plus complexes (
Le Miroir à deux faces (1958) d'André Cayatte). On le retrouve aussi chez
Jean-Pierre Mocky, pour qui il joue parmi ses rôles les plus insolites sinon subversifs : pilleur d'église dans
Un drôle de paroissien (1963) ou professeur en lutte contre la télévision dans
La grande lessive (1968). Mais sans doute ce qu'on considère souvent comme son plus grand rôle, Bourvil le trouve quelques temps avant de décéder avec
Le Cercle Rouge (1970) de Jean Pierre Melville, un chef d'œuvre du polar français, par son maître, où l'acteur partage l'affiche avec
Delon,
Montand et Gian Maria Volonté. Il est alors méconnaissable dans le rôle du commissaire Mattei, une interprétation dramatique comme on ne lui en avait jamais connu.