Révélé tardivement au grand public, Bruno Ganz possède une des filmographies les plus riches du cinéma européen, tournant depuis le milieu des années 70 avec de nombreux auteurs de prestige. Après un service militaire en Suisse, il commence en Allemagne une carrière au theâtre, très prolifique et fertile: il intègre par exemple la célèbre troupe de la Berliner Schaubühne, où il fait la connaissance du metteur en scène et futur réalisateur Peter Stein. En 1967, Bruno Ganz, alors âgé de 26 ans, tourne dans
Haut les mains du polonais Jerry Skolimowski, réalisateur maudit qui sera par la suite idolâtré par de nombreux cinéastes, tels que
David Cronenberg. Ganz continue le théâtre et se voit consacré en 1973 acteur de l'année par le magazine Theater heute.
C'est plus tard, en 1976, que son rôle dans
La Marquise d'O... d'
Eric Rohmer, lui ouvre définitivement le chemin du cinéma. Suivent alors de nombreux films de la nouvelle génération allemande, comme
L'ami américain de
Wim Wenders (aux côtés de
Dennis Hopper),
La Femme gauchère de
Peter Handke,
Nosferatu, fantôme de la nuit de
Werner Herzog ou
Le Faussaire de
Volker Schlöndorff, dans lequel il incarne un reporter allemand couvrant la guerre du Liban. Il campe également un marin esseulé dans le film de son compatriote Alain Tanner,
Dans la ville blanche, admirable évocation de Lisbonne. Attiré par les rôles politiques ou marquants, Bruno Ganz connaît un premier sommet avec le rôle de l'ange Damiel dans
Les Ailes du désir de
Wim Wenders, triomphe critique de l'année 1987. Il tourne ensuite avec quelques réalisateurs italiens, avant qu'une Palme d'Or au Festival de Cannes vienne récompenser sa collaboration avec
Théo Angelopoulos pour
L'Éternité et un jour, en 1998 (il y joue un écrivain).
Il s'investit ensuite dans des projets atypiques et décalés, tels que
Qui a peur de Virginia Woolf ou
Pain, Tulipes et comédie. Si l'acteur fait un détour par le cinéma américain avec
Un crime dans la têtede
Jonathan Demme, c'est en 2005 que sa carrière connaît un tournant, avec son rôle le plus risqué, celui d'Adolf Hitler dans
La Chute d'Olivier Hirschbiegel. Si la sortie du film donne lieu à quelques polémiques (qui concernent notamment la notion de réprésentation du mal), la performance glaçante de Bruno Ganz est unanimement reconnue. Ce rôle lui ouvre de nouvelles portes, comme celles de l'oeuvre de
Francis Ford Coppola pour
L'Homme sans âge, première réalisation du maître américain après 10 ans de silence, qui traite également de la fin des années 1930 et du nazisme. Bruno Ganz a été fait chevalier de la Légion d'honneur en avril 2007.