Carlos Saura



Carlos Saura Nationalité : espagnole
Naissance : 04 janvier 1932 à Huesca
Age : 77 ans
Métier : Réalisateur
Cannes 1968 : le revival
Le souvenir de Mai 1968 s’invite au prochain...
Carlos Saura est l'une des plus grandes figures de l'histoire du cinéma espagnol. Il s'est distingué à travers un œuvre riche, puissante, complexe, cultivée, partant du néoréalisme au symbolisme pour mieux détourner la censure du franquisme et éclairer les détails les plus troublants de sa société. Issu d'une famille d'artistes où la mère est pianiste et le frère peintre, il reçoit dès l'enfance une importante formation artistique qui développera chez lui une intuition précise et rigoureuse. Photographe à l'adolescence, apprenti cinéaste à dix huit ans, étudiant à l'Instituto de Investigaciones y Estudios Cinematograficos à vingt (où il enseignera ensuite jusqu'en 1963), toute sa jeunesse porte déjà les racines d'un apprentissage solide, varié, fouillé, qui le porte à faire du cinéma avec un sens aigu de la représentation et du patrimoine cinéphilique mondial. Dans ses premiers films courts, puis longs : La Tarde del domingo (1957), Cuenca (1958), Los Golfos (1960), il tente de poser les bases d'un néoréalisme espagnol. Des italiens, il emprunte ce désir de contact avec le réel, le peuple, les marginaux, cette quête d'identité culturelle, historique et sociale. Quittant ensuite le terrain du réalisme avec Les Bandits (1964), il s'attaque à une critique de la figure mythique du hors-la-loi au 19ème siècle. Saura vit alors son premier conflit avec la censure, on nage en plein franquisme, le film est mutilé, l'auteur le renie. Ce n'est que le début.

Désormais Saura s'adapte aux conditions fascisantes de son pays en s'engageant dans une série d'œuvres où pour échapper à la censure, il met au point une nouvelle esthétique, plus cryptée, parcourue de symbolisme, de jeu sur la réalité et le fantasme, la mémoire, l'inconscient. Il visite désormais le poids du passé, les frustrations et les humiliations vécues par les habitants de son pays à travers des œuvres rigoureuses et sophistiquées destinées à un public exigeant et confidentiel. Il bâtit ainsi un langage poétique et critique décortiquant le puritanisme pervers et omniprésent de sa société. La famille bourgeoise, l'enfance, sont les motivations récurrentes de son cinéma, qu'il analyse et développe au travers d'une mise en scène très précise, très théorique, où sans passer par les conventions habituels de montage, il fait vaciller la réalité : passé et présent cohabitent, réel et imaginaire se côtoient. Ces films seront alors Peppermint frappé (1967), Stress-es tres tres (1968), La Madriguera (1969), Le Jardin des délices (1970), Anna et les loups (1973), La Cousine angélique (1974). Autant de jeux sur le temps et la mémoire, des traces maudites infectant l'inconscient, le parasite, via pour ces derniers une expertise secrète mais douloureuse du franquisme. Son cinéma est alors de plus en plus élaboré, opaque, difficile d'accès mais sans cesse plus virtuose et riche, conscient de ces moyens et salvateur pour la société espagnole dont il filme les démons.

Rien n'arrête la musique


Avec Cría cuervos (1976), il obtient enfin la consécration internationale en recevant le grand prix du jury au festival de Cannes. Ce film, le plus connu dans la filmographie de Carlos Saura (notamment pour son tube qu'on peut encore entendre parfois), reprend l'un des thèmes phares de son œuvre : le rapport de l'enfant à l'adulte, lui-même face à sa propre infantilisation, son passé. Œuvre dure, considérée parfois comme morbide, Cria Cuervos est l'un des derniers films de l'auteur tournés durant la période franquiste qui s'achève peu de temps après sa sortie, à la mort du dictateur en 1975. L'artiste, époux de Géraldine Chaplin, aux génériques de neuf de ses films, va alors être confronté à un nouveau système politique et social où son cinéma crypté perd progressivement sa raison d'être. Tout en persévérant sur les thèmes qui ont fait son succès et en maintenant un niveau d'exigence esthétique égale à celui de ses chefs-d'œuvre, ses films sont accueillis avec plus de réserves. Cela ne l'empêche pas quelques brillantes réussites comme Elisa, mon amour (1977), considéré parfois comme une œuvre majeure de sa filmographie. Mais l'auteur s'égare, avec Yeux bandés (1978), Maman à cent ans (1979), Vivre vite (1981) ou Doux moments du passé (1982), il hésite, se disperse. Entre la tentation de renouer avec le néoréalisme ou de ressusciter les recettes de ses succès, il n'arrive plus réellement à convaincre.

Toutefois le cinéaste tourne, enchaîne les films. Il se destine progressivement vers des expériences transdisciplinaires mêlant le cinéma à la musique et la danse : Carmen (1983), El Amor brujo (1986), Flamenco (1995), Tango (1998), Salomé (2002),  Iberia (2005), Fados (2007). Il laisse alors libre cours à son imagination et son talent visuel. Depuis les années 80 l'auteur navigue ainsi entre des œuvres d'approches différentes, passant d'Antonieta (1982) sur le destin d'une jeune Mexicaine aventurière, à El Dorado (1998) avec Lambert Wilson, sur l'un des épisodes les plus connus de la conquête de l'Amérique du sud. En 1992 il réalise un documentaire sur les jeux Olympiques de Barcelone, Marathon ; un an plus tard, il met en scène le méconnu Antonio Banderas dans Dispara ! (1993), puis revient aux conditions sociales et politiques de son pays en filmant la relation entre une jeune fille et son père appartenant à une faction fasciste dans Taxi (1996).  Après Pajarico (1997) où il revisite ses thèmes favoris, l'enfance et la mémoire, il réalise un biopic de l'un de ses peintres préférés, Goya (1999), puis se lance dans un portrait personnel des papes du surréalisme espagnol avec Buñuel y la mesa del rey Salomon (2001) - le film ne sortira jamais sur les écrans français. Il aura plus de chacune avec Le 7ème jour (2004), une histoire de vengeance sur fond de tragédie familiale, hélas plombée par une mise en scène hésitant entre pompiérisme et académisme. Cinéaste prolixe, Carlos Saura prépare enfin un musical autour de la création de Don Giovanni (2009).

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Personnalités associées à Carlos Saura

Collaborations Antonio Banderas, José Garcia, Lambert Wilson, Victoria Abril

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