Catherine Hardwicke s'est fait connaître en 2003 avec un premier film coup de poing,
Thirteen. Avant de passer à la réalisation, cette originaire du Texas débute sa carrière professionnelle comme architecte, puis elle de se dirige au milieu des années 80 vers Hollywood où elle devient production designer. Elle entame ainsi son nouveau métier avec
Skate Gang (David Winters, 1986), un pur produit des eighties inoubliable pour ceux qui ont le malheur de palper la VHS dégotée quelque part dans un vidéo club. Une histoire de gang donc, et de skateboard, sur fond de love story, avec en plus
Josh Brolin en héros. Un film prémonitoire pour Hardwicke, mais on y revient. Elle enchaînera par la suite les séries B :
I'm Gonna Git You Sucks (1998),
Sanglante paranoïa (1990),
Passed Away (1992). En 1993 elle travaille sur le western black de
Mario Van Peebles,
Posse, la revanche de Jessie Lee, puis sur celui de George P. Cosmatos,
Tombstone avec
Kurt Russell et
Val Kilmer, sa première production plus ambitieuse. On la retrouvera ensuite au générique de
Tank Girl (Rachel Talalay, 1995), de
SubUrbia (1996) de
Richard Linklater, de
Mad City pour Costa Gavras avec
John Travolta et
Dustin Hoffman, ou encore des
Rois du désert (1999) de David O Russel avec
George Clooney et
Mark Wahlberg, et
Vanilla Sky (2001) de Cameron Crowe avec
Tom Cruise. Ayant acquis ses galons dans le métier en près de 15 ans de bons et loyaux services, Hardwicke se lance enfin dans la réalisation en 2002 avec
Thirteen.
Ecrit en collaboration avec Nikki Reed, la fille d'un de ses petits amis,
Thirteen fait l'effet d'une bombe. Interprété par la surdouée
Evan Rachel Wood et
Holly Hunter dans le rôle de sa mère, le film raconte les déboires d'une adolescente de treize ans s'initiant un peu trop tôt au sexe, à la drogue et l'alcool, le tout sur fond de relations familiales tendues. Hardwicke saisit avec une finesse de chaque instant les trajectoires des personnages : l'enfance qui se craquèle chez l'une, entre la crise adolescente et l'extase illicite des interdits, et le renoncement de l'autre, noyée dans ses principes post sixties, désespérément attachée à une libération des mœurs qui s'emballe, incontrôlable, et devant laquelle elle tente de rester une mère. Un film tout en affects, en tensions, en creux, en ambigüités, toujours sur le fil du rasoir des sentiments, sans jugement ni morale, seulement un portrait attaché et attachant, d'une générosité immense, sans putasserie, sans effet choc gratuit. Un coup de maître récompensé aux festivals de Deauville, Sundance ou encore Locarno. Deux ans plus tard, teenagers toujours, Hardwicke hérite du biopic écrit par Stacy Peralta,
Les Seigneurs de Dogtown (2005), avec
Emile Hirsch et
Heath Ledger. Le film suit l'histoire des pères fondateurs du skateboard en Californie (on en revient donc à
Skate Gang, mais en plus authentique). La réalisatrice témoigne à nouveau d'une grande sensibilité tout en rendant un bel hommage, modeste et juste, à la culture skate, dont elle saisit avec intelligence les fondations de sa communauté de désir.
Après deux films où Hardwicke a su épouser avec force le mouvement et la vitalité propre à la jeunesse, dans ses illusions et ses désillusions, ses rêves et sa candeur, son appétit naturel et salvateur pour la perversité, à travers des films formellement en phase avec leur sujet, la réalisatrice change complètement de registre et tourne
La Nativité (2006). Surprenant de retrouver la cinéaste aux basques de Joseph et Marie en marche vers Bethléem pour la naissance du Christ. Elle suit les textes évangéliques, tente de resituer le contexte historique, ses paysages, son quotidien, avec une imagerie qui sans tomber dans le spectaculaire opte malgré tout pour la stylisation. Le film sera montré en avant-première au Vatican, et ne déchainera pas l'enthousiasme des foules ni de la critique. Trois ans plus tard, elle change à nouveau son fusil d'épaule tout en revenant à l'adolescence avec
Twilight (2008), l'histoire d'une jeune fille solitaire tombant amoureuse d'un vampire. Le film est une adaptation des romans éponymes et vendus à plusieurs millions d'exemplaires de
Stephenie Meyer. Il réunit les jeunes comédiens
Kristen Stewart et
Robert Pattinson, ainsi que Nikki Reed qui depuis
Thirteen mène une carrière d'actrice.