Il est l'une des figures les plus populaires du cinéma américain, tout à la fois admiré, adulé par des cinéastes comme
Quentin Tarantino qui lui a dédicacé
Kill Bill : volume 2, que raillé et critiqué pour avoir incarné l'archétype du réactionnaire ultraviolent. Fils d'immigrés lituaniens, d'abord mineur de fond avec son père et ses frères, puis mitrailleur sur un bombardier durant la Seconde guerre mondiale, Charles Dennis Buchinsky, alias Charles Bronson, commence par obtenir de petits rôles au théâtre avant de débuter timidement au cinéma chez Henry Hattaway dans
La Marine est dans le lac (1951). Ses origines slaves, son visage buriné, ses yeux d'aigle bridés, son regard insondable et sa musculature de boxeur le poussent durant la première partie de sa carrière (1951-1960) vers des personnages d'origine étrangère ou des films d'action, fantastiques, westerns ou policiers :
L'homme au masque de cire,
La chasse au gang et
Le Chevalier traqué (André de Toth, 1953 / 1954),
Bronco Apache et
Vera Cruz (Robert Aldrich, Id),
L'Aigle solitaire (Delmer Daves, Id), pour lequel il adopte son nom de scène, ou encore
Le jugement des flèches (
Samuel Fuller, 1957).
Parallèlement il apparaît très fréquemment à la télévision (et jusque vers la fin des années soixante), dans d'innombrables séries aux genres divers et variés telles que
Stage 7,
The Doctor,
Wire Service,
Medic, Crusade,
Studio 57,
The Millionaire,
Colt 45,
Sheriff of Cochise,
Gunsmoke,
Have a Gun - Will Travel,
Bonanza, ou encore
Le Fugitif. Les plus populaires et réputées seront
Man With a Camera (1958-1960) où durant 28 épisodes il incarne Mike Kovac, héros de cette série et ex reporter de guerre venant en aide à la police de New York ; puis les célèbres
Alfred Hitchcock présente (1956-1962) pour trois épisodes, et
La Quatrième dimension (1961, un épisode). Il est également en tête d'affiche de quelques séries B comme (
Mitraillette Kelly Roger Corman, 1958) ou
Le Syndicat du crime (
Gang War, Gene Fowley Jr., Id).
Virages
Les sept mercenaires (John Sturges, 1960), remake américain du classique d'
Akira Kurosawa Les Sept samouraïs, ouvre la seconde partie de sa carrière (1960 - 1967). Le succès du film et sa présence remarquée (sa série
Man With a Camera l'ayant aussi aidé à faire connaître son visage), les studios lui ouvrent les portes de productions plus importantes où il va s'installer en tête d'affiche avec des cinéastes de plus grande renommée :
La grande évasion (John Sturges, 1963), aux côtés de
Steve McQueen ;
Le chevalier des sables (1965) de
Vincente Minnelli avec
Elizabeth Taylor,
Richard Burton et Eva Marie Saint ;
Propriété interdite (1966), second film de Sidney Pollack, écrit par
Francis Ford Coppola d'après une pièce de
Tennessee Williams .
Les douze salopards (1967) enfin, où il retrouve Robert Aldrich, le rend célèbre. Le film est un immense succès populaire et international, Bronson va pouvoir enfin abandonner définitivement la télévision.
Commence alors la troisième partie de sa carrière, celle de la star internationale qui curieusement l'oblige à revenir, parfois, à ce qu'il fût à ses débuts, un personnage typé pour des réalisateurs misant sur sa seule présence, ce visage si singulier. Ainsi de
Adieu l'ami (Jean Herman, 1968), avec
Alain Delon ;
Il était une fois dans l'Ouest (
Sergio Leone, Id), l'un de ses rôles les plus célèbres : l'homme à l'harmonica qui traumatisera des générations de spectateurs par sa présence énigmatique, sourde et secrète ;
Le Passager de la pluie (René Clément, 1969), avec
Marlène Jobert et Annie Cordy ;
La cité de la violence (Sergio Sollima, 1970), polar nerveux, sec et exsangue qui fait parfois penser à
The Killer de
John Woo ;
Soleil rouge (Terence Young, 1971) et son casting international d'époque : Ursula Andress,
Alain Delon,
Toshiro Mifune . Dans les films conçus pour son épouse, Jill Ireland :
De la part des copains (Terence Young, 1970),
Quelqu'un derrière la porte (Nicolas Gessner, 1971), puis dans ceux réalisés par Michael Winner, dans lesquels est souvent confié un rôle à sa femme,
Le flingueur (1972),
Le Cercle noir (1973), il devient un héros tout-puissant et sans sensibilité. Seul
Mister Majestyk (1974) de Richard Fleischer nuance un peu cette période.
Un justicier est né
Période clé où une page se tourne à nouveau lorsque Bronson joue pour Michael Winner dans le célèbre
Un Justicier dans la ville (1974). Le film de vigilante, d'auto-défense, le plus célèbre ; un véritable symptôme d'une époque où l'acteur incarne l'archétype du réactionnaire en quête d'un retour à l'ordre et la justice par les armes face à des institutions en déshérence ; une sorte de pulsion primaire devant la psychose et la paranoïa ambiante dont il serait à la fois le remède et le virus. Devant certaines réactions très négatives à la sortie du film, l'acteur tente de défaire les clichés qu'il a lui-même installés, d'échapper à cette image fascisante en s'illustrant dans d'autres rôles qui iront jusqu'à tourner en dérision son personnage de justicier :
C'est arrivé entre midi et trois heures (Frank D. Gilroy, 1976). Don Siegel lui offre ensuite un thriller honnête avec Lee Remick,
Un espion de trop (1977), mais les navets ou les échecs s'enchaînent, le succès n'est plus au rendez-vous. Acculé, boudé par le public, l'acteur se laisse aller et revient, huit ans plus tard, nettoyer la ville de sa racaille. Il sort
Un Justicier dans la ville n°2 (Michael Winner, 1982), puis 3, 4 et même 5 en 1994, alors que l'acteur est vieillissant, fatigué, qu'il n'a plus peur d'être un cliché, il amuse davantage qu'il ne scandalise.
Dans les années 80 et plus largement celles qui suivront, Bronson choisit la facilité, il s'enferme volontiers dans cet archétype de vengeur sans nuance et ultraviolent qui ravira certains amateurs de films aberrants qu'ils prennent au second degré. Outre la série
Un justicier dans la ville, il est à l'affiche de diverses productions commerciales du même tonneau où il retrouve systématiquement son vieux complice, Jack Lee Thompson, qui lui aussi est en chute libre :
Le justicier de minuit (1983),
L'Enfer de la violence (1984),
La loi de Murphy (1986), jusqu'au pathétique
Kinjite, sujets tabous (1989) aux relents décidément nauséabonds. Malgré sa présence insolite et inoubliable dans
The Indian Runner (
Sean Penn, 1991), où il installe une chape de plomb par son silence et sa solitude, Bronson rentre dans les années 90 comme un outsider, un fantôme. Sauf son énième et aussi désespéré que désespérant retour au vigilante avec le cinquième
Death Wish, il termine sa carrière par là où il a commencé, à la télévision, dans la série de téléfilms,
Family of Cops, connus ici sous les titres :
Tel père...tel flic ! (Ted Kotcheff, 1995),
Le Justicier braque la mafia (David Greene, 1998) et
Le Justicier reprend les armes (Sheldon Larry, 1999). Pas de quoi adoucir son image. A Hollywood c'est courant, les mythes finissent dans l'oubli ou dans la médiocrité la plus totale, le plus souvent délimités par le petit écran. Heureusement, c'est ce que l'Histoire ne retient généralement pas.