Chris Marker



Chris Marker Nationalité : française
Naissance : 21 juillet 1921 à Neuilly sur Seine
Age : 88 ans
Métiers : Réalisateur, Essayiste, Ethnologue
Le hasard a des intuitions qu'il ne faut pas prendre pour des coïncidences.
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Chris Marker demeure l'une des personnalités les plus iconoclastes et insaisissables voire secrètes (aucune image de lui ne circule) du cinéma français. Auteur d'une quarantaine de films, il est aussi et surtout un poète, un essayiste (littéraire et cinématographiques), à la fois photographe et ethnologue. Son œuvre, unique et inclassable, est d'abord celle d'un infatigable rêveur, témoin privilégié de son temps dont il a su capter les révolutions sociales, politiques et culturelles, avec une acuité ludique annonçant les grands bouleversements techniques de la sphère audiovisuelle. Mêlant argentique, numérique, prises de vue variées (photo, cinéma, vidéo), cinéma direct et images d'archives, ses films sont autant de kaléidoscopes d'un présent (ou d'un passé) qu'il a su magnifiquement délesté de ses contraintes purement documentaires.

Voyageur solitaire


Licencié en philosophie, qu'il a étudiée auprès de Jean-Paul Sartre, Chris Marker se fait d'abord écrivain, en signant des nouvelles et divers ouvrages, notamment le roman Le Cœur net (1949) et l'essai Giraudoux par lui-même (1952), après s'être engagé auprès des FTP (Francs Tireurs Libres) durant la Seconde Guerre mondiale. Puis, à la demande de l'UNESCO, il se fait voyageur solitaire, avec la précieuse mission de faire du cinéma l'outil éducatif de demain. Dès lors, en parallèle de son travail éditorial aux éditions du Seuil, au sein desquelles il a crée la collection de livres de voyages « Petite planète » qui bouleversa les normes de mise en page par son approche héritée du montage cinématographique, et de ses contributions à diverses revues (dont les Cahiers du cinéma), Marker n'aura de cesse de parcourir le monde. Ses récits de voyage prennent alors la forme d'essais cinématographiques, entre images documentaires et commentaire littéraire, où il se dessine et se raconte en filigrane en tant que témoin des événements internationaux majeurs dont il se fait aussi le garant de la mémoire.

Véritable artisan du court-métrage, format qu'il n'aura de cesse de défendre et profondément revitalisé, Marker entreprend dès 1952 une longue série de films aux approches et sujets variés. A ce titre, Olympia 52, son premier essai, qu'il tourne durant les Jeux Olympiques d'Helsinki, pose les bases de son concept de documentaire subjectif où la dimension sonore, essentiellement verbale (un commentaire en voix off), tend à prévaloir sur le tout puissant règne des images. L'année suivante, il co-réalise avec Alain Resnais, rencontré par le biais de l'association Peuple et Culture, Les Statues meurent aussi (1953), commande de la revue Présence africaine. S'interrogeant sur la place de l'art nègre au sein de la culture occidentale, le film est une véritable dénonciation de la politique colonialiste française et sera, en guise de représailles, frappé d'interdiction durant près de huit ans, en dépit de son prix Jean Vigo.

Cinéma et militantisme

Assistant de Resnais sur Nuit et Brouillard (1955), abordant le sujet des camps de concentration nazis, Marker tourne ensuite, pour son propre compte, en Chine communiste Dimanche à Pékin (1956) et en Israël Description d'un combat (1960), tout en écrivant une Lettre de Sibérie (1960) dans laquelle il s'amuse à bouleverser les normes classiques du documentaire en proposant trois commentaires différents lors de la vision de la même scène. Ainsi ce jeu ludique tend à incarner le principe essentiel du cinéma de Marker selon lequel le texte fait vivre l'image, et non l'inverse. Après Cuba si (1961), réalisé lors du premier anniversaire de la révolution cubaine, il se lance dans l'écriture de sa première et unique fiction, si cette classification tend à avoir un sens dans l'œuvre de Marker, paradoxalement son film le plus connu, La Jetée (1962). Court récit de science-fiction, dont le sous-titre « roman photo », dévoile l'intégralité de son dispositif, à l'exception d'une singulière image, La Jetée est une exploration des mécanismes de la mémoire d'une poésie rare aux influences hitchcockiennes (Sueurs froides / Vertigo, 1958) dont la prestigieuse réputation n'est point usurpée et l'influence encore palpable comme en témoigne L'Armée des 12 singes (1995) de Terry Gilliam.

Toujours à l'affût des nouvelles mouvances esthétiques et techniques, il se lance en 1963 dans l'aventure du cinéma direct avec Le Joli mai, son premier long-métrage, consacré aux répressions policières parisiennes qui se sont déroulées l'année précédente et dont le commentaire est assuré par Yves Montand. Puis, sur le modèle de La Jetée Marker réalise un nouveau montage /collage photographique, Si j'avais quatre dromadaires (1966), journal de voyage ode à l'unanimisme, tenu entre 1955 et 1965. L'année suivante, le film éponyme qu'il consacre à la grande grève de la Rhodiaceta (1967) à Besançon l'amène à fonder les groupes Medvedkine, auxquels participera entre autres Jean-Luc Godard, véritable hommage au ciné-train du grand cinéaste russe. Incitant les ouvriers à prendre eux-mêmes la parole et surtout la caméra, Marker devient ainsi l'instigateur d'une série de pamphlets consacrés aux mouvements sociaux français et qu'il supervise, à l'image de Classes de lutte (1969).

Oeuvre de mémoire

En parallèle de ses activités militantes comme la création en 1968 de SLON (Service de Lancement des Œuvres Nouvelles), une coopérative cinématographique, documentaire et politique, ou sur le même modèle ISKRA en 1974, Marker participe aussi au film collectif Loin du Vietnam (1967) où il retrouve notamment Godard et Resnais, en compagnie de Joris Ivens, William Klein, Claude Lelouch et Agnès Varda. Puis, il co-signe avec François Reichenbach La Sixième face du Pentagone (1968) sur la marche de protestation organisée par la jeunesse américaine en opposition à la guerre du Vietnam ; Le Train en marche (1971) avec Alexandre Medvedkine ; L'Ambassade (1973), ahurissant documenteur ; et La Solitude du chanteur de fond (1974) sur lequel il retrouve Yves Montand. Trois ans plus tard, il renoue avec ses aspirations sociologiques et politiques en signant l'un de ses films essentiels, Le Fond de l'air est rouge (1977), où il se livre à une brillante analyse des mécanismes révolutionnaires inhérents aux années 60 et surtout de leurs conséquences.

Continuant de tourner régulièrement, Marker multiplie alors les œuvres complexes et réflexives sur la mémoire, et ses corollaires - le souvenir ou l'oubli - qu'il construit comme autant d'en-quête convoquant l'intime, le personnel, et le collectif, l'Histoire, à l'image de Sans Soleil (1983) ou de Level Five (1997) où transparaît notamment son attachement à la civilisation japonaise. Formidable portraitiste de cinéastes, comme en attestent A.K (1985) consacré au tournage du dernier film de Akira Kurosawa, Ran, Le Tombeau d'Alexandre (1992) dédié à la vie et l'œuvre de Medvedkine ou Une Journée d'Andrei Arsenevitch sur Andrei Tarkovski (TV, 2000), Marker n'en n'oublie pas pour autant sa vocation première d'ethnologue et poursuit son travail d'exploration géographique et historico-culturelle, qu'il s'agisse de comprendre l'héritage de la Grèce Antique sur le monde moderne dans la série documentaire L'Héritage de la chouette (1989, TV) ou de se pencher sur l'art de la rue du collectif CHAT dans Chats perchés (2004, TV).

Homme d'images et artiste multimédia avant l'heure, Chris Marker est aussi l'auteur et le concepteur de l'installation Zapping Zone et du cd-rom Immemory, dans lesquels il s'amuse à entremêler fictions et mémoires au sein d'un entrelacs de supports audiovisuels. En somme, deux magnifiques synthèses de son œuvre et de sa conception si personnelle de l'homme, de l'espace et du temps.

Personnalités associées à Chris Marker

Collaborations Yves Montand, Jean-Luc Godard, William Klein, Alain Resnais, Akira Kurosawa, Agnès Varda

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