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Après Contrôle d'identité, Christian Petzold sort en France deux films simultanément, Yella et Jerichow. Il revient pour nous sur ses film et sur la vitalité retrouvée du cinéma allemand, qu'il incarne en partie.
- Lire la critique de Jerichow
Jerichow est inspiré du Facteur sonne toujours deux fois. Quelles sont les ressemblances entre votre film et le livre ?
Je n'ai utilisé que les 20 premières pages du livre. J'ai utilisé la même constellation à trois, mais je l'ai modernisée. Par exemple, Laura n'est pas juste une jolie blonde, une femme fatale. Elle a sa propre complexité.
A la fin, Laura et Thomas avaient la possibilité de faire quelque chose de correct, ils ne l'ont pas fait. Lorsqu'ils quittent les lieux, leur âme est morte. La fin est presque biblique.
Ali, l'un des personnages du trio est turc, Thomas et Laura sont allemands. Pourquoi avez-vous choisi un personnage turc ?
Ali vit la tragédie des émigrés qui essaient de devenir allemand, de trouver une patrie, un foyer en achetant et construisant. Plus Ali achète, plus il construit. La question des émigrés turcs et du racisme allemand est importante. Dans le livre Le facteur sonne toujours deux fois, le mari est grec, c'est un peu la même problématique.
Il est vrai que sa nationalité souligne un peu le fait qu'il soit différent des deux amants. Ils sont deux contre un, et c'est sur ça que repose le film. Ali a de l'argent, il a réussi professionnellement, il sait danser... Les deux autres n'ont rien, ils sont vides.
Certains disent que vous seriez l'héritier de Fassbinder et Wenders.
Je suis forcément influencé indirectement par ces réalisateurs, car j'ai vu beaucoup de leurs films. Je pense que je tiens de Wenders mon regard sur le paysage, ce regard de l'ensemble qu'il a, mais je ne le tiens pas consciemment. Mes modèles sont plutôt Chabrol et tout Hollywood.
Tout Hollywood ?
Tout, sans exception.
Qu'est-ce que vous aimez chez Chabrol ?
Il peut faire cinq chefs d'oeuvre à la suite sans faillir. Ses films sont comme une micro-industrie, tout comme les films de Truffaut, de Fassbinder, de Godard, et tout comme les films de l'école berlinoise.
Au sujet de l'école berlinoise, que certains appelent « la nouvelle vague allemande » : quel y est votre rôle ? Comment définiriez-vous cette école ?
Plus qu'une nouvelle vague, il s'agit d'une tendance. Aujourd'hui pour être réalisateur en Allemagne il faut passer par une académie de cinéma. Il n'y a plus d'apprentissage sur le terrain, auprès des réalisateurs, comme au temps de la Nouvelle Vague française.
Lorsque vous faites un film, il y a deux possibilités : soit vous le produisez pour la télévision, soit c'est un film d'art, souvent fait par les étudiants des écoles de cinéma. Il n'y a pas d'entre-deux.
Les réalisateurs de l'école berlinoise, sortant quasiment tous d'une académie de cinéma, ont essayé de reconstruire cette entre-deux qui avait disparu, cette micro-industrie. Lorsque nous étions encore étudiants nous regardions des films de grands réalisateurs, de Fassbinder ou Godard par exemple pendant des semaines, des mois entiers, et en parlions ensemble. Nous voulions quelque chose de pratique. L'académie recherche, tandis que l'école prépare à la vie, c'est pour ça que nous sommes une école.
Quels sont vos projets pour la suite?
Je travaille avec Dominik Graf et Christian Hochhäuser à une trilogie sur un meurtrier sexuel. Chacun de nous fera un film, Dominik du point de vue de la police, Christophe du point de vue du coupable, et moi du point de vue d'un jeune garçon qui fait son service civil et qui se retrouve confronté au fait. Les trois films se croiseront, l'un sera projeté à Berlin, l'autre à Cologne et le dernier à Munich, puis les films tourneront d'une ville à l'autre.
J'ai ensuite un projet de film avec Nina Hoss qui se passe en 1976 en RDA, l'histoire d'une femme qui fuit la RDA et tombe amoureuse pendant sa fuite. C'est important pour moi de faire un film qui se passe en RDA, mais il sera différent de ce qu'on voit d'habitude, il sera coloré et joyeux, et en même temps redoutable.
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