Christina Ricci débute sa carrière d'actrice au cinéma dès le début des années 90, à l'âge de dix ans, dans la comédie
Les deux sirènes (Richard Benjamin, 1990), où elle partage l'affiche avec
Cher et
Winona Ryder. Très vite l'enfant star va marquer le public avec son visage singulier. Ainsi, après un petit rôle dans
La manière forte (1991) de John Badham, elle s'impose d'emblée avec
La Famille Addams (Id) et sa suite,
Les Valeurs de la famille Addams (1993) de Barry Sonnenfeld, où elle joue Mercredi, petite fille étrange et gentiment morbide. Ses traits ronds et harmonieux, son grand front et son air mutin au regard grave collent parfaitement à cette image de poupée gothique qu'elle est supposée jouer. Deux ans plus tard, le fantastique enfantin et ses maisons hantées lui collant à la peau, elle obtient un rôle dans la version filmée de
Casper (1995). Mais elle ne tient pas à se cantonner à cet univers.
Dès lors, elle bifurque rapidement vers d'autres horizons, on la voit ainsi dans quelques films peu connus comme
Souvenirs d'un été (Lesli Linka Glatter, Id), où elle obtient pour la première fois le rôle principal. La même année elle est toujours en haut de l'affiche du
Secret de Bear Mountain (Kevin James Dobson, Id). Puis, an plus tard, elle obtient un rôle dans le premier film en tant que réalisatrice d'Angelica Huston,
Bastard Out of Carolina (1996), aux côtés de
Jennifer Jason Leigh. Suivent
Le Dernier des grands rois (David Keating, 1996),
The Darn Cat (Bob Spiers, 1997), et enfin peut-être son premier grand rôle dramatique,
Ice Storm d'
Ang Lee (Id).
L'émancipation
Après
Ice Storm, chronique douce amère de la libération sexuelle dans une petite ville de banlieue américaine pendant les années soixante-dix, Christina Ricci commence à s'imposer chez des auteurs plus exigeants. Depuis, l'actrice a aussi un peu grandi, elle n'est plus que cette enfant au visage de poupée. Atteignant sa majorité, elle s'engage donc dans des rôles en adéquation avec son âge. Ainsi en 1998 Vincent Gallo lui offre le rôle principal (avec lui-même) de son premier film,
Buffalo '66. Acclamé par la critique, le film fait découvrir Christina Ricci telle qu'on ne l'avait pas imaginée. Encore femme-enfant, un peu lolita, mais avec un potentiel de séduction troublant et une beauté qui irradie cette chronique amoureuse au style si particulier. Plus tard, l'actrice sera particulièrement critique à l'égard de Vincent Gallo, qui a c'est vrai ce don de savoir se faire détester de tous.
La même année,
Terry Gilliam lui offre un rôle dans son adaptation du roman Gonzo de Hunter S. Thompson,
Las Vegas Parano, où elle donne la réplique à
Johnny Depp. 1998, année décidément prolifique pour Christina, puisqu'on la retrouve encore à l'affiche de quatre autres films, trois moins connus ou peu mémorables :
Sexe et autres complications (Don Roos),
Desert Blue (Morgan J. Freeman) et
I Woke Up Early the Day I Died (Aris Lliopulos). Le quatrième étant
Pecker de John Waters, ancien chef de file de la contre culture cinéphile des seventies. Une image qui n'est sans doute pas pour lui déplaire, puisque Christina Ricci s'est aussi fait connaître par le passé pour ses déclarations provocatrices auprès des journalistes, toujours prêtes à lancer des « j'aime la mort » ou « j'adore l'inceste ». Une attitude qui n'était pas sans expliquer certains aspects de sa personnalité trouble et contrariée.
Vers une nouvelle image
En effet, dès la fin des années 90, la carrière de Christina Ricci va ralentir. Elle tourne toujours, régulièrement, sauf que ses choix, ses rôles, hésitent, un peu comme elle-même. Après
Sleepy Hollow (
Tim Burton, 1999) où elle retrouve
Johnny Depp, elle a du mal à trouver son identité et son apparence trahit clairement un problème avec sa propre image, son corps. Alors qu'on s'était habitué au charme de ses rondeurs, l'actrice commence à apparaître au début des années 2000 très amaigrie, au point que sa morphologie et sa physionomie en soient fortement changées. La jeune fille ne veut plus être seulement qu'une lolita, mais bien une femme. Ce qu'elle tentera d'affirmer dans quelques titres plutôt oubliés comme
Prozac Nation (Erik Skjoldbjærg, 2001),
Les Témoins (Brian Gilbert, 2002),
Pumpkin (Anthony Abrams et Adam Larson Broder, Id) ou
Miranda (Marc Munden, Id). Sauf que cette nouvelle apparence, à deux doigts d'une pathologie anorexique, n'est pas très rassurante pour le public.
Alors pas très bankable et beaucoup moins fédératrice, elle apparaît cependant dans plusieurs épisodes de la série
Ally McBeal en 2002, et
Woody Allenlui donne un rôle dans
Anything else (2003). La même année, l'acteur
Adam Goldberg lui offre un rôle dans sa seconde réalisation,
I Love Your Work (inédit en France), puis elle revient un peu sur le devant de la scène en jouant la maîtresse lesbienne de
Charlize Theron dans
Monster de Patty Jenkins. Après quelques autres apparitions à la télévision, dans Joey et
Grey's Anatomy, et un rôle dans le navet de
Wes Craven,
Cursed (2005), elle fait un retour en force en 2006 avec trois films.
Black Snake Moan (Craig Brewer) d'abord, où elle joue une nymphomane, son plus grand rôle depuis longtemps, suivi de
Pénélope (Mark Palansky), une bluette mignonne et drôle entre le conte de fées et la comédie romantique féministe, et
Home of the Brave (Irwin Winkler), autour de la guerre en Irak. Elle est enfin à l'affiche du très attendu film des
Frères Wachowski,
Speed Racer (2008).