Cinéphile depuis son enfance et originaire d'Antibes, Christophe Gans traîne déjà dans les allées du festival de Cannes alors qu'il est à peine adolescent. Grand amateur de films de genre et de séries B, il crée alors un fanzine dédié à sa passion,
Rhesus Zero. A la fin des années 70, il monte à Paris et intègre l'IDHEC (nouvellement Fémis), où il réalise son premier court-métrage,
Silver Slime (1981), qui traduit par « bave d'argent », serait un hommage à ses deux cinéastes italiens fétiches,
Mario Bava et
Dario Argento, maîtres du giallo et du cinéma d'horreur. En 1982 il devient rédacteur en chef de Starfix, une revue de cinéma fondé par un ami où il défendra des cinéastes de genre tels que
John Carpenter et
David Cronenberg. Il apparaît également à la même période dans l'émission culturelle Rapido, animée par
Antoine de Caunes, et devient directeur de collection pour l'éditeur de vidéos Scherzo.
A la fin des années 80, Christophe Gans commence à travailler avec le producteur Samuel Haddida, futur fidèle collaborateur. Il signe alors plusieurs scripts, dont celui de
The Drawned, segment du film à sketch
Nécronomicon (1993), inspiré de Lovecraft. Deux ans plus tard, Gans crée la revue HK Magazine, dédiée au cinéma asiatique, principalement hongkongais et japonais. Elle devient très vite une référence absolue en la matière, partant à la découverte ou la rencontre de cinéastes tels que
John Woo,
Tsui Hark,
Ringo Lam,
Takeshi Kitano, voire
Akira Kurosawa et
Hayao Miyazaki. Parallèlement à la revue, HK lance une ambitieuse collection de vidéos VHS, HK Video. A partir d'un catalogue de titres inédits, de films en VO aux formats respectés, elle s'impose rapidement comme un must et lance la mode du cinéma asiatique en France. C'est à cette même période que Gans se lance dans son premier long métrage,
Crying Freeman (1995), une adaptation du manga culte de
Kazuo Koike et Ryoichi Ikegami, alors peu connu en France sinon des aficionados.
Du cinéma aux jeux vidéo
Si les influences de
John Woo ou
Sergio Leone, et plus généralement de tout le cinéma dont il est amoureux, sont visibles à chaque plan dans
Crying Freeman, elles le sont encore plus dans son film suivant,
Le Pacte des Loups (2001). Un film ambitieux largement soutenu par sa production, Canal +, qui lui permet d'obtenir une certaine audience auprès du public et une distribution à l'étranger. Gans devient alors rapidement le
Tarantino français, il est connu pour son érudition qu'il n'hésite pas à partager dans de nombreuses interviews. En 2002, on le découvre ainsi grand amateur de jeux vidéo grâce à un entretien fleuve dans le numéro spécial que leur ont consacré les Cahiers du cinéma. Le cinéaste se révèle aussi expert en la matière qu'en cinéma, on se souviendra de ses propos lumineux sur le jeu
Silent Hill 2 de Konami, dont il parle avec enthousiasme et finesse, il le décrira comme « l'empereur des jeux ».
Quatre ans plus tard, après avoir travaillé sur des projets avortés tels que
Bob Morane et
Rahan, Gans réunit ses deux passions, le cinéma et le jeu vidéo, en réalisant l'adaptation de
Silent Hill (2006). Produit par Sony, il tourne le film aux Etats-Unis grâce à des capitaux hollywoodiens, japonais et français (Samuel Haddida toujours), et obtient ainsi une sortie internationale. Quoique inégal et décevant quand on connaît la passion de Gans pour la série, le film dénote une réelle ambition esthétique. Deux ans plus tard, il retrouve l'univers des jeux vidéo avec une nouvelle adaptation, celle d'
Onimusha (2008) de Capcom. Une saga d'action médiévale fantastique avec l'acteur sino-japonais Takeshi Kaneshiro dans le rôle principal.