Christophe Lambert, le plus américain des acteurs français, ou l'inverse. Avant d'être l'inoubliable Connor McLeod d'
Highlander, le futur expert en série B naît aux Etats-Unis puis s'envole pour la Suisse où il passe son enfance. Son père est alors diplomate et travaille pour l'ONU. Se découvrant à 12 ans une passion subite pour la comédie, Christophe rêve de devenir comédien. Mais ses parents ne voient pas cette vie de bohème d'un très bon œil, et après être passé par les meilleures écoles suisses, il s'envole pour Londres où il travaille pendant un moment à la City comme trader. Il quitte son emploi et s'envole pour Paris six mois plus tard, d'abord pour aider un ami, puis pour réaliser son rêve. Ayant réussi à convaincre son père du bien fondé de sa passion, celui-ci lui donne un coup de main financier, et Christophe peut intégrer le Conservatoire. Il fait ainsi ses débuts au cinéma en 1979 chez l'inoubliable Sergio Gobbi dans
Ciao, les mecs, pour une petite apparition, puis enchaîne sur
Le bar du téléphone (Claude Barrois, 1980), un thriller avec Daniel Duval. Après quelques rôles sans importance, il est révélé au grand public en 1984 dans le film britannique
Greystoke, la légende de Tarzan, seigneur des singes de Hugh Hudson. Succès mondial nominé trois fois aux Oscars, cette relecture du roman d'Edgar Rice Burroughs impose définitivement l'acteur alors inconnu. Le film lui ouvre surtout les portes de l'international, puisqu'il ne cessera plus dès lors de naviguer entre la France et des rôles en anglais, la plupart du temps pour Hollywood.
Quelques mois après la sortie de
Greystoke, Lambert est au casting de
Paroles et musique d'Elie Chouraqui, dans lequel il interprète un musicien tombant amoureux de
Catherine Deneuve, en femme mariée et mère de deux enfants. La musique du film signée Michel Legrand sera nominée au César. Un an plus tard, nouvelle consécration : le jeune
Luc Besson fait de Lambert la star de son second film,
Subway (1985), film urbain et culte lançant la carrière du réalisateur. Lambert y joue à nouveau un musicien, sans attache, errant dans le métro de Paris ; un personnage de rebelle un peu vague, plutôt une figure, électrique, avec ses cheveux blonds pétants. Sa présence crève l'écran, de tout son corps, sa voix, sa nonchalance, son air déconnecté ; le film lui rapporte le César du meilleur acteur. Il enchaîne alors sur
I love you (1986), pour l'un des maîtres du cinéma italen, Marco Ferreri, puis s'installe définitivement à Hollywood avec
Highlander (Russell Mulchahy, Id), où aux côtés de
Sean Connery il interprète le rôle d'un immortel traversant l'Histoire. Ce sera son rôle le plus célèbre, le rôle de sa vie, et les débuts d'une saga au cinéma qui se poursuivra sur le petit écran jusqu'à épuisement, ou écoeurement. Le genre, action-fantastique, lui collera dès lors à la peau, et Lambert ne déclinera pas les suites d'Highlander :
Highlander - Le retour (Id, 1991),
Highlander III (Andrew Morahan, 1994),
Highlander: Endgame (Douglas Aarniokoski, 2000), qui seront toutes des nanars commerciaux.
Highlander for ever
Lambert a alors atteint son heure de gloire, la suite ne sera que navets, grosses séries B, direct-to-video, films d'auteur ratés, comédies débiles, suites à deux balles, avec une grosse louche de science-fiction, de médiéval fantastique, de thriller et autres tentatives de la dernière chance de se remettre en selle, en vain. Cela commence avec
Le Sicilien (1987), l'un des pires films du pourtant respecté
Michael Cimino, continue avec
Le complot (Agnieszka Holland, 1988), thriller religieux et politique inégal, un genre dans lequel il persévère en super joueur d'échec avec
Face à Face (Carl Schenkel, 1992). La même année, il joue pour Claire Devers dans
Max et Jérémie aux côtés de
Philippe Noiret (on saluera sa performance), puis se laisse convaincre par l'un des maîtres du cinéma d'horreur,
Stuart Gordon, de se laisser enfermer dans
Fortress (1993), une série B futuriste. Alors encore visible et à peu près digne, sa carrière s'enfonce dès le milieu des années 90. Après son apparition improbable dans l'adaptation du jeu vidéo
Mortal Kombat (
Paul W.S. Anderson, 1995), il cumule les échecs et les nanars :
Hercule et Sherlock (Jeannot Swarc, 1996),
Arlette (
Claude Zidi, 1997),
Adrénaline et
Mean Guns (Albert Puyn, 1996/1997),
Fortress 2 (Geoff Murphy, 1999), ou encore les inénarrables
Beowulf (Graham Baker, Id) et
Vercingétorix (Jacques Dorfmann, 2001), dans lesquels il échoue pour son look moyenâgeux et sa vieille gloire héritée d'Highlander. En 1999, en compagnie de Russell Mulcahy, dont la carrière est à peu près similaire (nulle et en chute libre permanente), il tente le thriller glauque post
Seven avec
Resurrection. Pathétique, un bide.
Le reste est à l'avenant, il ne tourne plus que pour des réalisateurs de dernière zone ou oubliés : John Glen, ex artisan pour James Bond, dans
Point Men (2001). En 2003, le zélé et surestimé Rimbaud des plateaux télé,
Samuel Benchetrit lui offre un rôle dans
Janis et John, le film est accueilli gentiment par la critique, mais ce n'est pas la révolution. Alors retour au direct-to-video, avant que le surdoué
Richard Kelly ne le transforme en marchand de glaces accessoirement vendeur d'armes dans son génial et maudit
Southland Tales (2006), son meilleur film depuis vingt ans, mais aussi l'un des moins vus en raison de ses problèmes de distribution et de remontage. L'acteur revient un peu sur le devant de la scène en 2007. Il joue pour
Sophie Marceau (sa nouvelle compagne) dans son très raté polar hitch-kiki-cockien
La Disparue de Deauville (2007), avant d'intégrer le casting du nouveau film de la très respectée
Claire Denis,
White material (2008), avec
Isabelle Huppert et
Nicolas Duvauchelle. Malgré une filmographie sans aucun vrai bon film, Christophe Lambert demeure un acteur sympathique et mésestimé. Régulièrement sous-employé, il n'a jamais pu se défaire de ses premiers rôles, son image de chevalier aux cheveux filasses lui collant à la peau. En s'enfonçant années après années dans la série B, il a perdu toute crédibilité aux yeux d'Hollywood et du cinéma français. Il ne lui manque peut-être qu'un cinéaste sachant lui donner un rôle à sa mesure pour le sortir de ce trou dans lequel il s'est enfoncé jusqu'au cou.