Comme tous les cinéastes surdoués et fatalement jeunes, Christopher Nolan a tourné ses premiers films en empruntant la caméra 8mm de son père. Après avoir ainsi mis en scène ses jouets et tout en poursuivant des études de littérature à l'Université de Londres (UCL), il tourne son premier court-métrage,
Tarantella (1989), diffusé sur la chaîne PBS. Durant les années 90 il tourne deux autres courts,
Larceny (1996), montré au Cambridge Film Festival, et
Dooddlebug (1997), l'histoire d'un homme qui cherche à attraper des insectes dans sa chambre. Les choses vont ensuite aller vite ; tourné pour 6000 dollars avec des amis, son film suivant, le moyen métrage
Following, le suiveur (1998), devient vite un petit objet culte, celui d'un jeune réalisateur sorti de nulle part qui bricole un film malin. Coup de chance, le film est alors distribué en salles. Deux ans plus tard Nolan passe enfin au long avec
Memento (2000). Pas une grande distribution encore, mais le film se fait remarquer et deviendra vite très réputé. Son tour de force ? Désorienter le spectateur en montrant l'histoire à rebours, partir de la fin du récit pour aller au début et justifier le procédé par un personnage qui perd sans cesse la mémoire. Rien de renversant en soi dans ce qui n'est que pur dispositif, mais ça marche.
Repéré par les studios, Nolan part pour Hollywood tourné le remake d'un polar norvégien,
Insomnia (2002), avec
Al Pacino. Succès critique et public, le film est une belle carte de visite pour le cinéaste qui deux ans plus tard hérite d'une licence très convoitée que
Joel Schumacher avait laissée dans état déplorable : Batman. En effet Nolan rentre dans la compétition pour faire renaître l'énigmatique et torturé personnage de Bob Kane. Pour cela, il décide avec le scénariste David S. Goyer de repartir sur de nouvelles bases et de revenir aux sources du personnage. Pari gagné,
Batman Begins (2005) devient l'un des succès de l'année et
Christian Bale, qui a repris le rôle du héros ailé, a su convaincre. Nolan a alors les mains libres à Hollywood, on ne lui refuse rien. Après Batman, il se tourne vers un film plus personnel, véritable mise en abîme de ses talents d'illusionniste où il confesse à la fois son rapport à l'imposture :
Le Prestige (2006). Le film est ambitieux, il cherche à présenter plusieurs niveaux de lecture en un seul. C'est à la fois un duel de magiciens et d'ego, une histoire romantique et un récit de vengeance avec en toile de fond les prémisses du modernisme, des Lumières et les restes d'un certain obscurantisme. Et simultanément une réflexion sur son propre objet, une œuvre réflexive qui se propose à l'image de son sujet, comme un tour qui se dévoile mais qui à la fois porte sa propre théorie sur le spectacle. Revenu de ses tours de passe-passe, Nolan revient enfin à Batman avec le très attendu
Dark Knight (2008), co-écrit avec son frère (comme pour
Le Prestige) et toujours avec
Christian Bale et
Michael Caine.