Nous sommes dans une société où les pizzas arrivent plus vite que la police. ”
Né le 24 juin 1930, à Paris, Claude Chabrol grandit dans la pharmacie familiale. Durant la guerre, il est envoyé dans la Creuse, où naît sa passion pour le cinéma, puisqu’il passe son tout temps libre comme projectionniste dans un petit ciné-club. Pourtant, dés son retour à Paris, il reprend sagement ses études de droit. Il continue de fréquenter assidûment les cinémas de la capitale, où il rencontre une poignée de passionnés comme lui. De 1952 à 1957, il participe à l’aventure des Cahiers du Cinéma. Ses réflexions sur le 7e art le poussent, en 1957, à co-écrire, avec
Eric Rohmer, un livre sur
Alfred Hitchcock.
En compagnie de jeunes intellectuels, qui se rebellent contre la France bien pensante de l’après-guerre, il se détourne de son éducation bourgeoise et de ses études.
Alors qu’il travaille comme attaché de presse à la Fox, il utilise, en 1957, un héritage bienvenu, reçu par son épouse, pour produire à ses frais
Le Coup du Berger, film de
Jacques Rivette.
L’année suivante, puisqu’il est bien lancé, il profite une nouvelle fois de l’aubaine et passe derrière la caméra pour réaliser à ses frais
Le Beau Serge. Ce film autobiographique met en scène un
Jean-Claude Brialy désinvolte et arrogant. Opus phare de la Nouvelle Vague, il séduit la critique et obtient le prix Jean Vigo.
Claude Chabrol épouse en secondes noces Stéphanie Audran, qui deviendra sa muse et qu’il dirigera 23 fois.
Il obtient l’Ours d’Or à Berlin, en 1959, pour son second film,
Les Cousins. Ses films suivants, comme
Les Bonnes Femmes (1960) ou
Landru (1962), rencontrent très souvent des succès publics.
A la fin des années 60, il s’associe avec le producteur André Génovés. Cette collaboration lui donne l’occasion de revenir à un cinéma plus intime, représenté entre autres par le film
Que la Bête meurt, en 1969, où il règle ses comptes avec la bourgeoisie de province. L’hypocrisie feutrée de ce milieu sera l’un des thèmes de prédilection de son œuvre.
En 1972, il obtient l’un de ses plus gros succès en salle avec le satirique
Docteur Popaul, joué par
Jean-Paul Belmondo. Mais, Claude Chabrol revient encore une fois aux thématiques satellites du fait divers avec
Violette Nozières (1978), qui marque se rencontre avec une de ses actrices fétiches,
Isabelle Huppert. Dans les années 80, il se concentre sur le polar, avec par exemple,
Les Fantômes du chapelier, adaptation d’un roman de Simenon.
Dans les années 90, le cinéma de Claude Chabrol a tout du gynécée et s’articule souvent autour d’Isabelle Huppert, à la fois héroïne et victime d’une société oppressante. On la retrouve dans
Une affaire de femmes en 1988,
Madame Bovary en 1991,
Merci pour le chocolat, ou encore
La Cérémonie, 1995. Ce dernier opus est considéré comme le summum de l’art Chabrolien.
Ensuite, le réalisateur se tourne vers la jeunesse. Il fait appel à
Benoît Magimel et à
Mélanie Doutey pour
Les fleurs du mal, en 2003, et à
Laura Smet, pour
La demoiselle d’honneur, en 2004.
Boudé par les Césars mais chouchou de la critique, Claude Chabrol est un homme ambigu, dont le travail profond sur la noirceur de l’âme humaine contraste avec sa bonhomie. En 2006,
L'Ivresse du pouvoir témoigne de l'acuité de son regard sur l'actualité, tout en brossant un nouveau portrait de femme à la fois manipulatrice et manipulée.