Acteur de composition prolifique (près de 100 apparitions en quarante ans de carrière), réalisateur discret et inégal mais parfois doué, Danny DeVito a su imposer très tôt sa présence de petit rondouillard blagueur et jovial, déclenchant des fous rires ou une inévitable sympathie dans des rôles qui naturellement l'auront beaucoup porté vers la comédie. Italo-américain, enfant du New Jersey où il grandit et fait toute sa scolarité, il est révélé par
Vol au dessus d'un nid de coucou (
Milos Forman, 1975), adaptation de la pièce dans laquelle il tenait déjà un rôle et produit par
Michael Douglas. Durant les années 70 il apparaît dans divers projets sans envergure : un thriller,
Deadly Hero (Ivan Nagy, 1976), une comédie,
The Van (Sam Grossman, 1977), ainsi qu'à la télévision, notamment dans un épisode de
Starsky et Hutch (Id). En 1978
Jack Nicholson lui offre un rôle dans
En route vers le Sud, puis il devient l'un des héros de la série
Taxi, dans laquelle il jouera jusqu'en 1983. La série le rend célèbre et lui permet, avec un coup de pouce de son ami
Michael Douglas, producteur, d'obtenir enfin un personnage plus conséquent au cinéma : Ralph, le bad guy rigolo et un peu pathétique du désormais culte
A la poursuite du diamant vert (
Robert Zemeckis, 1984). Génial faire-valoir comique de
Douglas et
Kathleen Turner, la joyeuse équipe se retrouve dans une suite,
Le diamant du Nil (Lewis Teague, 1985). Le succès est toujours au rendez-vous, le cocktail postmoderne et décomplexé de romance, d'aventure, de comédie et d'action inventé par
Zemeckis devient un classique qui profite à chacun des comédiens.
La popularité de DeVito explose, il enchaîne les rôles :
Mafia Salad (
Brian De Palma, 1986),
Y a-t-il quelqu'un pour tuer ma femme ? ? (Id), de l'inénarrable trio roi de la parodie, Zucker-Abrahams-Zucker, ou encore
Tin Men (
Barry Levinson, 1987), avec Richard Dreyfuss. La même année, l'acteur tourne son premier film pour le cinéma après s'être fait la main sur quelques épisodes de
Taxi :
Balance maman hors du train (Id), avec
Billy Crystal et lui-même en rôles principaux. Géniale relecture d'
Hitchcock et son
Inconnu du Nord Express, le film montre d'emblée une volonté d'imposer un style et une ambition : affection pour la comédie noire, l'absurde, des situations précipitées dans des engrenages narratifs où les personnages sont mis face à leur désir de meurtre (influence hitchcockienne). Grande précision du cadre aussi, volonté de distiller une ambiance tout en s'attachant avec sensibilité aux personnages. Il a quelque chose d'un
Wilder en plus doux, plus rond, plus facile, plus burlesque, moins cynique. Après avoir servi de nouveau faire valoir à
Schwarzenegger dans la comédie
Jumeaux (
Ivan Reitman, 1988), DeVito s'attaque à sa seconde réalisation, encore plus ambitieuse et beaucoup plus populaire :
La Guerre des Rose (1989), pour lequel il caste ses anciens complices,
Michael Douglas et
Kathleen Turner. Autre comédie noire aux relents hitchcockiens, le film va plus loin que son premier essai en filmant, méthodiquement, une lente autodestruction conjugale finissant dans une apothéose baroque et guerrière à la méchanceté inouïe : drôle et cruel,
La Guerre des Rose restera peut-être comme son chef d'oeuvre.
Acteur, producteur, réalisateur
Après un passage chez Norman Jewison dans
Larry le liquidateur (1991), où il joue avec un certain brio un pourri égoïste et arrogant spécialisé dans la liquidation de société, DeVito se lance dans la production (il produira entre autres
Pulp Fiction,
Erin Brockovich,
Man on the Moon), et réalise son troisième film,
Hoffa (1992). Ecrit par David Mamet, joué par
Jack Nicholson et lui même, le film raconte l'histoire complexe d'une des plus grandes figures du syndicalisme américain. DeVito s'éloigne alors de la comédie, gagne encore en ambition, et sera récompensé par diverses nominations, à Berlin, aux Golden Globes, ainsi qu'aux Oscars, malheureusement pour des prix peu en rapport avec ses qualités artistiques. Devant ce succès mitigé, il attendra quatre ans avant de revenir derrière la caméra pour
Matilda (1996), une comédie familiale autour d'une enfant surdouée entourée de parents abrutis et d'une directrice d'école terroriste. Adapté du livre pour enfants de Roal Dahl, DeVito donne à son film une réelle magie, il traite de son sujet et de son univers avec intelligence, filmant l'enfance dans un accord profond et sensible avec son personnage, tout en livrant une critique et une morale fatalement en accord avec le conte de fée. Six ans plus tard, il revient au burlesque avec
Crève, Smoochy, crève ! (2002), l'improbable histoire d'un rhinocéros rose présentateur de télévision, malheureusement jamais distribué en France, le film fera un bide au box office américain. Il réunit enfin
Ben Stiller et
Drew Barrymore pour une comédie davantage dans le ton de ses premiers essais,
1 Duplex pour 3 (2003), peut-être son film le moins réussi.
En parallèle de sa carrière de réalisateur, DeVito n'a jamais cessé de tourner. Il obtient son meilleur rôle en 1992 dans
Batman : le défi (
Tim Burton), dans lequel il joue le Pingouin. Monstre difforme et pathétique, il est l'enfant solitaire et abandonné, blessé et meurtri, nourrissant sa haine de l'espèce humaine en plan mégalomane que Batman fera échouer. Inoubliable. Suivront diverses apparitions plus ou moins inspirées, et d'autres parfois brèves mais marquantes. On retiendra essentiellement :
Get Shorty (Barry Sonnenfeld, 1995),
Mars Attacks ! (
Tim Burton, 1996),
L.A. Confidential (
Curtis Hanson, 1997),
L'Idéaliste (
Francis Ford Coppola, Id),
Virgin suicides (
Sofia Coppola, 1999),
Anything else (
Woody Allen, 2003), ou encore
Man on the Moon (
Milos Forman, Id), où il tente désespérément de gérer la carrière de
Jim Carrey jouant Andy Kaufman - avec qui il avait partagé la vedette dans la série
Taxi. Cumulant les nanars ou les échecs dans les années 2000 (la plupart de ses films, une quinzaine, ne seront jamais distribués en France), il obtient enfin un regain de popularité avec la sitcom désormais culte aux USA :
It's Always Sunny in Philadelphia (Rob McElhenney), dans laquelle il joue durant 25 épisodes. Il revient ensuite au cinéma pour des projets pas très excitants :
House Broken (Sam Harper, 2008) et
When in Rome (Mark Steven Johnson, 2009), une comédie romantique du réalisateur de
Daredevil et
Ghost Rider, fin connaisseur en navets.