Le public ressemble à une femme : on ne le trompe pas impunément.
”
Darry Cowl, de son vrai nom André Darricau, est né en 1925, dans la revigorante ville de Vittel. Fils de la maîtresse de son père, il n’apprendra jamais l’identité de sa mère biologique. Madame Darricau, victime de son milieu bourgeois, avait simulé une grossesse pour élever, ensuite, l’enfant d’une autre. D’origine basque, il a développé un certain talent pour la pelote, mais une blessure le contraint à arrêter. Ainsi, il se met à la musique.
Après des études au conservatoire de Paris, il est devenu pianiste-accompagnateur de comiques dans des cabarets parisien.
C’est le hasard qui révélera Darry Cowl, en 1954. Un jour, Robert Lamoureux (et son fameux « Papa, Maman, la bonne et moi ») étaient en retard. Le patron affolé du cabaret Les trois Baudets lui a demandé de chauffer la salle impatiente. Les éclats de rire ont été au rendez-vous, à tel point que Robert Lamoureux a eu du mal à récupérer son public, qui réclamait encore plus de Darry. Encouragé par son succès fortuit, il a élaboré quelques sketchs autour de son personnage de maladroit zozoteur, qui font un tabac.
Sacha Guitry a décèlé chez cet artiste lunaire un talent d’acteur de cinéma. Il l’a fait tourner dans
Assassins et Voleurs, en 1956, puis dans
Les trois font la paire.
En 1957, le public a réellement découvert ce Buster Keaton à la française dans
Le triporteur, qui a eu un certain retentissement.
Néanmoins, si Darry a enchaîné les tournages, il ne sélectionnait que peu les scénarios et participait à de nombreuses comédies affligeantes, pour des raisons pécuniaires. Certaines prestations sortaient tout de même du lot, comme son apparition dans le film d’Audiard, en 72, Elle cause plus, elle flingue.
En 1974, il a tourné
Touche pas à la femme blanche de Marco Ferreri, le seul film dont il prétend être fier.
Il a donné un nouveau ton à sa carrière en apparaissant dans des films à l’humour plus jeune et décalé, comme dans
Augustin roi du Kung-fu d’
Anne Fontaine (98),
Le Nouveau Jean-Claude de Didier Tronchet (2002) ou dans
Pas sur la bouche d’
Alain Resnais (2004). Il obtiendra, pour son rôle de concierge, dans cette comédie chantée, un César du meilleur second rôle en 2004.
Mais, il n’en était pas à sa première récompense puisqu’il avait obtenu un Molière, en 1995, et un César d’honneur, en 2001.
Egalement compositeur, Darry Cowl écrivait des chansons pour
Brigitte Bardot,
Eddy Mitchell ou Annie Cordy. Jouer avec les mots était l’une de ses passions, avec le jeu d’acteur et les jeux d’argent.
Il a également rédigé trois autobiographies :
Le flambeur (1986) en référence à sa dépendance au jeu,
Le triporteur se livre (1994) et
Mémoires d'un canaillou (2005).
Il est décédé le 14 février 2006, des suites d’un cancer.