Révélé à travers des drames sudistes tels que
George Washington et
L'Autre rive, David Gordon Green est devenu l'un des réalisateurs indépendants américains les plus respectés malgré une filmographie encore peu connue en Europe. Originaire de Little Rock dans l'Arkansas, DGG se passionne pour le cinéma dès l'adolescence. Il étudie minutieusement tous les films pour lesquels il se prend d'affection et se décide à épouser une carrière de réalisateur en intégrant la North Carolina School for the Arts après le lycée. Elève brillant, il se fait remarquer durant ses années d'études avec ses premiers courts-métrages,
Physical Pinball (1996) et
Pleasant Glove (1997). Fort de ces succès, il écrit et réalise en 1999 son premier long métrage,
George Washington (2000), l'étrange histoire d'un groupe d'enfants afro-américains errant dans une petite ville de Caroline du Nord, jusqu'à la mort accidentelle de l'un d'eux, forçant les autres à cacher son cadavre à qui ils rendent régulièrement visite. Tourné avec des acteurs non professionnels que DGG pousse à improviser, le film bouleverse les codes de narration habituels : le récit comme l'image sont dans un état second et fébrile proche du songe éveillé. Avec un sens inné de la poésie des lieux, filmés telles des ruines affectives, une sensibilité et une maîtrise hors du commun, DGG se révèle en un film un auteur surdoué rapidement encensé par la critique. Il rentre alors immédiatement dans le giron des auteurs stars attendus, et revient trois ans plus tard avec
All the Real Girls (2003), l'histoire d'un teenager dom juan qui a couché avec la moitié des filles de la ville, jusqu'au jour où il tombe amoureux de la sœur vierge de son meilleur ami.
Située dans un bled paumé, l'intrigue romantique d'
All the Real Girls touche par sa justesse, sa maturité, son refus des conventions narratives et un casting dans le ton (Paul Schneider et
Zooey Deschanel). Le film est récompensé à Sundance mais restera inédit en France. Un an plus tard, DGG tourne
L'Autre rive (2004) avec
Jamie Bell, un thriller sudiste en forme de variation sur
La Nuit du chasseur que les Américains classeront dans un genre littéraire dont ils ont le secret, le Southern Gothic. Poétique, stylisé, racé, entre réalisme et surréalisme, nourri à la mythologie des lieux, de l'environnement, des hommes, le film évoque aussi Terence Malick, et reçoit à nouveau un torrent d'éloges critique des deux côtés de l'Atlantique. Producteur du remarqué
Shotgun Stories (Jeff Nichols, 2007) et
Great World of Sound (Craig Zobel, Id), il revient à la réalisation en 2007 avec
Snow Angels, un mélodrame rural sur la mort d'un enfant avec
Kate Beckinsale et Sam Rockwell. Salué par la presse aux Etats-Unis, le film s'embourbe pourtant dans un propos maladroit et gênant d'un point de vue idéologique. DGG sombrant dans un déterminisme social discutable : les prolos s'entretuent et sombrent dans le fanatisme religieux, quand les bourgeois discutent et sauvent leur famille de la désintégration. Le film n'est pas sauvé par sa structure grossièrement éclatée, et recèle à peine quelques belles scènes sentimentales entre deux teenagers. En 2008 enfin, DGG crée la surprise en tournant pour
Judd Apatow un stoner movie déjà culte,
Délire Express avec
James Franco et
Seth Rogen. Il prépare également un remake de
Suspiria, le chef d'œuvre de
Dario Argento a priori impossible à refaire. Mais soit.