David Koepp c'est un peu la star des scénaristes hollywoodiens, l'homme qui vous transforme un blockbuster en film d'auteur à la mécanique narrative parfaite. Son nom associé à un film a désormais autant de valeur que celui du réalisateur, qui généralement n'est pas une demi pointure. Originaire du Wisconsin, Koepp naît dans une famille de la classe moyenne supérieure. Il se découvre un amour pour les arts dramatiques au lycée où il joue dans quelques pièces. Mais alors qu'il se dirige vers une carrière d'acteur et d'auteur de théâtre via une formation à l'Université du Wisconsin, un professeur détecte dans ses pièces un vrai talent d'écriture, mais plus proche du scénario de cinéma. Koepp reconsidère alors son avenir et sur ces bons conseils plaque sa formation pour s'inscrire à UCLA à Los Angeles. Quelques temps après son arrivée, il décroche un job de lecteur chez un distributeur de séries B et de films étranger. Ce boulot lui permet de travailler sur son premier scénario de long métrage,
Apartment Zero (Martin Donovan, 1989), un thriller avec
Colin Firth, prix de la critique au festival du film policier de Cognac. Fier d'avoir enfin son nom au générique d'un film distribué à l'international, Koepp compte bien continuer à faire briller son nom sur les affiches les plus prestigieuses d'Hollywood et poser ses exigences. Ainsi, lorsque Universal l'invite à transformer
Bad Influence (
Curtis Hanson, 1990), un thriller psychologique pervers, en comédie, l'auteur se paye le luxe de refuser le salaire exorbitant de la major. Réaction plutôt payante puisque le résultat final impressionne tellement les pontes d'Universal qu'ils lui offrent un contrat en or et un bureau à son nom.
Ainsi en 1992, avec la complicité de Martin Donovan au scénario, Koepp peut travailler sur un plus gros projet,
La Mort vous va si bien de
Robert Zemeckis, alors réalisateur star de la trilogie
Retour vers le futur. Cette histoire délirante, très avantagée par ses effets spéciaux numériques dernier cri (on est pas loin de l'exploit technique) est un demi-échec mais impose définitivement le nom de David Koepp à Hollywood. Il va vite passer maître dans l'art de donner une ampleur narrative et des motivations à des personnages dans des films bourrés d'effets. Mais pas seulement, car il va aussi continuer à ce révéler dans le thriller avec une parfaite maîtrise de ses codes. En témoignent, dès l'année suivante et coup sur coup,
Jurassic Park de
Steven Spielberg et
L'Impasse de
Brian De Palma (1993), qui chacun dans leur genre deviendront des références absolues. Il y a chez Koepp une conscience exacte de ce que doit contenir un scénario en fonction de son sujet et de ses personnages ; tout du thème, de sa problématique, est idéalement structuré autour de l'intrigue et de sa narration. Un véritable architecte du texte pour l'image. Toujours en contrat chez Universal, Koepp signe ensuite les scripts du
Journal (1994) de
Ron Howard et de
The Shadow (Russell Mulcahy, Id), une première incursion dans l'univers des super héros ratée moins à cause de son scénario que de son metteur en scène.
Koepp, star des scénaristes et réalisateur modeste
Passé ces essais mineurs, Koepp est appelé par
Tom Cruise producteur pour écrire le scénario de
Mission : Impossible, réalisé par
Brian De Palma (1999). Le film est un triomphe au box office et un succès pour le scénariste et son metteur en scène qui chacun rentre dans le jeu de l'autre. C'est comme si Koepp avait vu toute l'œuvre de De Palma et parfaitement saisi l'essence de la série télé. Certains se plaindront de quelques incohérences narratives, mais elles ne font par le poids devant l'enthousiasme du public et de la critique. Après avoir signé la suite de
Jurassic Park,
Le monde perdu (Spielberg, 1997), Koepp et De Palma se réunissent une troisième fois sur
Snake Eyes (1998), leur film le plus complice et probablement le plus théorique. Un habile et savant jeu sur le regard et les images que les auteurs ont écrit de concert. Mésestimé en Amérique, le film est loué par la critique en France qui y voit une œuvre dans la plus pure tradition depalmienne héritée d'Antonioni et de Hitchcock. Passeront ensuite quatre années avant de retrouver Koepp au générique de
Panic Room de
David Fincher (2002), un autre thriller théorique passionnant malgré un relatif échec au box-office. Puis, dans la foulée, il signe son plus grand succès commercial, le scénario de
Spider-Man (
Sam Raimi, Id). L'auteur séduit alors avec sa remise en perspective du personnage en héros adolescent. Il lui donne un background réaliste, des motivations personnelles clairement soulignées par une juste ambition psychologique. Sans rogner sur le comics dont il reprend la trame principale, Koepp explore la mythologie et les origines du personnage avec un regard plus adulte. Le scénariste réalise ici un vrai travail de relecture, il donne du poids à chaque détail quotidien de la vie de son héros. Les suites, qu'il n'écrira pas, n'auront pas ce même équilibre, cette limpidité exacte dans l'articulation entre l'action et le récit.
En 2005 Koepp rejoint
Steven Spielberg sur l'un des succès de l'année,
La Guerre des Mondes. Autre relecture d'un genre et d'un mythe que le scénariste revisite depuis l'après 09/11 tout en suivant les balises claires de l'univers à Spielberg. Ici,
Tom Cruise, père de famille paumé, sauve sa peau et celle de sa fille d'une invasion extra terrestre. Une rédemption dépressive qui n'arrive jamais complètement dans un monde en proie au chaos. Une réussite qui sera moins discutable que leur collaboration suivante, le très attendu
Indiana Jones et le royaume du crâne de cristal (2008). Pour ces nouvelles aventures du héros légendaire, le trio Spielberg-Lucas-Koepp ne se fera pas que des amis. L'intrigue déçoit autant que le parti pris esthétique ou la mise en scène. Dommage car du récit à son contexte ou l'évolution des personnages, tout tient dans ce scénario, tout prend sens. Entre deux projets pour Spielberg, Koepp signe également le script du sympathique
Zathura (2005) de
Jon Favreau. Une perle d'écriture, un script qui se réinvente à chaque scène et transcende le genre du film pour enfants en le reprenant pourtant à la lettre. Parallèlement à son travail de scénariste, Koepp mène enfin une carrière de réalisateur discret mais talentueux. On lui doit ainsi un beau film néo-noir,
Réactions en chaîne (1996) ; un brillant thriller théorique au style carré et efficace,
Hypnose (1999) ; un thriller limpide et fonctionnel négligeant la banalité de son récit pour s'amuser avec la narration,
Fenêtre secrète (2004) ; et enfin une comédie romantique fantastique,
Ghost Town (2008). Ses films témoignent d'une modestie plaisante et d'une affection honnête pour la série B.