Diane Keaton n'est pas une star au sens classique hollywoodien du terme. Digne héritière de
Katharine Hepburn, elle a su au fil de sa carrière, et de ses rencontres, entretenir ses affinités intellectuelles, tout en conservant son désir farouche d'indépendance. Muse de
Woody Allen, sa conception du jeu dramatique est tout autant intellectuelle que sensitive, puisant à la fois sa force dans des ressorts aussi bien comiques que dramatiques.
Détermination et premiers grands rôles
Aînée d'une famille méthodiste de quatre enfants, Diane décide très jeune de devenir actrice en participant à de nombreux spectacles scolaires dont
Un tramway nommé désir de Tennessee Williams. En 1964, son diplôme d'études secondaires en poche, elle s'inscrit au Santa Ana College puis au Orange Coast College, tout en continuant d'apparaître dans diverses productions musicales comme
The Sound of Music. Bientôt partie pour New York, elle intègre les cours dramatiques de la prestigieuse Neighborhood Playhouse, et fait le choix d'adopter le nom de jeune fille de sa mère comme nom de scène. En 1968, elle décroche son premier grand rôle à Broadway dans une nouvelle comédie musicale
Hair. Puis, après neuf mois de représentations, elle auditionne et est retenue par un jeune metteur en scène nommé
Woody Allen pour sa pièce
Play It, Sam.
Nominée au Tony de la meilleure actrice, elle fait ses débuts sur grand écran l'année suivante dans la comédie
Lovers and Other Strangers (Cy Howard, 1970) puis dans une poignée de séries télé. C'est alors que
Francis Ford Coppola qui l'a repérée lui offre le rôle de Kay Adams dans le premier volet de sa somptueuse trilogie
Le Parrain. Face à
Al Pacino, elle se révèle à la fois drôle et émouvante, toute en classicisme retenu, incarnant une norme (maritale) qu'elle bousculera puis fera éclater dans les prochains épisodes,
Le Parrain 2 (1974) et
Le Parrain 3 (1990). 1972 marque aussi le début de sa fructueuse et précieuse collaboration avec
Woody Allen, devenu son compagnon, d'abord dans l'adaptation cinématographique de sa pièce, en français,
Tombe les filles et tais-toi ! que réalise Herbert Ross, puis dans la série des sept films où Allen la dirige (et lui-même !).
L'effet Allen
Grâce à lui, Diane Keaton va progressivement se révéler, et surtout laisser éclater son potentiel comique et dramatique, tout en se créant l'image d'une jeune femme moderne. Si
Woody et les robots (1973) et
Guerre et amour (1977) laissent présager de la subtile alchimie qui régit et embrase leurs films en commun, c'est avec
Annie Hall (dont le titre fait référence à son surnom et son vrai patronyme, 1977) que la comédienne s'impose véritablement. Saluée par une nuée de récompenses dont un Oscar, elle est à jamais cette intellectuelle new-yorkaise dont le pouvoir de séduction repose à la fois sur sa bonne éducation, son humour mordant, et son goût souvent burlesque pour l'aventure (du quotidien). Comme en témoignent brillamment
Intérieurs (1978) puis
Manhattan (1979), film de la rupture cinématographique et sentimentale, puisque les deux anciens amants ne se retrouveront par la suite que brièvement sur
Radio Days (1987). Avant
Meurtre mystérieux à Manhattan (1989) pour lequel Keaton accepte de reprendre le rôle écrit à l'origine pour
Mia Farrow et ainsi apporter un précieux soutien au cinéaste, pris dans la tourmente d'un divorce orageux avec l'actrice.
Pour autant, d'autres que
Woody Allen ont su tirer partie des qualités et du physique de Keaton, à l'image de
Richard Brooks pour lequel elle campe avec une rare intensité une éducatrice en quête de liberté et de transgression dans
A la recherche de Mr Goodbar (1977). Ou Warren Beaty qui lui offre le premier rôle féminin de son
Reds (1981), biopic consacré au journaliste militant communiste John Reeds. Une nouvelle fois, elle se retrouve dirigée par l'homme qu'elle aime, leur couple mis en scène, et leur travail récompensé aux Oscars. Pourtant, leur union ne durera pas, tous deux étant bien trop attachés à leur liberté respective. Autant à l'aise dans
L'usure du temps (
Alan Parker, 1982),
La Petite fille au tambour (George Roy Hill, 1984) aux côtés de
Klaus Kinski, que dans
Mrs Soffel : révolte et passion (Gillian Amstrong), Keaton va pourtant peiner à trouver par la suite des rôles intéressants. Et si
Baby Boom (Charles Shyer, 1987), chronique de la revanche d'une ex bussiness woman new-yorkaise transformée en maman compote du Vermont, remporte un grand succès, les films qu'on lui propose ne surtout font que capitaliser sur son image d'intellectuelle coincée.
Comédies et passions
Depuis les années 90, l'actrice multiplie les comédies tels que
Le Club des ex (Hugh Wilson, 1996), où elle se distingue de Bette Midler,
Goldie Hawn et même de
Maggie Smith ; le très dispensable remake du film de
Vincente Minnelli,
Le Père de la mariée (Charles Shyer, 1991) et sa suite
Le Père de la mariée 2 (id, 1995) dans lesquels elle joue l'épouse de
Steve Martin ;
Raccroche ! (2000) consacré aux relations tendues entre trois sœurs incarnées par
Meg Ryan,
Lisa Kudrow et elle-même, son troisième long-métrage en tant que réalisatrice, après le drame
Les liens du souvenir (1995) et l'inédit
Mother's Helper (1999). C'est précisément dans ce registre qu'elle fait un retour remarqué en 2003, récompenses à l'appui, avec
Tout peut arriver (Nancy Meyers) où elle fait coup double en séduisant à la fois
Keanu Reeves et
Jack Nicholson.
Curieuse et touche à tout, Diane Keaton, en parallèle de sa carrière au cinéma, n'a jamais délaissé les planches de ses débuts, oscillant entre Broadway et revues de cabaret. Passionnée de photographie, elle a aussi publié plusieurs albums de sa composition, tout en s'initiant à la mise en scène en réalisant documentaire (
Heaven, 1987), clip musical, épisodes de séries télé (
Twin Peaks, 1991), téléfilm oscarisé
La Petite Sauvage (1991) et longs métrages de cinéma. Récemment à l'affiche de
Mad Money (Callie Thoury, 2007) aux côtés de
Katie Holmes, elle continue de prouver qu'elle demeure une interprète de talent, même dans des productions souvent de qualité moyenne qu'elle parvient néanmoins à illuminer de sa présence dynamique et de son charme discret.