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C'est une grande actrice ! Elle a cette élégance que seules les plus grandes ont. Elsa Zylberstein est encore jeune. Mais ses prochains rôles confirmeront l'étendue et la richesse de son jeu. Rencontre avec mademoiselle Gagne-tout !
Fluctuat : Lorsqu'on regarde votre filmographie, on constate que vous avez joué dans des films de genres divers. Est-ce un pur hasard ou bien au contraire, vous sentez-vous proche de ce genre d'ambiance ?
E.Z. : Il n'y a pas de pur hasard, ni de coïncidences. Les rôles que j'ai choisis sont tout simplement le reflet de mon tempérament à l'époque ou je les ai joués. Par exemple, jouer le rôle d'une prostituée - comme l'avait fait Shirley McClaine (Irma la douce, Billy Wilder, 1963) - dans le film de Philippe Lioret fut une chance pour moi. J'ai adoré même si le film eut un échec injustifié. Vous savez, la comédie est un art assez particulier. Personnellement, j'aime composer des personnages ultra forts. Je veux dire que j'essaie de les comprendre et surtout de rentrer dans leur monde qui majoritairement est éloigné du mien. Il est vrai aussi que j'ai une petite faiblesse pour les comédies assez sophistiquées. Vous voyez les personnages que jouaient Katherine Hepburn dans ces fabuleuses comédies (cf. L'Impossible Monsieur bébé d'Howard Hawks ou Indiscrétions de Georges Cukor), ce sont des rôles rêvés !
Flu : Durant votre enfance…
E.Z. : Je devine la question que vous alliez me poser. Elles sont trois : Romy Schneider, Isabelle Adjani et Gena Rowlands.
Flu : Ce sont les trois actrices qui vous ont donc fortement inspiré ?
E.Z. : Elles ont interprété des rôles de femme qui m'ont marqué tant par leur liberté de pensée, de comportement mais aussi par le romanesque qui les exaltait. Camille Claudel (Bruno Nuytten, 1988) résume assez bien ce que je veux dire par "romanesque". Il y a un pouvoir lyrique dans ce genre de film qui vous serre la gorge et qui ne vous lâche plus jusqu'au dénouement final. J'aimerais jouer des personnages de cet acabit.
Flu : Vous en avez eu l'occasion avec le rôle de Louba ?
E.Z. : Un rôle complexe mais une joie permanente.
Flu : C'est votre troisième collaboration avec Martine Dugowson, qui dit de vous : "C'est une espèce de trésor qu'elle a de pouvoir être drôle même au milieu des larmes"
E.Z. : C'est un très beau compliment. Je connais Martine depuis assez longtemps. Durant le tournage de Louba, j'étais assez attentive à ce qu'elle attendait de moi et réciproquement, ce fut la même chose. Depuis Mina Tannenbaum, nous sommes devenues assez complices et à chaque fois qu'elle me tend un nouveau scénario, je sais d'avance que le personnage que je jouerais, sera nettement plus différent du précédent.
Flu : Avec celui de Louba, vous avez du être servi ?
E.Z. : Effectivement, ce n'était pas un rôle de pure comédie. Lorsque j'ai lu le scénario des Fantômes de Louba, j'ai pensé au mot humiliation. Toute sa vie, elle (Louba) a subi des humiliations toutes plus différentes les unes que les autres mais sacrément catastrophiques. Ce personnage est une sorte de cas. Selon elle, les problèmes sont omniprésents. Par conséquent, il faut cohabiter avec ses propres problèmes et ne jamais tenter de trouver la solution finale. D'ailleurs, c'est ce qui arrivera à la fin du film.
Flu : Une séquence assez brutale ?
E.Z. : Il fallait que cela explose un jour ou l'autre.
Flu : C'est vrai que durant tout le film, on a cette impression que vous êtes à deux doigts d'exploser. Est-ce qu'il a fallu que vous canalisiez certaines frayeurs pour ne pas montrer une Louba ridicule ?
E.Z. : Une Louba ridicule ?
Flu : Votre personnage baigne souvent dans une atmosphère tragi-comique…
E.Z. : A la fin du film, Louba explose car elle devient une autre personne. Elle retrouve cette identité qu'elle avait perdue durant son enfance. Il est vrai que ses faits et gestes peuvent souvent surprendre mais c'est ce qui la rend mystérieuse et surtout charismatique. Louba n'a jamais été ridicule. Humiliée, oui ! Grotesque, non ! Vous savez, lorsqu'on garde tout pour soi, que l'on prend l'habitude de ne rien dévoiler ou plutôt de ne jamais se confier… de rester muette, ce qui est le cas de Louba, il faut s'attendre à ce qu'un jour, on pète les plombs. Et cela fait très mal !
Flu : Au final, que pensez-vous de votre interprétation dans Les Fantômes de Louba ?
E.Z. : Durant le tournage, je m'occupais de mon personnage. Parfois, je me demandais à quoi tout cela ressemblera. Je dois vous dire qu'au final, elle (Martine Dugowson) m'a encore bluffé !
- Lire la chronique du film Les fantômes de Louba (Martine Dugowson, 2000).
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