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Nationalité : américaine Naissance : 28 janvier 1892 à Berlin (Allemagne) Mort le : 30 octobre 1947 Métiers : Réalisateur, Producteur de cinéma, Scénariste de cinéma |
Juif berlinois d'origine, Ernst Lubitsch compte parmi les plus grands metteurs en scène de la comédie hollywoodienne d'avant-guerre. Il fut sans doute l'un des meilleurs amuseurs de son époque et certainement celui qui, avec un raffinement et une sophistication inégalés, a su le mieux en analyser les codes avec lesquels il n'a cessé de jouer comme autant de motifs stylistiques. Souvent dans le cadre de la satire ou du vaudeville, qu'il parsemait d'un cynisme qui a toujours évité toute forme de moralisme, Lubitsch a tourné une série d'œuvres profondément réjouissantes qui ne cessent encore aujourd'hui de séduire par leur génie et leur incroyable capacité à saisir les conventions qui nous gouvernent. Ses plus grandes comédies, tirées du théâtre de boulevard et signées Samson Raphelson, mélangent avec une grâce invraisemblable l'élégance moqueuse et une légèreté inouïe qui finissent toujours par avoir le dernier mot sur l'émotion. Ses intrigues -fréquemment amoureuses et parfois d'un minimalisme quasi abstrait- ont souvent pour cadre un milieu aristocratique ou de la haute bourgeoise. Mais plus que l'amour, Lubitsch filme le désir amoureux, voire sexuel, et la palette de ses jeux de séduction ou de pouvoir. Nul mieux que lui a su jouer d'un immoralisme complice qui tout en décortiquant les tabous (deux hommes pour une femme dans Sérénade à trois) savait à la fois en rire et les rendre admissibles sans hypocrisie.
Avant d'être l'un de ceux qui ont façonné l'âge d'or de la comédie hollywoodienne aux côtés de Leo McCarey, Preston Sturges ou Billy Wilder, Lubitsch a commencé sa carrière en Europe, en Allemagne plus précisément, comme plusieurs de ses confrères (Lang, Sternberg, Wilder...). Il débute comme acteur, d'abord au théâtre chez Max Reinhardt, puis au cinéma à partir de 1912 dans Das Mirakel. En 1914, sa notoriété commence à s'installer grâce aux films de Carl Wilhem dans lesquels il tient le rôle titre : Die Firma heiratet et Der Stolz der firma. Tout en continuant à jouer la comédie (et ce jusqu'en 1916, après il ne joue que ponctuellement dans ses propres films), il passe à la réalisation en 1914 avec Fräulein Seifenschaum, dont il écrit aussi le scénario. Après plusieurs oeuvres tournées dans la foulée, il obtient son premier succès avec The Shoe Palace (1916), puis commence à avoir plus de moyens sur Les Yeux de la momie (1918), un petit film horrifique exotique dans la lignée de l'expressionnisme, qu'il conjugue au comique avec La Poupée (1919), rare exemple du genre.
Tout en tournant quelques autres films notables comme La Princesse des huîtres (Id), qui prouve déjà son talent pour la satire et la comédie de moeurs, Lubitsch se fait parallèlement connaître pour ses films historiques : Carmen (1918) et surtout Madame DuBarry (1919). Ce dernier est parfois considéré comme une pièce fondatrice par son approche documentée. Pour l'historien du cinéma Jean Loup Passek, il préfigure certaines œuvres de Renoir, Rossellini ou Kubrick : « l'esprit hautement civilisé mais intime du 18ème siècle y est parfaitement saisi, en même temps que l'envers du décor est peint des couleurs les plus sombres ». Ses autres incursions dans le genre comme Anna Boleyn (1920) le rendent alors célèbre et font de lui un spécialiste du film historique. Ce qui le mène à Hollywood où il s'installe en 1923. Parmi ses premiers films américains, tels Rosita (1923), Paradis défendu (1924), Le Prince étudiant (1927) ou Le Patriote (1928), plusieurs prennent ainsi le passé comme cadre, que ce soit pour un drame ou une comédie.
Mais ce qui séduira alors les Américains, c'est ce goût pour la frivolité, ce portrait d'une "Europe hédoniste" où les personnages évoluent sans cesse autour de multiples récits où Lubitsch s'amuse des conventions et des apparences. Maître du sous-entendu, de l'allusion, d'une complicité inégalée avec son public (sans jouer avec excès de l'ironie), il ravit son audience en contournant la censure autour de sujets pourtant explicites où sexe et morale sont objets récurrents. Il inventa, dans ses meilleures comédies qu'il tourne en Amérique à partir de Comédiennes (1924), ce qu'on résuma par la touche Lubitsch (la « Lubitsch touch »). Cet art de l'implicite où pour nous tout est visible mais atrocement compliqué, retors, bourré de malentendus et de quiproquos pour les personnages. Pendant cette période encore muette, un film comme Les Surprises de la TSF (1926), incarne à merveille ces combinaisons amoureuses et le degré déjà hautement sophistiqué avec lequel Lubitsch les filmait. Tout est là, le désir dissimulé hypocritement derrière les codes sociaux, le mensonge des comportements pour ne pas s'avouer une attirance sexuelle irrésistible, l'homme et la femme dessinés dans leurs travers respectifs mais complémentaires, les manœuvres des uns et des autres pour arriver à leurs fins tout en sauvant la face.
Grâce au parlant, l'œuvre de Lubitsch s'étoffe encore et atteint un degré de perfection stylistique qui doit aussi sa maîtrise à des dialogues millimétrés, aussi savoureux que ces acteurs dirigés avec virtuosité. Citons entre autres ses opérettes avec Maurice Chevalier et Jeannette MacDonald : Parade d'amour (1929), La Veuve joyeuse (1934) ou One Hour With You (Une heure près de toi, 1932). Film au départ commandé par Lubitsch à Cukor et qui mécontent du résultat la presque entièrement retourné pour livrer une œuvre à la trame ultra minimaliste mais émaillée de mille trouvailles géniales. Grand film sur le discours amoureux, le désir, la jalousie, l'hypocrisie conjugale, One Hour With You réussit à démonter avec une légèreté déconcertante la moindre pulsion bourgeoise. Lorsque le drame menace, là où d'autres n'auraient pas hésité sur l'hystérie adultérine, Lubitsch sauve ses personnages qui préfèrent la joie d'être ensemble plutôt que le ressentiment. Ses films qui suivirent et sauf pour de brefs détours par des sujets plus sérieux (L'Homme que j'ai tué), n'ont alors cessé de s'améliorer, atteignant durant la période entre 1932 et 1942 une forme de plénitude (La Huitième femme de Barbe-bleue, 1938). Parmi les plus célèbres, Haute pègre (1932), comédie ironique et sentimentale, est parfois considéré comme son chef d'œuvre tout en étant le film préféré de son auteur. Ici, l'élégance de la mise en scène, sa virtuosité à construire un univers d'apparences et de faux-semblant qu'il construit de toutes pièces n'a jamais atteint un tel niveau.
Haute pègre est suivi de nombreuses autres comédies non moins célèbres et de grande qualité où Lubitsch ajoute parfois par touches une certaine gravité. Eloge de l'amour libre maintes fois revisité, le fabuleux Sérénade à trois (1933) insiste par exemple sur la brève précarité de ses personnages et leur nécessité de s'épanouir dans une relation à trois que seul Lubitsch rend possible. Dans Ninotchka (1939) pour la Russie Soviétique et surtout To Be or Not to Be (1942) pour l'Allemagne nazie, il se lance dans la satire politique. Le second, incompris et rejeté à son époque (mais aujourd'hui devenu son film le plus célèbre), est pourtant l'œuvre la plus drôle et la plus lucide réalisée sur le sujet, celle avec la plus juste distance critique. De même qu'il traite avec tendresse mais sans sentimentalisme des résistants polonais de Varsovie, Lubitsch montre dans The Shop Around the Corner (Rendez-vous, 1940) la vie de petits employés de Budapest. Dans ce film irrésistible, drôle et sensible avec James Stewart, Lubitsch n'a jamais été si proche d'un contexte social réel et de personnages aussi humains. Vrai patron de la comédie romantique, The Shop Around the Corner vaut aussi comme l'un des rares films à parler du chômage avec autant d'acuité et si peu de goût pour le misérabilisme. Lubitsch retrouvera enfin cette veine plus sensible dans ses derniers films comme Le Ciel peut attendre (1943) et La Folle ingénue (1946), sa dernière œuvre achevée, La Dame au manteau d'hermine ayant été bouclé par Otto Preminger, l'un de ses héritiers avec Billy Wilder, Joseph L. Mankiewicz et plus tardivement Woody Allen.
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