Fille de militaire, son père était officier de la cavalerie de Saint Jouvent, Fanny Ardant passe une partie de sa jeunesse entre Monaco et divers voyages à travers l'Europe. Après des études de sciences politiques à l'Université d'Aix en Provence, dans la section « Relations internationales », elle se dirige vers le théâtre afin d'assouvir sa passion pour la comédie. Elle se fait connaître grâce à plusieurs représentations à succès où elle joue Racine, Corneille ou Claudel pour le metteur en scène Dominique Leverd durant les années 70, puis fait sa première apparition au cinéma en 1976 dans
Marie-Poupée (Joël Séria). On la voit ensuite régulièrement à la télévision et au théâtre, pour lequel elle ne cessera jamais de jouer, notamment dans
Dom Juan de Molière (
Francis Huster, 1987),
Comme tu me veux de Luigi Pirandello (Maurice Attias, 1990),
Musica deuxième de Marguerite Duras (
Bernard Murat , 1995-1996),
Master Class de Terence McNally (
Roman Polanski, 1997),
Sarah de John Murell (
Bernard Murat , 2002), jusqu'à
Véronique (2008), une opérette d'André Messager qu'elle met en scène.
Truffaut / Ardant
Repérée par
François Truffaut à la télévision, Fanny Ardant deviendra la dernière muse du cinéaste qui aimait les femmes. Il dira d'elle : « J'avais été séduit par sa grande bouche, ses grands yeux noirs, son visage en triangle. J'ai tout de suite reconnu en elle les qualités que j'attends le plus souvent des protagonistes de mes films : vitalité, enthousiasme, humour, intensité, mais aussi le goût du secret, un côté farouche, un soupçon de sauvagerie et, par-dessus tout, quelque chose de vibrant. » L'actrice, la femme, sa voix de velours hypnotique et sensuelle, son regard passionné et énigmatique, deviendra ainsi l'héroïne des deux derniers films du cinéaste de la Nouvelle Vague :
La femme d'à côté (1981), une tragédie conjugale entre deux ex amants rattrapés par leur ancienne passion amoureuse alors qu'ils ont refait leur vie avec un autre, et
Vivement dimanche! (1983), où elle mène l'enquête aux côtés de
Jean-Louis Trintignant. Plus que la dernière actrice de Truffaut, elle sera aussi sa dernière maîtresse, sa dernière épouse, avec qui elle aura une fille, Joséphine. Le cinéaste décédant d'une tumeur au cerveau en 1984, alors que la comédienne est sur le tournage des
Enragés (Pierre William Glenn, 1985).
Sortir des eighties
Durant les années 80, Fanny Ardant tourne une vingtaine de films tout en passant ponctuellement par la télévision, notamment dans
La Grande Cabriole (1986) ; chez (Id) où elle met de côté son image de femme passionnée pour jouer celui d'une séductrice ; (1987) et (1989) de Nina Companéez. Si elle est devenue l'une des actrices françaises les plus en vue, elle reste toutefois exigeante et choisit de ne jouer généralement que pour des auteurs. Elle tournera ainsi deux fois pour
Alain Resnais, dans
L'amour à mort (1984) et
Mélo (1986) ; chez
Costa-Gavras dans
Conseil de famille (Id) ; Michel Deville dans
Le Paltoquet (id) ;
Volker Schlöndorff dans son adaptation de Proust,
Un amour de Swann (1984), interprétant la Duchesse de Guermantes ; ou encore
Ettore Scola dans
La famille (1987) et
Pleure pas my love de
Tony Gatlif (1989). Alors qu'elle commence à se cantonner à un cinéma un peu trop confidentiel et que le public ne pense plus toujours à elle, surtout après un premier essai américain vite oublié (
Double vue, Mark Peploe, 1991), Fanny Ardant retrouve les faveurs des spectateurs grâce au succès du
Colonel Chabert (Yves Angelo, 1994). Face à
Gérard Depardieu, son amour compliqué dans
La femme d'à côté, la comédienne renoue avec une certaine notoriété au cinéma. Mais elle ne renie pas pour autant son intérêt pour les auteurs confirmés, elle tourne ainsi ensuite pour
Agnès Varda dans
Les cent et une nuits de Simon Cinéma (1995),
Par-delà les nuages (Id) de
Michelangelo Antonioni avec
Wim Wenders comme garde malade, ou encore
Sabrina (Id) le remake du film de
Billy Wilder par Sidney Pollack avec
Harrison Ford.
Une nouvelle direction
Contre toutes attentes, Fanny Ardant obtient la consécration académique avec un film a priori éloigné de son univers et ses choix artistiques :
Pédale douce (1996), comédie populaire de Gabriel Aghion pour laquelle elle remporte le César de la meilleure actrice. C'est le début d'une nouvelle direction dans sa carrière, moins exigeante, moins marginale dans ses choix, mais où elle tentera néanmoins de conserver un certain cap, fidèle à sa vision du cinéma d'auteur. Elle apparaît ainsi dans le premier film de cinéma de son vieux complice au théâtre,
Bernard Murat , pour
Désiré (Id), une adaptation de
Sacha Guitry avec Belmondo ; fait son effet dans le succès français de l'époque, pourtant vite oublié,
Ridicule (Id), film en costumes de
Patrice Leconte ; retrouve
Ettore Scola et Vittorio Gassman dans
Le dîner (1998) ; côtoie
Cate Blanchett dans le multi primé
Elizabeth (
Shekhar Kapur, Id) ; joue son propre rôle dans
Augustin roi du Kung-Fu (Anne Fontaine, 1999) ; s'égare chez
Claude Berri dans
La Débandade (Id), pire chez Gérard Lauzier dans
Le fils du Français (Id), et comme si ça ne suffisait pas, elle remet le couvert dans
Le Libertin de Gabriel Aghion (2000), dont la gloire est vite, très vite retombée.
François Ozon arrive ensuite à sa rescousse avec son hyper casting (
Béart,
Deneuve,
Huppert, Darrieux, Ledoyen, etc) en lui offrant un rôle dans
8 femmes (2002), relecture bâclée et prétentieuse de
Femmes de
Cukor plus proche de Au théâtre ce soir et de son giscardisme esthétique rampant que des cieux magiques d'Hollywood.. Le film lui rapporte malgré tout une nomination aux Césars.
Roman de gare
Suivront des choix plus ou moins heureux et un retour à un cinéma moins hexagonal ou plus marginal, avec quelques écarts au milieu :
Callas forever (Franco Zeffirelli, 2002), un horrible biopic dans lequel la comédienne s'en sort tant bien que mal ;
Nathalie...Anne Fontaine, 2004), navet petit bourgeois où Fanny Ardant paie
Béart pour qu'elle se prostitue avec son mari,
Depardieu, le seul à se sortir de ce marasme d'une bêtise sans fin ;
L'Odeur du sang (Mario Martone, Id), retour sur des terres italiennes que l'actrice affectionne ;
Paris je t'aime (2006), film à sketchs en hommage à la ville lumière, tous sans le moindre intérêt ;
Roman de gare (2007), polar lumineux et romantique de
Claude Lelouch où l'actrice séduit dans un rôle machiavélique ;
The Secrets (Avi Nesher, Id), film franco-israélien inédit en France ;
L'Ora di punta (Vincenzo Marra, Id), où elle retrouve le cinéma italien, sa seconde famille. Elle est enfin à l'affiche du nouvel opus du Tarantino d'Issy les Moulineaux qu'on espérait définitivement condamné aux oubliettes après les nullissimes
Les kidnappeurs (1998) et
Le Pacte du silence (2003) : Graham Guit pour
Hello Goodbye (2008), une comédie sur un couple de parisiens bourgeois qui plaquent tout pour partir en Israël. Fanny Ardant y retrouve entre autres son compagnon de cinéma favori,
Gérard Depardieu.