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15 août

Critique

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Sea, Sex et Sondages

Il est entendu que l'écran de cinéma est un surface de projection. Peut-être est-il aussi une surface de réflexion. Non pas au sens d'espace de pensée, ce qui, parfois, serait trop lui demander, mais comme cadre miroitant où se réfléchirait l'image du spectateur. Dans 15 août, ce phénomène est permanent. Tout ce qui y est montré n'est que l'image spéculaire du public. Avec cette particularité que le miroir y est gondolé.

Trois hommes, trois types, trois caractères... Ils débarquent au cœur de l'été dans une maison louée conjointement, en Bretagne. Ils pensent retrouver leurs conjointes qui les y ont précédés. Seulement voilà, celles-ci sont parties. Elles ont laissé les enfants, le chien et le réfrigérateur vide pour s'offrir une semaine sabbatique. Face à ce pied de nez, les maris sont désemparés. Pourquoi cette fugue? se demandent-ils. En guise de réponse, les femmes ont déposé dans leur chambres respectives un mystérieux livre, genre best-seller de la psychanalyse de comptoir. Avec ce résumé, tout est dit. Le reste n'est que gesticulations, grimaces et cris d'autant plus pitoyables que des acteurs intéressants par ailleurs s'obstinent à les rendre drôles.

Et ce avec succès, puisque le public rit. Il s'esclaffe comme un enfant s'amuse devant les caricatures, la sienne ou celle de son voisin, que lui renvoient des glaces déformantes. Il ricane comme on se moque de celui qui dans la rue fait une chute ridicule... avant de tomber soi-même. En fait, c'est un rire de complaisance, de ceux qui ne servent qu'à se conforter dans l'aveuglement et l'absence de doute. Il enferme celui qui en use dans une situation qui finalement n'est jamais remise en question. Toutes ces moqueries, toutes ces critiques ne sont que le revers d'un éloge de la bêtise. Plus généralement, ce qui agit ici, c'est le sentiment d'appartenance à un groupe, avec sa logique rassurante et moutonnière.

Elargissons le champ. Ce film participe d'un mouvement plus vaste. Il est le résidu d'une société qui passe son temps à se regarder le nombril. Il ne vaut pas plus que ces tests qui polluent à longueur de pages des publications à but d'autosatisfaction. On s'y plonge entre amis, avec un petit rire coincé, tout à la joie de déclarer que c'est juste pour rire, que l'on en est pas dupe et que l'on est au dessus de ça. Après les questionnaires idiots, les statistiques absurdes, les analyses pseudo-sociologiques destinées à une audience ciblée, voici maintenant le film-sondage. Vous êtes priés de cocher la bonne case: êtes-vous un homme ou une femme ? Êtes-vous tendre ou machiste ? Savez-vous faire la lessive ? Et la cuisine ?... Tout y passe. Le but du jeu consiste à choisir son camp, puis à faire mine de rire avec les autres tout en s'enfonçant dans son état. A ce niveau, le rire ne devient plus qu'une machine à reproduire la médiocrité, de celle qui nous embourbe et nous étouffe.

15 août
De Patrick Alessandrin
Avec Richard Berry, Charles Berling, Jean-Pierre Darroussin
France, 2000, 1h32.

Manuel Merlet