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La France vue par une Française expatriée en Amérique, pourquoi pas. Sauf quand entre autobiographie, petits désordres amoureux woodyallenisés et portrait vitriolé et cliché de notre beau pays tout vire à une caricature systématique et limite condescendante, malgré elle.
Il ne faut pas longtemps à 2 Days in Paris pour montrer ses limites. Pensé comme le récit catastrophe d’un couple franco-américain (Julie Delpy, Adam Goldberg ) qui de passage à Paris rejoue une version dégénérée de Voyage en Italie, le film commence par s’aventurer vers la comédie de mœurs pour ensuite graviter autour d’une banale histoire de couple. Dès le départ Julie Delpy (dont c’est le premier film) enfonce les portes ouvertes. Conçu comme un film à double vision, double point de vue, double culture (Delpy vit aux states depuis 15 ans pour ceux qui n’ont pas suivi), elle n’hésite pas à poser d’emblée un regard profondément caricatural sur la France. C’est le principe, 2 Days in Paris se veut entre autres un portrait grossier, voire outrancier, presque délirant de tout ce qui nous rend si différents des Américains. Delpy prend ainsi le rôle plutôt schizophrénique de la cinéaste française plus américaine que les Américains, tout en justifiant toujours son point de vue par lui, son amant (en vrai et faux), Adam Goldberg.
La France de 2 Days in Paris est donc un festival de clichés qui ne cessent de se succéder sans demi-mesure. Chaque personnage est un obsédé du cul, tous les taxis parisiens sont soit des cons finis, des types super lourds qui vous draguent, des fachos racistes à mort ou des neuneus qui se trimballent avec l’intégrale de Brassens ou Ferré (l’horreur). Tous les proches de Delpy sont des artistes à deux balles, genre poète balourd ou plasticien débile, ou des demeurés, surtout ses parents (pas sympa). Personne n’est capable ou presque d’articuler deux mots d’anglais, le marché c’est l’abattoir, notre connexion Internet date du 56k, les bourgeois sont des néo-colonialistes pédophiles en puissance et bien sûr l’hygiène laisse à désirer. Bref, Paris c’est l’enfer. La caricature est telle évidemment qu’on est pas loin d’Affreux, sales et méchants. Mettons que tout ceci soit donc désiré, volontairement too much (le retour grotesque des Américains venus cracker le Da Vinci Code, l’extrémiste végétarien), et que le film soit à l’image d’une certaine comédie américaine qui aime tribaliser l’autre.
Admettons, mais ce n’est pas terminé. 2 Days in Paris c’est d’abord l’histoire de ce couple, une comédie du couple même avec l’expatriation comme champ d’expérimentation du passé de l’autre. Le film tente ainsi de transformer son essai interculturel en querelle woodyallesienne. Ca en est presque gênant tant la référence est déclarée. Pourtant rien de surprenant, moins du côté Delpy que du côté Goldberg, qui par ses propres films (Running With the Bulls, I Love Your Work), a déjà montré sa capacité à plagier Woody Allen et son personnage narcissique, hypocondriaque et sarcastique. Sauf que le plagiat passe mal. Goldberg reste toutefois sympathique, il subit même beaucoup et son personnage est plutôt à plaindre, mais une double imposture (Delpy/Goldberg) c’est trop pour un seul film. D’autant que la tournure de la seconde partie, avec défilé des anciens amants, malentendus, mensonges, jalousie, paranoïa, vieilles histoires de cul et rengaine sur la difficulté pour les trentenaires à s’engager dans une relation durable n’arrange rien. Ça vire au drame petit-bourgeois.
Finalement 2 Days in Paris ne se distingue sur aucun des deux tableaux de la comédie sentimentale et de mœurs. Le procédé, même drôle par moments par sa surenchère dans la catastrophe reposant sur l’idée d’un personnage égaré en territoire hostile, finit par être si systématique qu’il en devient ridicule sinon facile ou complaisant. Julie Delpy essaie bien de mélanger les approches, d’être à la fois tendre et vache avec tout le monde, mais non. Elle a plutôt retenu le pire des deux cultures et sans concession, sans vraiment laisser sa chance à quiconque (un peu à Goldberg, et encore). Même son approche du couple est une caricature. En définitive, 2 Days in Paris réussi à être le mélange improbable entre le cinéma américain indépendant, bavard, faussement intello mais parfois intéressant (Dazed and Confused, A Scanner Darkly) de Richard Linklater, que Delpy et Goldberg connaissent bien. Et la comédie populaire à la française façon Etienne Chatiliez. Gageons que si on n’est pas trop exigeant sur l’un ou l’autre, on puisse s’y retrouver.
2 Days in Paris
De Julie Delpy
Avec Julie Delpy, Adam Goldberg , Daniel Brühl
Sortie en salles le 11 juillet 2007

Illus. © Rezo Films