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Déjà sceptique à l’idée d’un remake du beau western de Delmer Daves, on n’a pas été déçu, 3h10 pour Yuma par James Mangold est une relecture vulgaire et bruyante qui en dit long sur notre époque et son besoin d’assistanat.
En langage familier, on dirait que James Mangold a tout salopé. Son remake de Trois heures dix pour Yuma, le chef d’œuvre lent et aride de Delmer Daves (1957), sur une histoire du grand Elmore Leonard est en comparaison d’une rare nullité. Certes Mangold n’a pas toujours brillé, même si on trouvait de belles qualités à Walk the Line. Là il révèle, ou rappelle, son côté bourrin et flingue donc ce film unique sur l’altérité et la liberté, ce grand western à l’ambiguïté latente et au lyrisme contenu. Rappel pour ceux qui ont raté l’original : le film raconte comment un éleveur mène secrètement un célèbre chef de gang récemment capturé jusqu’au train pour Yuma. En plus d’une prime qui sauverait sa ferme, il espère surtout briller à nouveau dans les yeux de sa femme et de ses fils. Mais durant leur périple les deux hommes font connaissance et nouent progressivement une relation inattendue tandis que les membres du gang font tout pour récupérer leur chef. Sensiblement, les deux films ont la même trajectoire, même si chez Mangold de nombreux détails ont été modifiés, et c’est en partie le problème.
Car qu’est-ce qui ne va pas dans la version 2007 ? Tout. Ce n’est pas une réactualisation du western (en soi) ou une relecture du film de Delmer Daves que Mangold offre, c’est sa version pour les nuls, sa vulgarisation. Là où l’original est tout en suggestion et en creux, oscillant entre le récit humaniste et métaphysique en osmose avec une mise en scène discrète mais précise, le remake surligne lourdement chaque détail pour justifier la moindre action ou trajectoire des personnages. Quand chez Daves on privilégiait l’épure et le suspens (éprouvant), chez Mangold on multiplie les gunfights et les seconds rôles inutiles comme chair à canon. Du film tendu et étrange aux personnages complexes on passe à la démonstration de force et aux psychopathes de comptoir (Ben Foster, ridicule en cow boy queer). Mais cette version avec notes de bas de page ne s’arrête pas là, elle s’imagine combler les absences de l’original en rajoutant Indiens et Chinois pour accentuer cachet historique et réalisme. Peine perdue, toute la force du film est diluée et anéantie dans cette version prémâchée et bruyante qui n’ose ni maniérisme ou classicisme mais une adaptation insipide et voyante au casting foireux.
3h10 pour Yuma
De James Mangold
Avec Russell Crowe, Christian Bale, Peter Fonda, Ben Foster
Sortie en salles le 26 mars 2008

Illus. © TFM Distribution