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Faut pas rêver, le cinéma ça sert à rien, juste parfois à penser ou nous agrandir le monde. En revanche, pour ceux qui en font ça peut parfois être utile. Comme pour Al Pacino dans 88 minutes, un thriller brouillon et gadget en temps réel où la star, cernée par les femmes, prouve qu’il reste un sex symbol.
Il y a toujours plus à sauver d’un nanar avec Al Pacino qu’avec Robert De Niro. Moins mercantiliste, plus autonome, plus comédien finalement, Pacino peut incarner le meilleur comme le pire des personnages, dans les productions les plus bâclées, et toujours arriver à sortir son épingle. Manière de passer par là, pas vraiment à la sauvette, plutôt comme pour faire un pied de nez au film en affirmant sa supériorité, en douce, sans avoir l’air de trahir le projet. Comme si le simple fait d’être là, pour le plaisir de jouer, lui suffisait à oublier l’inconsistance d’un scénario, l’incompétence voire l’absence totale de talent du réalisateur. Pacino aime qu’on le regarde. Question d’ego, mais pas seulement, car même là où il est le moins attendu, Pacino éprouve une telle passion pour le jeu (contrairement à de Niro, plutôt héritier de Brando), qu’il continue à produire une forme de générosité qui ne contredit jamais ses personnages.
Le temps réel jamais tenu
Ce plaisir d’être là, vu, filmé, entouré, cette manière d’exister pour tout prolonger (la vie, la curiosité, le désir, la jalousie), s’inscrit tel un programme dès l’ouverture du médiocre thriller de Jon Avnet, 88 minutes.
Pacino, prof et expert psy pour le FBI, est dans un bar, entouré de femmes qui ont toutes les yeux braqués sur lui. A peine le laborieux enchaînement d’images terminé, on le retrouve chez lui, au matin, avec une fille au corps incroyable, nue dans son appartement. La suite ne sera presque qu’un prétexte, voire une fausse piste, entre pseudo film concept et semi film gadget, où Pacino, pris au piège d’un coup monté par un condamné à mort qu’il a lui-même fait accuser, va courir à travers la ville pour sauver sa peau et déjouer le complot. Tout ça en 88 minutes donc, soit un pur faux parti pris de mise en scène temps réel jamais tenu, presque une blague, une caricature de série télé, là d’où vient d’ailleurs Avnet.
Le tarabiscotage du scénario ainsi vite éventé par une double avance (narrative et de clôture temporelle) laissant peu de place à l’intrigue, le film perd rapidement toute crédibilité et tout suspens, tombant généralement à plat. Malgré le jeu de signes, la traque psy de personnages aux identités floues ou mouvantes, la paranoïa suscitée par un climat d’incertitude et de suspicion constante, Avnet loupe chacun de ses tours. Il s’égare avec facilité dans d’horribles petits effets de montage dépassés tandis que le cadre est généralement absent. Même pas rattrapé par un discours ambigu sur la peine de mort (« je ne suis pas pour la peine de mort, mais je prends d’abord en considération la souffrance des victimes », conclura à peu près Pacino), Avnet n’a pas grand-chose pour lui. Sauf Pacino et deux trois trucs, pas vraiment de mise en scène, plutôt d’espace en tant que situation géographique des scènes.
Toujours un sex symbol
C’est seulement là où le gadget du temps réel devient parfois intéressant. Comme cette manière de faire arpenter les acteurs dans un parking, longuement, abusivement, avec un chassé croisé invraisemblable de personnages qui ont chacun une fonction presque similaire à ceux d’un jeu vidéo, un autre habitué du temps réel. Mais la contrainte a finalement moins pour but de servir ou rattraper le bordel ambiant que de multiplier l’intensité de l’intrigue en faisant converger tous les regards sur Pacino. Et pas n’importe lesquels, presque tous des regards féminins à la limite de l’implosion libidinale. En définitive, le jeu de piste, l’enquête criminelle, le duel à distance entre Pacino et le condamné, ce tout bourré de maladresse, de confusion, qui se saborde en permanence, n’est qu’un trompe-l’œil. Le seul vrai sujet du film, c’est comment augmenter le sex appeal de Pacino, comment assurer un maximum sa présence à l’écran entouré de femmes. Une façon pour lui d’organiser un grand rapt, non seulement du film, qu’il oblige presque à se soumettre à son image, mais aussi du casting dans sa quasi-totalité. Ainsi, malgré toutes les faiblesses de 88 minutes, Pacino a, en plus d’avoir sauvé sa peau, prouvé qu’il était encore un sex symbol. Pas mal.
88 minutes
De Jon Avnet
Avec : Al Pacino, Alicia Witt, Amy Brenneman
Sortie en salles le 30 mai 2007

Illus. © 2007 Metropolitan Filmexport