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A bord du Darjeeling Limited, qu’on préfère appeler par son titre original, The Darjeeling Limited, risque de dérouter ceux qui croyaient avoir trouvé en Wes Anderson leur nouvelle idole. Pourquoi ? Parce que The Darjeeling Limited n’est pas un film parfait, qu’il n’a pas, en apparence, la maîtrise de Rushmore ou La Famille Tenenbaum. Pourtant, s’il prend le risque de décevoir en s’aventurant vers de nouvelles contrées, le film est une réussite. Mineure peut-être, moins évidente que les précédentes car moins bien équilibrée, mais une réussite néanmoins parce que Wes Anderson met en péril la perfection de ses habiles châteaux de cartes sans pourtant complètement y renoncer. Comment ? En faisant le pari difficile de greffer son univers à un road movie initiatique en Inde. Sur le principe, le sujet est le même (la reconstruction d’un collectif), cette fois à travers l’histoire de trois frères (Owen Wilson, Adrien Brody et Jason Schwartzman) qui se réunissent pour traverser le pays afin de resserrer leurs liens après le décès de leur père, et surtout retrouver leur mère, exilée dans un monastère.
Hotel Chevalier, en prélude

Un nouvel espace de jeu
Hotel Chevalier pourra sembler anecdotique et ne servir que de raccord un peu paresseux avec The Darjeeling Limited. Pourtant son écho, tout au long du voyage, restera comme un point d’ancrage extérieur à un film qui dans sa trajectoire ne cesse de renvoyer à un ailleurs ou au passé. Mais attention, inutile d’espérer que ce périple indien se transforme en profonde quête spirituelle. Wes Anderson, quoique par quelques écarts de conduite, évite toute tentation documentaire et filme le pays dans sa dimension exotique (donc dans une certaine idée de l’altérité absolue). Il ne fait que déplacer son monde dans un autre, et il est davantage attiré par les couleurs ou la lumière, le folklore, qu’une rencontre authentique avec l’Inde et son peuple qui bouleverseraient ses personnages, même si c’est l’idée et qu’elle fonctionne - mais pas comme on l’attend. Aucune incidence donc, Anderson ne fait pas jouer les touristes à sa fratrie, ils sont dans un autre monde, factice, mais inspiré de l’Inde. L’essentiel c’est d’être dans un nouvel espace de jeu suscitant d’autres possibilités, d’autres processus pour faire évoluer l’histoire et les personnages tout en variant les motifs ou les rencontres.
Un film qui déraille

On peut se féliciter que Wes Anderson ne réponde pas aux attentes, qu’il rompe la géométrie parfaite de son cinéma par un climat plus dépressif, malgré les apparences. Il continue d’avoir une pudeur, de raconter l’histoire d’enfants égarés (gâtés ?) dans des corps adultes, une quête moins spirituelle qu’affective mais dans un nouveau territoire où, tout en étant obsédés par l’extérieur, les personnages vont progressivement se souder les uns aux autres sans s’en apercevoir et jouir du monde dans lequel ils sont. C’est dans ses ratés et ses creux que le film prend discrètement de l’ampleur, qu’il déroule son projet sentimental et mélancolique sans trahir ses ambitions. Il y a ici comme un renouvellement fragile de ce petit théâtre cartoonesque, une manière de rompre lentement avec la douleur en s’inventant une nouvelle géographie et le principe de défilement qui l’observe (le train). Avec l’Inde comme nouveau décor, Anderson s’est trouvé un autre paysage fictionnel où faire migrer ses obsessions. Toujours avec la plus grande élégance et un certain raffinement qui ne trahit en rien la beauté du pays et ses habitants dont l’étrangéité va libérer les personnages.
A bord du Darjeeling Limited / Hotel Chevalier
De Wes Anderson
Avec Owen Wilson, Adrien Brody, Jason Schwartzman et Natalie Portman
Sortie en salles le 19 mars 2008

Illus. © Twentieth Century Fox France
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