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Ce film ressemble un peu à la photographie si mystérieuse sur laquelle se termine "Shining". D'origine indéterminée, elle montre un Jack Nicholson souriant, inexpliquablement mêlé à une scène qui s'était produite bien avant sa naissance. Impression fantômatique ? Réincarnation ? Preuve d'une immortalité ? Toutes les hypothéses peuvent être avancées. Une certitude subsiste néanmoins: l'intérêt de Kubrick pour une permanence de l'être après la mort. Stanley Kubrick est décédé depuis maintenant plus de deux ans. Un film sort aujourd'hui, cosigné de son nom et de celui de Spielberg. Est-ce de la sorcellerie ? Le cinéaste aux treize chefs-d'oeuvre aurait-il réussit à s'affranchir des barrières de l'au-delà ? Aurait-il vaincu la mort comme l'astronaute de "2001" ou le Jack de "Shining" ? A cette question, nous répondons par la négative.
Il y a en effet peu de Kubrick et beaucoup de Steven Spielberg dans ce long métrage à l'étirement pesant. Face à ce livre d'images aux couleurs parfois chatoyantes, l'émerveillement est de règle. Nous ne sommes pas cependant obligé d'obtempérer. Tout y est trop concerté, trop attendu. Et les multiples citations à l'univers de Kubrick n'apporte rien. Au mieux, elles participent d'un jeu que le ce dernier avait su élever à un tout autre niveau. S'il cultivait l'écho à l'intérieur et à l'extérieur de ses films, s'il se citait lui-même, c'était pour mieux mettre en résonnance leurs significations. L'écho était pour lui source de sens. Il se poursuivait au delà de son apparition. Ici, il meurt aussi vite qu'il est perçu.
A défaut d'avoir ces qualités, "A.I." confirme Steven Spielberg dans son statut de conteur. Récit d'anticipation, il réécrit au futur les aventures de Pinocchio. Des parents dont l'enfant est dans le coma, décide d'acquérir un robot expérimental dont l'apparence, le comportement et les mots rappellent en tous points ceux d'un garçon humain. Le problème est qu'il est aussi programmé pour montrer de l'affection et ressentir des émotions. Aussi, le jour où ses parents "adoptifs" l'abandonneront dans la forêt, il n'aura qu'une hâte, trouver la fée bleue du conte pour devenir un vrai petit garçon et retrouver ainsi l'amour parental perdu. La relecture du récit imaginé par Carlo Collodi, éxécutée à partir d'une nouvelle de Brian Aldiss, est habile et, en certains instants, subtile. En soi, elle constituait donc un sujet rêvé pour un Spielberg déjà fort inspiré par Peter Pan, cet autre création de la fin du XIXème siècle.
Le réalisateur de "E.T." et de "Rencontre du troisième type" a éxécuté une succession d'images à la technique parfaite mais dont l'âme reste encore à prouver. Sa nature est floue. Comédie musicale quand Jude Law le magnifique se met à esquisser d'habiles pas de dance ou fable philosophique lors du pénible final, "A.I." est plus le produit d'une bâtardise que d'une véritable union. Son intelligence n'a peut-être rien d'artificielle. Elle n'en résulte pas moins d'une greffe, celle du cerveau d'un maître sur un élève doué, qui n'a pas bien pris.
A.I. Artificial intelligence
Réalisé par Steven Spielberg
Etats Unis, 2001
Durée : 2h25
Avec Haley Joel Osment, Jude Law, Frances O'Connor
Sortie en salle en France : 24 octobre 2001

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