A l'intérieur de Julien Maury


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Sang pour sang effrayant !



Attention ! Mini-événement ! Ce film est une petite bombe dans le paysage désertique et psychologisant du cinéma hexagonal. Voyez l’objet : un film d’horreur « gore », tourné de A jusqu’à Z par une équipe française. Un joli bébé qui n’a rien de la série Z et tout de la A. « A + » même, car la réussite est totale. Quand le sang coule de cette manière, il faut s’en abreuver sans retenue.
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Le plaisir est immédiatement communicatif. Le sang a beau gicler, les viscères se répandre et les corps se démembrer, on ressent l’excitation et l’amusement des réalisateurs et de leurs acteurs. Non que le film fonctionne sur le second degré ; au contraire, il est même très sérieux, très sûr de lui. En fait, l’image est à chaque instant imprégnée par la joie qu’ont dû ressentir Julien Maury et Alexandre Bustillo lors du tournage de ce film « gore », un petit bijou qui constitue un cataclysme au sein d’une production française très policée. Le premier est l’auteur de courts métrages plusieurs fois primés ; et le second est un collaborateur de la revue Mad Movies. Nos deux Jekyll et Hyde se sont nourris à de multiples sources, aux giallos, aux slashers et autres films fantastiques des années 1970, aux labyrinthes de Dario Argento, aux terreurs en cinémascope de John Carpenter et aux poisons insidieux de Roman Polanski. Des mets de choix dont on sent l’influence dans ce premier long métrage, mais qui ont été parfaitement digérés. Les auteurs ont ingurgité tous ces éléments et ont su les incorporer à leur univers personnel. Ce qui fait de A l’intérieur un film tout à fait original, au delà même de son inscription dans notre paysage national.

Car si ça hurle, saigne et étripe, le film est aussi d’une rare beauté formelle. Les lois du genre sont appliquées, mais jamais au détriment de la mise en scène, techniquement parfaite. Tout, de la lumière au son, de la musique au décor, a fait l’objet d’une attention quasi maniaque. Ces précautions se perçoivent jusque dans le rythme du film. Court, il avance à pas mesurés. Ici, pas de frénésie tournant à vide, pas de montage syncopé censé rattraper la vacuité du spectacle. A l’intérieur laisse monter avec douceur et assurance l’angoisse puis l’horreur. S’il s’ouvre sur une image perturbante (un fœtus subissant le choc d’un accident de la route, au sein du ventre qui le protège), il retombe immédiatement dans un calme trompeur, une léthargie dans laquelle naîtra, grossira la pire des violences, tel un virus s’emparant progressivement de l’image. Film d’horreur certes, mais dont les lignes composées, ciselées comme de l’orfèvrerie, évoquent les travaux de plasticiens et d’artistes contemporains. Sa gestation se situe bien au delà du terrain de jeu cinéphilique. La représentation du corps ne se réduit pas à un jeu creux et morbide, un masochisme malsain dont on se réjouirait bêtement. Elle perturbe, questionne, interroge. A l’intérieur est une œuvre qui travaille le spectateur dans ses viscères, mais aussi dans les tréfonds de son inconscient.

La durée ramassée, alliée à un scénario très soigné, d’une rare cohérence, confère au film une vraie densité. La matière est là, dans la chair mais aussi dans l’esprit. Une matière riche, en mouvement, à la forme imprévisible et fascinante. Et pourtant, tout tient en quelques lignes. Une jeune femme enceinte vient de perdre son compagnon dans un carambolage routier. Convalescente, elle s’enferme seule dans son pavillon, le soir du réveillon de Noël. Sur le poste de télé, on voit des images de banlieues en proie aux flammes et aux émeutes. Survient alors une mystérieuse femme… A partir de ce point de départ se développe une série d’échos, de jeux de miroirs, qui donnent l’impression d’un film plein. La métaphore de l’enfantement, et plus précisément du mal travaillant au sein de l’organisme qui le recèle, est ainsi déclinée méthodiquement. De la célébration de la naissance du p’tit Jésus à une actualité récente qui a vu une partie de la jeunesse se rebeller contre sa soit-disant mère patrie, le film s’inscrit dans le registre de la maternité inquiète ou étrange. S’il joue bien sûr avec les angoisses pré-natales de la plupart des futures mères, il se développe bien au delà. Par la métaphore, il attaque chacun, homme comme femme, dans son intimité. A l’intérieur, tonne le titre. Effectivement, tout se joue là, même si la surface d’approche est bien le corps, dans sa matérialité.

Le film de Julien Maury et Alexandre Bustillo est donc une totale réussite. Aidés par une audacieuse Alysson Paradis et une Béatrice Dalle plus vénéneuse et féline que jamais, ces deux complices jettent un pavé dans la mare. Moderne par ses références, leur film nous touche comme un objet tranchant, vif, primitif. A l’intérieur rejoue les angoisses des origines, celles du Grand Guignol, de ce théâtre d’épouvante voué à choquer l’homme dans sa chair et qui se qualifiait lui-même de scientifique. « On ne sépare pas le corps de l’esprit, ni les sens de l’intelligence », écrivait également Antonin Artaud dans Le Théâtre et la cruauté. Il ajoutait « c’est par la peau qu’on fera rentrer la métaphysique dans les esprits ». Une leçon retenue par Maury et Bustillo, et de fort belle manière.

A l’intérieur
Un film de Julien Maury et Alexandre Bustillo
Avec : Béatrice Dalle, Alysson Paradis, Nicolas Duvauchelle, Nathalie Roussel, François-Régis Marchasson.
France, 2007 – 80 mn
Sortie en salles : 13 juin 2007

Illus. © La Fabrique de Films

Manuel Merlet Le 11 juin 2007
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Casting de A l'intérieur

Réalisateur : Julien Maury Alexandre Bustillo
Avec : Béatrice Dalle, Alysson Paradis, Nathalie Roussel, François-Régis Marchasson, Jean-Baptiste Tabourin, Claude Lulé, Hyam Zeytoun, Tahar Rahim, Emmanuel Guez, Ludovic Berthillot, Emmanuel Lanzi, ...



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