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En 1964, Mikhaïl Kalatozov réalisait Soy Cuba. A travers plusieurs récits successifs, le cinéaste russe chantait la gloire de la révolution qui, six ans plus tôt, avait mis fin à la dictature de Fulgenio Batista, soutenue par les Etats Unis, et permis à Fidel Castro de se hisser au pouvoir. Quarante ans plus tard, le comédien Andy Garcia tourne son premier film, Adieu Cuba, un hommage rendu à l'île dont il est natif et qui revient sur ces mêmes événements. Autant dire que la vision de l'américain est aussi éloignée de celle du soviétique qu'on peut l'imaginer. Là où ce dernier proposait un film de propagande dont la puissance du style faisait oublier l'arbitraire de l'idéologie, l'autre n'est parvenu à peindre qu'une belle carte postale aux allures de jukebox géant.

Le film se resserre ainsi sur le sort de Fico Fellove, interprété par Garcia lui-même. Directeur de club, il paraît indifférent à la révolution. Seul lui importe de faire perdurer sa petite entreprise, coûte que coûte. La musique, la danse, le mouvement deviennent ainsi un refuge où Fico s'enferme, loin des choix et des prises de position. Dans ce film sans aspérités, à la photo décorative, la politique ressemble à un tombeau. Elle trompe, elle assassine, elle détruit. Même l'amour que Fico éprouve pour sa belle-sœur, élue « veuve de la révolution » par Castro lui-même, est voué à un échec. Seules comptent les notes variées, virevoltantes, chantantes mises en valeurs par un club que le nouveau régime n'aura de cesse de gêner puis de fermer. Ce qui donne un film sans grande consistance, reposant presque uniquement sur ses morceaux musicaux, omniprésents.
Car, à l'instar de de Fico, Adieu Cuba fuit la réalité de ces événements historiques. Ou plutôt il les survole, les regardant de loin, comme des clichés, des images figées. Sa peinture de l'époque manque de profondeur. Et même si l'on peut passer sur la convention qui veut que tous les personnages parlent anglais, cette approche superficielle cachée sous les oripeaux de la tragédie ne saurait suffire. On n'apprendra rien de précis, ou si peu, sur cette révolution pourtant loin d'être anodine. Andy Garcia préfère suivre le chemin de la nostalgie, des amours défuntes et des passions ravivées. La cité perdue du titre original (The lost city) continuera ainsi à New-York, là où Fico s'est exilé et où il recrée son club de musique. Comme si rien ne s'était passé, comme si tout n'avait été qu'un lointain rêve. Deux heure vingt pour en arriver là... Le spectateur était en droit d'en attendre un peu plus, surtout avec un casting de cette qualité. Reste pour l'amateur une bande son exceptionnelle. C'est peu et beaucoup à la fois.
Adieu Cuba
Un film de Andy Garcia
Avec : Andy Garcia, Bill Murray, Inès Sastre, Dustin Hoffman, Enrique Murciano, Nestor Carbonell, Tomas Milian, Steven Bauer
Etats Unis, 2005 - 2h23
Sortie en salles (France) : 9 août 2006

Sur le web :
- Le site officiel du film
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