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Adventureland commence presque comme une suite de Supergrave où le personnage de Michael Cera laisserait la place à Jesse Eisenberg (grande découverte du film). Jeune diplômé rêvant de partir pour l'Europe durant ses vacances d'été avant de poursuivre ses études à New York, il fait les frais de son père ayant perdu son job. Forcé de trouver un boulot afin de financer sa future vie universitaire, il décroche un emploi dans le parc d'attraction local. A priori pas le meilleur spot, mais très vite le lieu devient un prétexte aux rencontres : amis et surtout les filles, notamment Emily (Kristen Stewart, sublime et touchante) dont il tombe amoureux. A partir de ce pitch d'une simplicité cristalline, Mottola tire une magnifique chronique sentimentale. Mélangeant avec une grâce de chaque instant tendresse et pointes fugaces de gravité (portrait des familles déstructurées ou abîmées en contrepoint), il embrasse ses personnages avec douceur et pudeur. Un geste ou un regard lui suffisent pour créer des moments de pure apesanteur où se distille la totalité des enjeux. Il capte tout à la fois les hésitations de chacun et leurs motivations, n'abandonnant personne sur le bord de la route. Un art de la description et du portrait (un sens du casting et de l'espace aussi) que Mottola pousse sans jamais forcer, son film tout entier porté par son cadre chaleureux et cette capacité à faire naître en creux des instants fulgurants d'émotions.
Avec son récit initiatique couplé d'un marivaudage amoureux (chacun vit plus ou moins plusieurs relations), Adventureland tient d'une relecture rohmérienne malgré lui. Mottola revisitant par hasard Conte d'été, mais dans une version reprenant l'horizon et les couleurs du teen movie américain. Auquel il doit donc tout et plus grand chose, sinon peut-être cette vague mélancolie d'une époque dont la BO sert ici de panorama sonore. Film d'ambiance errant au fil d'une structure souple et pourtant précise, Adventureland rejoue aussi surtout avec une élégance quasi inédite des rencontres estivales. Dans l'intermède de la fac et d'une vraie promesse d'indépendance à venir, les destinées affectives vécues par les personnages sont décrites autant dans la profonde nature qui les soutient que leurs perspectives plus adultes (tout le film est comme un carrefour). Se dessine ainsi dans le sillon d'une comédie romantique réinventée une amplitude temporelle et existentielle soulignant avec lucidité le devenir des sentiments (couples, familles), sans forme de jugement moral. Peu de films auront su capter avec une telle délicatesse ce moment à la lisière d'un entre deux mondes, quand se dévoile une relation amoureuse conjointe à celle d'un tournant dans la vie. Adventureland - nom du parc d'attraction où se déroule ce manège sentimental -, filme avec clarté et intuition, l'éphémère autant que l'élan des passions qui marquent. Son plan final, d'une discrétion bouleversante, achève d'en faire une œuvre d'une étonnante et rare sensibilité.
Adventureland
De Greg Mottola
Avec : Jesse Eisenberg, Kristen Stewart, Martin Starr, Bill Hader
DVD Buena Vista Home Entertainement : disponible
Illus © Miramax Films
Jérôme Dittmar
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