Amer beton de Michael Arias

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Au coeur de la cité

Pour sa première réalisation, Michael Arias fait montre d'un onirisme humain et flamboyant. De la ville-trésor jaillissent deux orphelins, illuminant, entre Bien et Mal, un regard noir sur les cités nippones modernes. Une animation originale et un univers foisonnant, un conte philosophique et social saisissant.

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Amer Béton est l'adaptation du manga Tekkon Kinkreet de Taiyo Matsumoto, paru en 1994 et adapté au théâtre l'année suivante. L'auteur cultive une sensibilité et un onirisme détonnant des productions traditionnelles. Inspiré par les traits de Moebius et Prado, il mélange les styles japonais et européen. Son œuvre, parfois controversée pour son réalisme, est riche, et le pari de l'adapter osé.
Le béton, c'est celui des agglomérations qui couvrent l'île, des métropoles si souvent actrices dans la fiction nipponne. Matsumoto, né en 1967, ne redessine pas le décor post-apocalyptique d'Akira, lié à la période de récession qu'a connu le Japon. Takara, la ville "trésor", n'a pas été anéantie par l'Histoire, elle s'en est nourrie, faisant siennes ses cicatrices, formant un bric-à-brac baroque et vivant mais pouvant se révéler froide et cruelle à chaque instant. Ce regard nouveau est structuré par une symbolique taoïste, une philosophie de l'équilibre qui veut œuvrer pour la reconstruction du lien social.


Blanc et Noir, complémentaires comme le Yin et le Yang, veillent sur Takara. Les deux gamins agiles, "les chats" comme on les surnomme, font face à un yakuza et d'étranges assassins, résolus à s’approprier et remodeler la ville. Noir, en apparence dur et enragé, et Blanc, innocent et lunaire, grandissent à l'épreuve de la vie, douloureuse au cœur d'une cité souffrante. Séparés, c'est leurs propres démons que les enfants devront affronter.

Michael Arias signe avec Amer Béton sa première réalisation. Au générique de plusieurs long-métrages pour les effets visuels (Abyss, Le grand saut), il s'est expatrié à Tokyo où il développe des logiciels d’infographie et travaille dans la production pour le Studio 4°C. Celui-ci veut explorer les différentes techniques d’animation et a la réputation d'accorder une grande liberté aux artistes. Fondé en 1986 par le réalisateur Kôji Morimoto, l’animateur Yoshiharu Sato et la productrice Eiko Tanaka, le studio a notamment produit Memories (Kôji Morimoto, Tensai Okamura, Katsuhiro Ôtomo, 1995), animé Steamboy (Katsuhiro Ôtomo, 2004) et fait découvrir la même année le formidable Mind Game (Masaaki Yuasa). Arias développe Toon Shaders, un logiciel d’infographie conçu pour intégrer l’infographie à l’animation traditionnelle, rapidement adopté par le studio Ghibli pour Princesse Mononoke, sur lequel il est conseiller technique. En 1999, il produit un pilote de 4 minutes d'Amer Béton, primé dans plusieurs festivals. En 2003, les frères Wachowski lui confient la production de deux courts-métrages pour Animatrix (Seconde renaissance de Mahiro Maeda et Au-delà de Kôji Morimoto). Son travail lui permet de réunir argent et talents pour la réalisation d'Amer Béton, qui durera 4 ans.

Il opte pour une animation à la fois traditionnelle et numérique. « Mon souhait était non seulement que le film paraisse le plus artisanal possible, mais que l’on se sente immergé dans un tableau. L’idée était que le film plonge le spectateur dans un univers parallèle, qu’il ressemble à un documentaire filmé à l’intérieur d’un coffre à jouets ». Tanaka réunit le réalisateur Shojiro Nishimi (à qui l'on doit le stylisme des personnages), le directeur artistique Shinji Kimura (pour les décors et les couleurs) et le directeur technique Hiroaki Ando, tous fans du manga de Matsumoto.


Les décors sont très détaillés, les expressions soignées, accentuant un réalisme qui s'efface par moments pour laisser place aux procédés numériques, incorporés au dessin à la main (séquences accélérées, sous-marines ou aériennes). Sautant de toit en toit, "les chats" sont poursuivis par la caméra. Arias dit s'être notamment inspiré de La Cité de Dieu de Fernando Meirelles. La violence physique et sociale est stylisée, mais n'en est pas moins brutale. Le réalisateur a utilisé des photographies du Tokyo d'après-guerre de Daido Moriyama, Katsumi Watanabe et Nobuyoshi, mais s'est aussi imprégné des peintures de Francis Bacon ou des dessins de Horst Janssen. Du réalisme au surréalisme, il universalise son propos.

Michael Arias voulait que Takara, qu'il identifia à Tokyo à la lecture du manga (à l'époque des attaques au gaz empoisonné et du tremblement de terre de Kobe), soit « la star du film ». Mais la sensibilité de ses personnages l'emporte rapidement sur le réalisme social. L'imaginaire des héros bouscule les conventions formelles au service d'une réflexion classique sur la dualité qui est en chacun de nous. Une dualité qui émane de la cité et de son sourire de clown triste, qui surgit quand l'action, fulgurante, déchire la narration lente.
C'est une poésie violente et émouvante. Les personnages évoluent, avec la ville, et font le constat de leur impuissance. Mais au cœur d'un tableau sombre malgré ses couleurs vives, Michael Arias dessine l'espoir dans le rêve des "chats", trouvant équilibre et bonheur sur une île vierge de l'amertume du béton.

Présenté aux festivals de Tokyo, Berlin et Deauville, Amer Béton est, après Steamboy, le deuxième film du Studio 4°C à être distribué dans les salles françaises. L'équipe de Rezo Films semble animée d'un réel désir de faire découvrir au public hexagonal des productions japonaises novatrices et variées. Aux spectateurs de répondre présents à l'invitation !

Amer Béton
Réalisé par Michael Arias
Avec Kazunari Ninomiya, Yu Aoi, Masahiro Motoki, Min Tanaka
Sortie en salles le 2 mai 2007

Jordan Ricker Le 03 May 2007
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