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Pourquoi chaque Américain est-il censé être habité par "le Rêve américain" ? D'où vient cet impératif de désirer avoir plus qu'il n'en a déjà, persuadé qu'il agit là pour le Bien ? C'est sur cette double - et juste - interrogation que se délie American Dreamz, le nouvel opus de Paul Weitz.
Paul Weitz a déclaré que ce film était né de sa fascination pour la culture pop, « et plus spécialement pour l'émission de téléréalité American Idol qui a suscité (aux Etats Unis) un engouement massif, voire pathologique, à mesure que les évènements internationaux prenaient une tournure de plus en plus démente ”. Et effectivement, dans American Dreamz, il s'agit bien de fascination et de démence. Là où les codes du divertissement prennent le pas sur la vraie réalité, là où chacun utilise l'autre pour rester dans le cadre du petit écran et chanter, il y a ce rêve : rester dans la lumière et bénéficier de la gloire, et qu'importe si elle est kitsch et voyeuriste et instantanée.
Toutefois, outre la fascination perverse qui opère chez chacun dès que la caméra est allumée, l'intérêt du film réside aussi et surtout dans la drôlesse qui l'irrigue : mille détails bien vus, mille réflexions hilarantes dues à cette faculté d'observation des faiblesses de nos contemporains, emportés dans un suspense qui monte crescendo et sans temps mort jusqu'au dénouement, jusqu'à la grande finale du spectacle.
Au terme d'un enchaînement de séquences ultra-rythmées se seront donc agités le cynique Martin Tweed (joie de voir enfin Hugh Grant en golden-boy angoissé), le Président des Etats-Unis lui-même (Dennis Quaid), dépressif et téléguidé via son oreillette par son Secrétaire général (Willem Dafoe), une pseudo Britney Spears hystérique répondant au doux nom de Sally Kandoo (sidérante Mandy Moore), traînant dans ses jupes sa cour d'américains middle-class (sa mère abusive, son agent et son fiancé vétéran de la guerre en Irak) contre le candide Omer, rescapé des camps de Moudjahidin, coaché par son richissime cousin Iqbal, aux faux-airs de Prince...
C'est loufoque, c'est gai, c'est généreux et entraînant. Derrière les ravages du rêve, on pourrait penser à Prête à tout de Gus Van Sant. Mais ce serait sans compter l'humour fou inhérent à l'univers de Paul Weitz et à la tendresse de son regard pour le kitsch, qui nous emporte vers le Peter Sellers de The Party.

American Dreamz
Un film de Paul Weitz
Avec : Hugh Grant, Dennis Quaid, Willem Dafoe, Mandy Moore, Marcia Gay Harden
Sortie en salles (France) : 7 juin 2006
[Illustrations © United International Pictures (UIP)]