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Après La parenthèse enchantée, il y a sept ans, Michel Spinosa revient avec un film sur la folie douce-amère et violente. Il raconte de manière intime l'histoire d'Anna, une jeune fille qui se perd dans le fantasme d'un délire amoureux.
Anna a un cartable en cuir et une trousse remplie d'ustensiles. Elle porte ses cheveux attachés comme une gentille petite fille. A la tête d'un département de restauration de livres pour la bibliothèque nationale, elle travaille bien. Comme une bonne élève rangée, elle a toujours fait ce qu'on lui a demandé, dit bonjour à la dame… mais craché sur sa mère en cachette, une fois revenue dans le petit appartement familial.
Anna fonctionne mais n'a pas de vie sociale. Figure transparente, elle passe dans le monde qui ne la remarque pas. Elle semble d'ailleurs y être parfaitement intégrée. Elle gagne bien sa vie, a un beau métier… jusqu'à ce manque qui vient comme trouer son corps. Anna n'est pas une sainte et le fait de n'être pas touchée devient bientôt trop violent pour être supporté. Seulement il n'y a pas de recette, ni de livre qui donne vraiment une réponse, quand bien même on farfouillerait dans les vieux papiers. L'envie d'être défoncée à proprement parler, deviendra si forte qu'elle amènera Anna au bord d'une autoroute, littéralement sous les roues d'une voiture. Voilà jusqu'où elle est désormais prête à aller pour apaiser son désir, son manque. Cet aller sera sans retour, sa folie a commencé à s'exprimer au grand jour mais personne ne la remarque encore.
Qu'est-ce que la folie ?
Bien sûr Michel Spinosa signe un film qui parle de schizophrénie. Aujourd'hui, baigné dans la psychologie de comptoir, on reconnaîtra les symptômes des psychoses, des névroses, tout le monde pourra y aller de son expertise pour évaluer les propos de Spinosa. Pourtant ce n'est pas cette justesse clinique qui fait la force de ce long métrage.
Spinosa convainc car son scénario nous amène dans la peau de son personnage principal. Son interprète, Isabelle Carré, magnifique, nous plonge dans son intimité. On la suit au plus près, de manière sensible, dans l'élaboration de ses délires qui se cognent irrémédiablement au mur de l'impossible. Anna, extrême, plonge en adolescence et se construit une histoire d'amour à partir d'un regard, d'une intonation. Elle s'appelle M. évidemment et tout est dit dans cette lettre, signe d'une existence anonyme et aimante avec une majuscule car on ne peut pas aimer à demi. Anna M. ressemble à tout le monde excepté qu'elle exagère un peu, beaucoup, à la folie. Mais qu'est-ce que la folie ? N'est-on pas inconscient parfois de prononcer des banalités ? Un jour un médecin lui dit "il faudra qu'on se revoie". Dans le vide de la vie d'Anna, ces mots résonnent comme une promesse, une promesse d'amour ou d'attention.
Si le réalisateur suit Anna et les démons de sa souffrance, il montre aussi à quel point la société ne sait que faire de ses dingues et les laisse plonger dans leurs délires sans les retenir du côté de la clairvoyance. Rien n'arrête notre fanatique, pas les passants qui l'ignorent pour ne pas être déroutés de leur chemin, pas les médecins qui appliquant leurs recettes passeront à côté de la récidive et de la rechute. Alors le spectateur se sent interpelé dans sa part d'humanité. Il sait qu'un jour, il a détourné les yeux d'une personne en plein dysfonctionnement, ne l'a pas rattrapée, l'a laissée aller dans sa souffrance…
Anna M.
De Michel Spinosa
Avec Isabelle Carré, Gilbert Melki, Anne Consigny
Sortie en salles le 11 avril 2007
© Diaphana Films
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